- Des policiers municipaux de Carcassonne ont tenu des propos racistes, sexistes et complotistes dans une vidéo datant de novembre 2025 diffusée mardi soir par « Midi Libre ».
- Ces propos ont immédiatement été condamnés, tandis que le parquet a ouvert mercredi une enquête et ordonné la suspension des quatre agents mis en cause, dont un membre du service d’ordre du Rassemblement national.
- Voici ce que l’on sait.
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Tout part d’une vidéo de novembre 2025 diffusée ce mercredi 9 septembre par le journal Midi Libre
. On y voit des policiers municipaux de Carcassonne tenir des propos racistes, sexistes et complotistes, qui ont suscité une vague de réactions indignées. Le parquet a également ouvert une enquête et ordonné la suspension des quatre agents mis en cause. Voici ce que l’on sait.
Les propos des policiers
Lors d’une patrouille dans les rues de Carcassonne en novembre dernier, la caméra piéton d’un policier municipal enregistre ces images, dont plusieurs extraits ont été diffusés par Midi Libre
. Ils ont isolé certains passages où le brigadier-chef et ses collègues tiennent des propos racistes.
Dans un premier extrait diffusé dans le reportage du 20H de TF1 en tête de cet article, un policier lance, après l’appel d’une administrée disant avoir percuté un animal avec sa voiture, qu’« une vieille a percuté un bougnoule apparemment »
. « J’espère que ce n’est pas un gamin, ou quelqu’un, qu’elle a percuté »
, s’inquiète un autre agent. « Non, c’est peut-être un migrant, un petit Kirikou »
, répond le policier en plaisantant. Avant d’ajouter en imitant un accent africain : « Kirikou dans la savane, il est percuté, il est venu en France, il est percuté par un véhicule »
. S’ensuivent des rires.
Tout au long de la patrouille, des propos similaires se multiplient, sans aucun complexe. D’autres déclarations homophobes et misogynes ont aussi été enregistrées, comme dans cet autre extrait : « Le père, c’est le père à la base, c’est lui qui bande et qui a les muscles. Cro-Magnon, ça marchait comme ça. Il n’y a que les connasses qui se sont dit oui, mais les connasses à l’époque, dans les grottes, si elles n’étaient pas avec leurs mecs, elles se faisaient buter à l’extérieur. »
Dans la vidéo, le policier relaie également la théorie complotiste selon laquelle Brigitte Macron serait une personne trans. « On essaye de cacher ça au monde entier »
, dit-il.
Une vague de réactions indignées
Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a condamné sur X des propos « indignes de l’uniforme de la police municipale et des valeurs de la République »
et a annoncé avoir ordonné un «
contrôle de la police municipale de Carcassonne
par l’inspection générale de l’administration (IGA) »
. La ministre déléguée chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, Aurore Bergé, a elle dénoncé sur RMC des propos « absolument inacceptables »
, qui constituent selon elle un « délit »
, et a regretté « une libération de la parole raciste »
.
Le maire RN de Carcassonne a dénoncé des propos « à vomir et inexcusables »
. « Je les condamne avec la plus grande fermeté, car ils ne correspondent en rien aux valeurs de rassemblement que nous portons au sein de la majorité »
, a affirmé cet après-midi Christophe Barthès, sans répondre aux questions des journalistes.
Propos racistes dans la police : le maire de Carcassonne réagitSource : LCI Direct
« Voilà à quoi ressemblerait une France dirigée par le RN. La haine désinhibée et encouragée »
, a fustigé sur X Gabriel Attal, candidat Renaissance à la présidentielle. « Que ceux qui passent leur temps à dédiaboliser le Rassemblement national ouvrent les yeux : rien n’a changé dans ce parti infesté par le racisme et le fascisme »
, a dénoncé Manuel Bompard, coordinateur national de LFI.
Les Carcassonnais interrogés par une équipe du JT de TF1 ont également confié leur choc à l’écoute de ce discours. « C’est aberrant. Ils doivent donner l’exemple »
, déplore une femme. « Cet homme doit être mis à l’écart. On ne peut pas tenir des propos comme ça, et être dans la police municipale dans une ville comme Carcassonne »
, ajoute un autre habitant.
Une enquête ouverte et la suspension des agents ordonnée par le parquet
Le parquet de Carcassonne a indiqué mercredi matin avoir déjà ouvert une enquête. Dans un communiqué publié dans la soirée, il précise mettre « en œuvre les dispositions des articles (…) permettant de suspendre puis de retirer les agréments des policiers municipaux en cause qui ne respectent pas les conditions d’honorabilité attachées à leurs missions »
.
L’enquête de la justice est partie d’une plainte déposée le 31 décembre 2025 par le chef de patrouille de la police municipale auprès de la gendarmerie de Trèbes (Aude) pour « atteinte à l’intimité de la vie privée »
. Celui-ci s’est alors indigné de la « mauvaise manipulation d’une caméra piéton »
ayant conduit à l’enregistrement « à son insu le 5 novembre 2025 des propos tenus dans le véhicule (…) à bord duquel il se trouvait accompagné de trois de ses collègues »
.
La procureure de Carcassonne, Géraldine Labialle a, elle, affirmé que la bande-son s’est révélée « complexe »
, même si l’on entend, entre autres, « bicots »
, « bougnoules »
, « nègres »
, « singes »
, « connasses »
, « gauche de merde »
. Ont alors été mis en exergue « des faits nouveaux susceptibles de revêtir la qualification de diffamation commise envers une personne ou un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance (…) à une ethnie (…), à raison de leur sexe, de leur orientation sexuelle »
, selon cette même source. Cette enquête du parquet est toujours en cours, des témoins restant à entendre.
Le parquet confirme par ailleurs que la mairie de Carcassonne a déclenché une enquête administrative le 23 décembre 2025 dont les conclusions ne « sont toujours pas parvenues »
. Celle-ci n’a « pas permis d’établir avec certitude l’identité des auteurs de chacun des propos enregistrés »
, menant à la conclusion que des procédures individuelles ne disposeraient pas d’un fondement suffisamment solide, a de son côté assuré Christophe Barthès.

Le nouvel édile RN de Carcassonne a souligné que « tous les protagonistes de cette affaire sont suspendus immédiatement et sanctionnés »
. À la tête de la cité carcassonnaise depuis mars dernier, Christophe Barthès a également annoncé en conclusion de son point presse qu’un chargé de mission sécurité a été embauché après son accession à la mairie pour « réorganiser la police municipale »
et « mettre fin à des années de laxisme »
.
Que risquent les policiers mis en cause ? « Il peut y avoir de la mise à pied, du reclassement, des rétrogradations… Il y a beaucoup de sanctions qui sont prévues, mais la plus grave, c’est la révocation, qui est décidée par le maire »
, assure au micro de TF1 Victor Marques, président de la Fédération nationale de la police municipale.
Le RN dans la tourmente
Lorsqu’il s’est avéré que le policier qui prend le plus la parole est un membre bénévole du service d’ordre de Jordan Bardella, le Rassemblement national s’est empressé mercredi de condamner « avec la plus grande fermeté »
ces propos « pénalement répréhensibles »
. Dans un communiqué, la direction du parti d’extrême droite a affirmé avoir « immédiatement procédé à la radiation des effectifs du service d’ordre »
d’un des policiers incriminés, « ainsi qu’à son exclusion du Rassemblement national »
, dont il était adhérent.
« Comme à chaque fois que quelqu’un de notre mouvement se comporte contrairement à nos valeurs, contrairement à la loi, il est immédiatement suspendu, il sera convoqué par les instances pour être radié »
, a précisé Laurent Jacobelli, porte-parole du Rassemblement national, au micro de TF1.
En arrêt maladie après la diffusion de la vidéo en interne, le policier a repris du service le 16 mars, au lendemain du 1er tour des municipales, selon l’AFP. Dans l’intervalle, il a notamment assuré la protection de Jordan Bardella, venu soutenir à Carcassonne Christophe Barthès, candidat RN qui a remporté la mairie le 22 mars.