- Selon l’ONG Max Havelaar, 43% des agriculteurs français dégagent un revenu inférieur à 1.450 euros nets par mois.
- Il manquerait au total 4,7 milliards d’euros chaque année pour garantir un Smic à tous les exploitants.
- Si aucune filière ni aucune région n’est épargnée, les disparités restent fortes selon les productions.
Les chiffres donnent le vertige. Selon une étude publiée ce mardi par l’Observatoire de la rémunération agricole équitable, créé par l’ONG Max Havelaar France, 43% des agriculteurs français ne dégagent pas l’équivalent d’un Smic de leur activité, en moyenne sur les dix dernières années. Soit environ 174.000 personnes chaque année.
Et la tendance s’aggrave : sur les deux dernières années, il aurait fallu 4,7 milliards d’euros supplémentaires par an pour combler cet écart. Un niveau inédit. « L’ampleur des résultats, c’est gigantesque
, confie à TF1info Blaise Desbordes, directeur général de Max Havelaar France. Nous ne sommes pas sur une minorité, nous sommes sur une
profession largement sous-rémunérée
(nouvelle fenêtre). Ce côté systématique nous a surpris par son ampleur car personne n’est vraiment épargné, même les céréaliers dont on a parfois l’image de grandes exploitations ».
Précarité généralisée
Il faut dire que ces derniers, tout comme les producteurs d’oléoprotéagineux (colza, tournesol, soja), affichent le taux le plus élevé d’agriculteurs sous le Smic : 53%. Suivent de près les éleveurs bovins (52%), les filières ovines et caprines (51%), et la production fruitière (50%). La viticulture, malgré ses propres difficultés (nouvelle fenêtre), n’affiche en revanche « que » 38% d’agriculteurs sous le Smic. Et les autres grandes cultures, comme les pommes de terre ou les betteraves, descendent à 34%, soit le taux le plus bas du panel.
Les disparités existent aussi sur le plan géographique : l’Occitanie (57%), la Corse et la Nouvelle-Aquitaine (51%) concentrent les situations les plus dégradées. À l’inverse, la Bretagne s’en tire avec 31%, soit 12 points de moins que la moyenne nationale.
La cause des crises agricoles depuis quinze ans, c’est le revenu
La cause des crises agricoles depuis quinze ans, c’est le revenu
Blaise Desbordes, Directeur général de Max Havelaar France
Autre enseignement marquant : quand un agriculteur tombe sous le Smic, il y reste. Parmi ceux qui étaient dans cette situation en 2015, 56% y sont restés la majorité des années suivantes. Pour 10% d’entre eux, cette situation a même été systématique jusqu’en 2024. « Arrêtons cette espèce de non-dit : la cause des crises agricoles depuis quinze ans, c’est le revenu
, tranche Blaise Desbordes. Il faut mieux payer la production.
Il y a un prix symbolique, minimal, qu’il faut respecter »
.
Quelles solutions alors, face à cette précarité structurelle ? Produire ou exporter davantage ? Pas vraiment, estime l’étude. Et pour cause, en analysant près de trente ans de données pour sept grandes filières, les chercheurs ont pu mesurer la corrélation entre les revenus agricoles et trois variables : le prix payé aux producteurs, les volumes produits, et les échanges internationaux.
« On a remarqué que seul le prix est corrélé à une augmentation des revenus
, nous confie Jules Colombo, responsable des filières françaises chez Max Havelaar. Quand on produit ou exporte davantage, ça n’augmente pas mécaniquement le revenu »
. « C’est la responsabilité des premiers acheteurs (la grande distribution, ndlr)
, abonde le directeur général de l’ONG. Si vous payez mal la matière première, c’est toute la mécanique qui se grippe »
.
Tunnels de prix
Pour tenter de répondre aux difficultés, le gouvernement a présenté début avril en conseil des ministres un projet de loi d’urgence agricole. Parmi la dizaine de thèmes abordés, quatre articles concernent directement le revenu des agriculteurs, dont les fameux « tunnels de prix », déjà testés par la filière bovine. Le principe : fixer dans les négociations commerciales un prix plancher en dessous duquel un agriculteur ne peut pas vendre, et un prix plafond pour protéger les acheteurs en cas de flambée des cours. « Il y a quelque chose à faire avec les ‘prix planchers’ (…) mais on a le sentiment que cette ‘loi d’urgence’ est à côté de l’urgence »
, conclut Blaise Desbordes.









