- Israël a ordonné, lundi 1ᵉʳ juin, des frappes sur la banlieue sud de Beyrouth, fief du Hezbollah pro-iranien, intensifiant ainsi son offensive terrestre au Liban.
- Benyamin Netanyahou a justifié cette décision par des « violations répétées du cessez-le-feu » par le Hezbollah et des attaques contre les « villes et citoyens » de son pays.
- Pour Denis Bauchard, ancien diplomate et conseiller à l’Ifri, Israël est cependant dans « une impasse ».
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Moyen-Orient : un cessez-le-feu et des négociations mis à rude épreuve
L’incursion militaire la plus profonde depuis 26 ans. Israël a ordonné, lundi 1ᵉʳ juin, des frappes sur la banlieue sud de Beyrouth, fief du Hezbollah pro-iranien, intensifiant ainsi son offensive terrestre au Liban. Le bilan est lourd : depuis le 2 mars, plus de 3.412 personnes ont été tuées au Liban et plus d’un million de déplacés, selon Beyrouth. Le bilan est de 26 morts côté israélien, 25 soldats et un contractuel civil.
Interrogé par TF1info, l’ancien diplomate et conseiller à l’Ifri Denis Bauchard explique pourquoi Israël « s’enlise »
dans cette offensive.
Avez-vous le sentiment que l’armée israélienne accélère son offensive au Liban ?
Il y a effectivement une interrogation pour savoir jusqu’où Israël va pénétrer au Liban. Les idées les plus irréalistes sont évoquées, naturellement par des personnalités comme le ministre de la Défense Israël Katz ou celui de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir. Certains prônent une occupation complète du Liban, d’autres développent l’idée qu’il faut créer une large zone tampon. Cette dernière a d’abord été définie au fleuve Litani, mais cela n’est manifestement pas suffisant aux yeux de l’armée israélienne : le fleuve Litani est franchi, et l’armée progresse vers le nord.
Je pense qu’Israël est dans une impasse. L’expérience du passé montre qu’à chaque fois que le pays a voulu contrôler ou envahir son voisin, ça s’est mal terminé. Aussi bien en 1982 que plus récemment, Israël ayant quitté le Liban en 2000.
On a de plus en plus l’impression qu’Israël s’enlise, se met dans une impasse, faute de prendre en compte le réalisme de la situation. À savoir que le Hezbollah dispose encore non seulement de combattants, mais d’armements. Dans cette guerre asymétrique, Israël ne peut pas éradiquer une force combattante qui est encore importante et bien armée.
Israël veut se débarrasser de la Finul
Israël veut se débarrasser de la Finul
Denis Bauchard, ancien diplomate et conseiller à l’Ifri
Pensez-vous qu’Israël cherche à progresser en profondeur au Liban car à tout moment un accord peut être conclu entre l’Iran et les États-Unis, synonyme d’un arrêt des combats pour tous les belligérants ?
L’expérience du passé montre qu’accord ou pas accord, Israël intervient quand il veut et où il veut. Des trêves ont été conclues sans être respectées. Je pense qu’Israël traite la question libanaise de façon autonome par rapport à l’Iran. Sur ce dernier sujet, Israël a besoin d’un soutien américain, pour la logistique mais aussi d’un armement spécifique dont il ne dispose pas. En revanche, sur le Liban, on a l’impression qu’Israël a une carte blanche de la part des Américains. Ces derniers ne se sont jamais véritablement intéressés à ce pays qu’ils considèrent comme un État créé par l’ancien colonisateur français, et qui n’a pas réellement d’existence. Une autre raison du développement de cette offensive, c’est qu’Israël veut se débarrasser de la Finul pour que cette force ne soit plus témoin de ses initiatives et de ses attaques.
Benyamin Netanyahou souhaite-t-il aussi prolonger sa guerre au Liban pour des raisons de politique intérieure ? Le Parlement examine un projet de dissolution qui pourrait mener à des élections anticipées en fin d’année.
D’une façon générale, Benyamin Netanyahou a intérêt à poursuivre la guerre sur tous les fronts. Sur le Liban, en Cisjordanie, à Gaza, en Iran… Effectivement, Israël et Netanyahou considèrent qu’effectivement leurs objectifs n’ont pas été atteints. Ceci étant, pour le Liban, il y a une spécificité : le Hezbollah est une menace permanente sur le nord d’Israël, pour environ 100.000 habitants qui habitent le long de la frontière. Netanyahou se fait reprocher justement de ne pas en faire assez. Dans la perspective des élections d’octobre, il a tout intérêt à continuer et il veut continuer.
Quel regard peut-on porter sur l’attitude de la France vis-à-vis de tout ce qui se passe au Liban ?
Cette offensive met en « danger de mort » le Liban, pour reprendre l’expression de Jean-Yves Le Drian. La situation est totalement chaotique, avec un million de déplacés qui sont remontés vers le nord et des tensions communautaires. La France ne peut pas faire grand-chose, tant que les États-Unis n’auront pas dit à Israël d’arrêter. Nous avons saisi le Conseil de sécurité, mais ça ne va pas aller très loin… Nous sommes conscients de notre impuissance, et les Libanais aussi. Dans ce Moyen-Orient embrasé de part et d’autre, on continue à faire du « en même temps ». On reste finalement assez complaisants à l’égard d’Israël et nous n’avons pas pris les mesures bilatérales que nous aurions pu prendre.









