- Les Irlandais de Fontaines D.C. publient « Dopamine Chamber », un cinquième album événement.
- Depuis leurs débuts, ces prodiges séduisent les fans de rock vintage et la nouvelle génération.
- Décryptage du phénomène en amont de leur concert sold out à l’Accor Arena en novembre.
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Le rock irlandais à la croisée des chemins. À l’heure où les vétérans de U2 cherchent à renouer avec leur splendeur d’antan avec une poignée de singles poussifs, préludes à un nouvel album à paraître en novembre, leurs jeunes disciples de Fontaines D.C. brillent de mille feux sur leur cinquième opus, Dopamine Chamber
, disponible ce vendredi. Dynamique, sensuel, entêtant… C’est une masterclass qui devrait figurer très haut dans la liste des meilleurs disques de l’année.
Si vous avez manqué le début, Fontaines D.C. est né en 2014 sur les bancs de la British and Irish Modern Music Institute de Dublin, le chanteur Grian Chatten et ses partenaires se découvrant une passion commune pour la poésie, de James Joyce à la Beat Generation, avant même de poser les bases de leur son, mélange savoureux de post-punk, de rock garage et d’influences traditionnelles.
Des rockeurs réunis par l’amour de la poésie
À ses débuts, le quintette se fait appeler The Fontaines en hommage à Johnny Fontane, le chanteur qui vient demander un service à Don Corleone au début du Parrain
de Coppola, un personnage librement inspiré de Frank Sinatra et de ses liens notoires avec la mafia. Manque de bol, le nom est déjà pris par un groupe américain. Si bien que les Irlandais rajoutent les initiales « D.C. » pour Dublin City.
Dès son premier opus, l’inspiré Dogrel
en 2019, Fontaines D.C. charme la critique par sa capacité à rendre hommage aux classiques tout en gardant un pied dans une forme de modernité à travers des textes qui font écho au mal-être de sa génération. Mieux qu’un honnête revival, c’est une réinvention ingénieuse d’un rock britannique qui refuse de s’éteindre.
Plus ample, plus mélancolique, son successeur, A Hero’s Death
, offre à ses auteurs une nomination aux Grammy Awards tandis qu’ils effectuent leur première tournée en tête d’affiche Outre-Atlantique. Sur scène, le quintette plonge ses fans dans une atmosphère envoûtante, transcendée par le timbre nonchalant et habité de Grian Chatten. Tous les grands festivals s’arrachent le groupe. Et ça ne fait que commencer.
Si l’excellent Skinty Fa
en 2022 ne change pas la donne, Fontaines D.C. effectue un virage gagnant deux ans plus tard avec l’épatant Romance. Plus direct, plus exalté, imprégné de cinéma italien et de culture manga, c’est la version XXL de ses prédécesseurs. À cheval entre les époques, il bat des records d’écoute en streaming et devient le vinyle le plus vendu de l’histoire du réseau de disquaires indépendant Rough Trade.
Sur Dopamine Chamber
, Fontaines D.C. continue de se renouveler sans se trahir. Sorti cet été, l’entêtant single « Mariane » donnait le ton d’un disque dont l’architecture rock est agrémentée d’enluminures synthétiques lorgnant sur la new wave et renforçant encore son romantisme échevelé. « Mimesis », « Happy for You », « Demolition »… C’est tube sur tube, à la fois sophistiqué, urgent et fédérateur.
Le clou du spectacle : « Where is gone ? », un duo beau à pleurer entre Grian Chatten et la superstar espagnole Rosalia, quelque part entre les Murder Ballads
de Nick Cave et la BO d’un David Lynch rêvé. Un classique instantané que les fans français devraient reprendre lors du concert sold out de leurs nouveaux chouchous à l’Accor Arena, le 13 novembre prochain.