- Au sud-ouest de la Chine, au creux des montagnes, Yanjin semble tenir debout par miracle.
- Les immeubles ont poussé sur pilotis, des deux côtés d’une rivière, dans un espace très réduit.
- Regarde ce reportage vertigineux du 20H de TF1.
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Le 20H
Coincée entre deux pans de falaises et la rivière Gwanje dans le sud de la Chine, Yanjin a des airs de château de cartes. Cette cité verticale a gagné la réputation de ville la plus étroite au monde. « La façon dont les bâtiments sont construits, cette atmosphère particulière, c’est un peu surprenant »,
reconnait Meimei, une habitante qui y a grandi, dans le reportage du 20H de TF1 visible en tête de cet article.
Au plus étroit, Yanjin s’étend sur 30 mètres à peine entre la falaise et la rivière, 300 mètres au plus large. « La situation est telle que le vieux quartier ne peut être ni développé ni réaménagé »,
poursuit la jeune femme, qui emmène notre équipe découvrir les fondations de ces immeubles. Sur les rives du Gwanje, les constructions se superposent au-dessus de l’eau, soutenues par des pilotis. « C’est construit à partir d’une colonne avec des tiges d’acier qui est ensuite enfoncée profondément dans le sol. Puis du ciment est coulé dans des tubes de bambou pour figer solidement le tout »,
détaille-t-elle, ajoutant que « c‘est nécessaire pour supporter le plus de charges possible et pour éviter tout effondrement. »

À Yanjin se concentrent 300.000 personnes, c’est autant que la population de Montpellier, un village à l’échelle de ce pays aux villes tentaculaires. Si son artère principale est presque plate, le reste de la ville regorge d’escaliers.
Près de 700 mètres au-dessus du vide
L’architecture s’y est développée sans complexe et certains bâtiments s’élèvent au-delà de vingt étages, comme la tour filmée dans notre reportage, qui donne le tournis. En chinois, Yanjin signifie « port du sel ». Sur cette rivière, le transport du sel et du cuivre a développé un port commercial. Avec la construction de routes à la fin des années 1970, les navires ont disparu du cours d’eau : les denrées n’arrivent plus par voie maritime.
Sur le marché, on vend des légumes cultivés dans les quartiers les plus excentrés de la ville, sur les hauteurs des montagnes alentours, pas encore complètement désenclavées. À près de 700 mètres au-dessus du vide, un villageois avance entre deux hameaux agricoles, sans aucune barrière ni aucune protection. « Gardez bien toujours les mains sur la paroi quand vous avancez »,
lance-t-il.

Sur ce chemin particulièrement escarpé, il n’y a pas vraiment la place de se croiser. « Je prends toujours cet itinéraire pour aller au marché depuis chez moi. Ça me fait gagner environ une demi-heure par rapport à la voiture »,
explique une habitante. « Avant, je portais mon enfant sur le dos. Maintenant, il peut marcher. »
Les habitants des zones à risque incités à déménager
Alors qu’apprivoiser le vertige reste plus pratique que monter dans sa voiture pour passer d’un village à l’autre sur les hauteurs de Yanjin, des maraîchers rentrent chez eux après avoir vendu leurs légumes au marché. Ce chemin est vital pour les villageois. « Les autres routes nécessitent de descendre, puis de traverser. Ce n’est pas qu’elles soient impraticables, mais elles sont tout simplement beaucoup plus longues »,
indique l’un d’eux. Mais de moins en moins de personnes supportent ce mode de vie éprouvant, et Yanjin a perdu près d’un quart de ses habitants ces quinze dernières années.
Habiter à Yanjin, c’est aussi accepter de vivre avec la menace des intempéries, fréquentes dans la région. Le 11 juillet 2022, un éboulement a fait une victime, un enfant.
Dans ce contexte, certaines familles font le choix de s’éloigner. C’est le cas de Liu Zehong, qui vient d’emménager dans une résidence flambant neuve à 6 kilomètres au sud du centre historique de Yanjin. Elle a quitté son précédent quartier, où elle a toujours vécu, après avoir subi des inondations répétées. « Avant, j’étais terrifiée chaque fois que la saison des inondations arrivait. L’eau ne m’atteint plus désormais. Je peux donc dormir tranquille »,
confie cette mère de famille qui a bénéficié d’un coup de pouce pour acheter son nouveau logement : une subvention de 140.000 yuans, soit un quart du prix de l’appartement.

Le gouvernement de Yanjin incite les habitants des zones à risque géologique à emménager dans ce nouveau quartier.
La ville se développe désormais sur des reliefs moins hostiles, où les pelleteuses aplanissent les côtes pour construire d’immenses résidences. Parmi les premiers acquéreurs de ces nouveaux appartements, un quart sont des résidents des quartiers les plus étroits, bénéficiant des subventions dédiées au relogement.









