- Tandis que la possibilité d’une primaire en vue de 2027 se heurte toujours au refus d’Édouard Philippe, une autre idée fait son chemin : l’organisation d’un très large sondage.
- L’objectif serait de départager les candidatures au centre et à droite, en interrogeant des dizaines de milliers d’électeurs.
- Mais un tel dispositif serait-il vraiment utile ? Les sondeurs sont partagés.
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Élection présidentielle
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Au fil des jours, la pression s’intensifie sur le chef de file d’Horizons. Dimanche, Édouard Philippe a fermé la porte à une « primaire des démocrates »
(nouvelle fenêtre) pour départager le centre et la droite, proposée par Gabriel Attal. Cette issue sera pourtant « inévitable »
, a martelé lundi 2 novembre sur TF1 le patron de Renaissance (nouvelle fenêtre), distancé dans les sondages par le maire du Havre, ex-Premier ministre macroniste comme lui. « Il faudra une primaire sans doute en début d’année »
, face au risque de ne voir personne accéder au second tour, a renchéri mardi le candidat de LR, Bruno Retailleau. Le blocage perdure malgré tout, au point que certaines voix appellent à privilégier un autre levier : une large enquête d’opinion, sur des dizaines de milliers d’électeurs.
« On travaille aussi sur une possibilité, (…) un très grand sondage, quelque chose de très fort, avec 20.000, 30.000, 40.000 »
sondés, a avancé dimanche sur LCI le député Renaissance Sylvain Maillard (nouvelle fenêtre). « Quelque chose d’assez puissant. Peut-être un(e), peut-être deux (enquêtes), qui montrent une tendance lourde »
, a-t-il ajouté. Auprès du Parisien
(nouvelle fenêtre), son collègue Pierre Cazeneuve défend également un panel de « 30.000 à 50.000 sondés qui mettrait tout le monde d’accord »
, à l’inverse des différents sondages d’intention de vote actuels selon lui, « variables de l’un à l’autre »
. Fustigeant « des multiplications d’hypothèses »
, il regrette « qu’à la fin, vous avez toujours un candidat pour dire que, dans telle ou telle configuration, on est dans la marge d’erreur »
.
Un large échantillon, un « atout » de taille ?
Une telle démarche serait-elle vraiment pertinente, aux yeux des sondeurs eux-mêmes ? Pour Frédéric Dabi, directeur de l’Ifop, elle offrirait bien des « avantages forts »
. « Si les candidats se mettent tous d’accord, ça peut donner une dimension de départage, d’arbitre »
, souligne-t-il. Mais c’est surtout la taille de l’échantillon qui représenterait selon lui un véritable « atout »
.
« Si on est dans une logique de course des petits chevaux, pour identifier celui qui est le mieux placé, rien ne vaut un sondage d’intention de vote : mettre chaque candidat seul
face à une offre politique différente
(nouvelle fenêtre)«
, explique-t-il, soulignant aussi l’importance de mener plusieurs enquêtes pour observer « l’évolution dans le temps »
des dynamiques. Mais d’après lui, l’intérêt d’un vaste sondage serait aussi de se concentrer sur des sympathisants du centre et de la droite, « le cœur de cible »
, pour les interroger sur l’image des candidats en lice. Sans monter jusqu’aux chiffres évoqués par les deux députés macronistes, interroger 10.000 personnes permettrait déjà de faire en sorte que « la marge d’erreur n’existe pas »
, assure le sondeur.
En septembre 2021, en amont de la précédente élection présidentielle, l’institut de sondage avait d’ailleurs déjà réalisé une grande enquête à la demande de LR : elle portait sur les prétendants à la primaire du parti, auprès d’un panel de quelque 15.000 sympathisants de la formation et votants « à droite »
. À l’époque, les questions portaient sur les profils des candidats eux-mêmes, par exemple « qui est le plus à même de battre Emmanuel Macron »
ou « Marine Le Pen »
, ou encore de « rassembler »
.
Cette fois-ci, un large sondage pourrait de même permettre de comparer en profondeur les candidatures : « Qui a la plus forte stature présidentielle ? Qui incarne le mieux les idées de la droite et du centre ? »
, imagine par exemple Frédéric Dabi. À la réserve près qu’en 2021, Xavier Bertrand était arrivé en tête sur de nombreux items de l’enquête, comme le soulignait par exemple Le Parisien
(nouvelle fenêtre) à l’époque, mais il avait terminé quatrième à la primaire du parti, quelques semaines plus tard. Il était toutefois talonné par Valérie Pécresse, qui avait quant à elle remporté ensuite le match et avait été investie par LR pour la présidentielle (nouvelle fenêtre).
« La campagne n’a pas totalement commencé » : l’épineuse question du timing
Pour autant, l’idée ne convainc pas tous les sondeurs. S’il estime de son côté qu’un panel de 10.000 Français de tous bords serait « un bon échantillon »
, Jean-Daniel Lévy juge en revanche qu’un très large panel de sympathisants n’aurait pas grand intérêt. « La précision ne sera pas beaucoup plus importante »
qu’avec un échantillon classique d’un millier à quelques milliers de personnes, avance de son côté le directeur délégué de Harris Interactive.
Par ailleurs, le spécialiste s’interroge sur le timing de la démarche. « Si l’idée est de le faire maintenant, ou en décembre, cela ne préjuge pas du tout des dynamiques de campagne qui peuvent s’opérer par la suite »
, observe-t-il. Pour reprendre l’exemple de Valérie Pécresse, « elle était mesurée à plus de 16% d’intentions de vote en décembre 2021, et elle a obtenu
moins de 5% de voix au scrutin
(nouvelle fenêtre)«
. Dans les mois à venir, les cartes peuvent donc encore être rebattues dans la course à l’Élysée : « François Hollande sera-t-il candidat ? La situation internationale aura-t-elle évolué ? »
, s’interroge-t-il notamment.
À ce stade, « la campagne n’a pas totalement commencé »
, estime même le sondeur. « Quand vous interrogez les Français, ils ont du mal ne serait-ce qu’à savoir quels sont les avantages et les inconvénients de chacun
des candidats à la présidentielle
(nouvelle fenêtre)«
. Faudrait-il alors attendre début 2027, et pourquoi pas le mois de février, date limite voulue par Édouard Philippe pour d’éventuels désistements dans sa famille politique ? « Des enquêtes auront déjà été réalisées par ailleurs »
, rétorque Jean-Daniel Lévy. De manière générale, une telle démarche reviendrait à « prêter au sondage une vertu qu’il n’a pas, presque prémonitoire, alors que l’on prend uniquement le pouls de l’opinion à un moment donné »
, insiste-t-il.
Enfin, il faut aussi que les différentes équipes s’accordent sur le niveau d’écart de score qui permettrait d’identifier clairement un vainqueur. « Il y a la mesure et, après, l’interprétation de la mesure… »
, souligne le directeur délégué de Harris Interactive. Une réserve que peut également partager Frédéric Dabi. « Comme pour les enquêtes sur les intentions de vote, il y a des limites, à savoir la volonté des candidats de se maintenir jusqu’au bout »
, relève-t-il. « Qui veut y aller ? À quel prix on se retire, à quel prix on s’allie ? Ce ne sont pas des questions que les sondages règlent. »