- Le Zimbabwéen Simbarashe Steyn Kundizeza s’est vu attribuer le prix Caine le 6 octobre dernier pour sa nouvelle « The Blue Fighter ».
- Une journaliste américaine a soumis le texte au logiciel Pangram et affirme qu’il a été écrit à l’aide d’une IA.
- Comme le Canado-haïtien Thélyson Orélien en France, l’auteur dément ces accusations.
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L’intelligence artificielle, cette technologie qui bouleverse nos vies
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La littérature contemporaine à l’ère du doute, suite. Après le Canado-haïtien Thélyson Orélien, dont le roman C’était ça ou mourir
a été évincé de la course au prix Goncourt en France, c’est au tour de l’écrivain zimbabwéen Simbarashe Steyn Kundizeza d’être accusé d’avoir eu recours à l’intelligence artificielle pour écrire la nouvelle The Blue Fighter,
quelques jours après avoir reçu le prestigieux prix Caine outre-Manche, récompensé par 10.000 livres sterling (environ 12.000 euros). Dans un cas, comme dans l’autre, un même accusateur : le logiciel américain de détection Pangram.
Dans The Blue Fighter
, Simbarashe Steyn Kundizeza met en scène Tinashe, un jeune garçon dont la famille se retrouve en proie à de graves problèmes financiers lorsque son père quitte son travail pour se consacrer à une passion un brin insolite : la fabrication d’aquariums. Sur son site, le prix Caine décrit cette nouvelle de huit pages, disponible en ligne, comme « une histoire poignante qui explore la paternité, l’ambition et les difficultés financières, tout en examinant la manière complexe dont les circonstances familiales peuvent façonner les individus qui les vivent.
«
Que le narrateur ait la personnalité d’un chatbot n’est probablement pas une coïncidence
Que le narrateur ait la personnalité d’un chatbot n’est probablement pas une coïncidence
Vauhini Vara dans « The Atlantic »
Aussi subjectifs soient-ils, ces éloges n’ont pas convaincu Vauhini Vara, une journaliste de la revue américaine The Atlantic
. Dans un article mis en ligne le 11 octobre, elle explique avoir trouvé l’intrigue de The Blue Fighter
« mauvaise »
et l’écriture « remplie de procédés stylistiques fatigués et larmoyants
(…) Que le narrateur ait la personnalité d’un chatbot n’est probablement pas une coïncidence. Le détecteur d’IA Pangram affiche l’histoire presque entièrement générée par IA ».
Contrairement à l’essayiste français Samuel Fitoussi, dissimulé au départ derrière le compte BalancetonClaude qui a « dénoncé » Thélyson Orélien, Vauhini Vara a mené sa petite enquête à visage découvert. Dans le doute, elle a soumis à Pangram les textes des vingt-cinq précédents lauréats du prix Caine, avec à la clé un score de 100% d’écriture humaine. Elle a ensuite contacté l’agent de l’auteur, qui lui a promis de lui envoyer la preuve que l’écrivain a bien écrit lui-même le texte. En vain.
Cette histoire n’est pas apparue de nulle part : elle possède un historique concret et documenté
Cette histoire n’est pas apparue de nulle part : elle possède un historique concret et documenté
Simbarashe Steyn Kundizeza sur X
Le 13 octobre, deux jours après la parution de l’article, c’est Simbarashe Steyn Kundizeza en personne qui répond aux accusations dans un long message, posté sur son compte X. « Pour éviter toute ambiguïté, c’est moi qui ai écrit
The Blue Fighter », assure-t-il. « Je n’ai pas utilisé d’intelligence artificielle générative pour l’écrire. Ce texte est entièrement de ma propre création. Cette histoire n’est pas apparue de nulle part : elle possède un historique concret et documenté. »
Dans le même message, l’auteur livre une description détaillée des différentes étapes d’écriture et de publication de sa nouvelle, nourrie par la lecture d’un poème de l’auteure sud-africaine Vangile Gantsho, lors d’une résidence d’écriture au Ghana. « J’ai été inspiré par ce poème pour écrire une histoire sur les expériences de ma famille au Zimbabwe, y compris le départ de mon père de sa profession comptable et les difficultés auxquelles ma famille a dû faire face », assure-t-il.
Dans un communiqué posté dès le 11 octobre sur Instagram, la direction du Prix Caine, indique avoir pris connaissance de l’article de The Atlantic
et avoir ouvert une enquête sur le texte. « Lorsque de telles accusations sont formulées, il est de notre responsabilité d’examiner la situation »
, assure-t-elle. « Nous entendons le faire en adoptant une approche centrée sur l’humain, afin de garantir que les écrivains soient accompagnés et soutenus tout au long du processus. Nous avons engagé cette procédure dans le cas présent. »
Elle est toujours en cours.
Au Royaume-Uni, cette controverse n’est pas une première. En mai dernier, le Trinidadien Jamir Nazir a été accusé par plusieurs internautes d’avoir employé ChatGPT pour avoir écrit The Serpent in The Grove
, une fiction courte récompensée par le prix de la Commonwealth Foundation. Une hypothèse validée par une analyse… du logiciel américain Pangram. Après enquête, les organisateurs ont décidé de maintenir leur confiance à l’auteur et de ne pas lui retirer son prix.