Quarante-huit heures après la fin du premier tour des élections municipales, les candidats restant en lice ont déposé leur liste, mardi 17 mars au soir, en préfecture. Ces deux jours de tractation ont placé, une nouvelle fois, la gauche sociale-démocrate face à une question centrale, un an avant l’élection présidentielle : quelle attitude adopter face à La France insoumise (LFI) de Jean-Luc Mélenchon ? Alors que l’ensemble des électeurs de gauche, dans leur globalité et leur diversité, seront indispensables pour battre l’extrême droite en 2027, l’ambiguïté stratégique des états-majors à Paris a rendu un peu plus illisible la relation entre des partis opposés au niveau national et pourtant liés par des intérêts électoraux convergents au niveau local.
Contrairement à ce qu’affirme M. Mélenchon, les candidats de LFI sont loin d’avoir réussi des « percées » partout, notamment si l’on compare leurs scores aux résultats des élections européennes de 2024. Mais beaucoup étaient en position d’entraver les candidats socialistes et écologistes et de faire perdre une gauche pourtant majoritaire dans la plupart des métropoles. A Marseille, où d’évidence le retrait du candidat de LFI s’imposait face au Rassemblement national (RN) dès dimanche soir, le réflexe de barrage républicain, au sein même de la gauche, a tardé à se mettre en place.
A la tête d’une formation affaiblie, dont les mairies sont devenues des bastions vitaux, et pressé par les « insoumis » de faire des « fusions techniques », le premier secrétaire du Parti socialiste (PS), Olivier Faure, s’est réfugié derrière un truisme : les élections municipales étant avant tout un scrutin local, il n’y a pas « d’accord national ». Cette prise de distance évidente étant posée, il n’a rien décidé.
Les candidats d’union de la gauche ont dès lors déterminé leur stratégie en fonction de la sociologie de leur commune, des résultats du premier tour et de leurs convictions personnelles. A Paris et à Marseille, Emmanuel Grégoire et Benoît Payan ont respectivement refusé de se rapprocher de Sophia Chikirou, qui s’est maintenue, et de Sébastien Delogu, qui s’est retiré.
Pragmatisme électoral
A Nantes, à Brest ou encore à Lyon, les socialistes ou les écologistes ont choisi d’entremêler leur liste avec celles des « insoumis ». Dans la grande majorité des cas, ces rapprochements n’ont pas eu lieu pour éviter l’élection de l’extrême droite, mais pour conserver des mairies ou pour tenter d’en reconquérir d’autres face à la droite, comme à Limoges ou à Toulouse. Dans nombre de municipalités, ces fusions ne sont pas illogiques. Les programmes « insoumis » et socialistes ne sont pas si éloignés, et il existe un réel désir d’union de la gauche chez des sympathisants fatigués par près de neuf ans de macronisme et inquiets de la dynamique du RN.
Mais ce pragmatisme électoral est aussi incompréhensible pour une autre partie des électeurs. Il y a deux semaines, le PS condamnait les « caricatures complotistes et [les] propos antisémites intolérables » de Jean-Luc Mélenchon, après les récentes polémiques autour de la manière qu’a eu le leader « insoumis » d’ironiser sur les patronymes juifs « Epstein » et « Glucksmann ». A ce moment-là, les cadres du PS appelaient « localement les militantes et les militants “insoumis” à se désolidariser clairement et pleinement de ces propos ».
Le fonctionnement centralisé de LFI étant ce qu’il est, les candidats de ce parti n’ont pas pris leur distance avec leur leader, ce qui n’a pas empêché les responsables du PS d’accepter les mains tendues. L’entre-deux-tours aurait pu être un moment de clarification. Il n’aura fait que renforcer la confusion.











