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« Je ne savais pas du tout » : dans ces communes, les caméras vidéo-verbalisent (presque) toutes seules

Espace PresseBy Espace Pressenovembre 8, 2026
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  • La vidéoverbalisation, qui permet de sanctionner les infractions à distance, se déploie de plus en plus en France.
  • Si les communes y voient un gain de temps et un outil de sécurité routière, nombre d’automobilistes dénoncent un manque de transparence.
  • Explications dans ce reportage du 20H.

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Feux rouges grillés, stationnements gênants ou stops non respectés : aucune infraction au code de la route (nouvelle fenêtre) ne leur échappe. Les caméras ont les yeux partout, mais dans la rue, beaucoup d’automobilistes ne les remarquent même pas. « Est-ce que vous savez que vous êtes filmé quand vous conduisez ? », demande notre journaliste à des conducteurs. « Ah non, je ne savais pas du tout », répond une passante. « Je suis assez surprise, j’avoue. Savoir qu’on est filmé au volant, c’est un peu bizarre », confie une autre.

À Béthune, dans le Nord, la vidéoverbalisation a fait son apparition il y a tout juste cinq mois. « On a décidé de cibler certaines zones de la ville, des zones qui étaient anxiogènes, accidentogènes », explique Hakim Elazouzi, adjoint au maire chargé de la sécurité. Une affiche prévient d’ailleurs l’entrée dans un périmètre vidéoverbalisable. Au total, 25 points de circulation y sont filmés en continu par 40 caméras. « Dès qu’on va repérer une infraction, on va pouvoir verbaliser le mauvais comportement », poursuit l’élu.

Une infraction constatée en direct

Pas de flash, ni d’interpellation par les forces de l’ordre : l’infraction est constatée à distance (nouvelle fenêtre), par un agent, dans le centre de supervision urbain de la ville, où les équipes du 20H se sont rendues. Ce jour-là, sur son écran, Marion remarque par exemple une camionnette blanche et relève sa plaque : « La voie est en sens unique, et ce véhicule l’a empruntée en sens interdit. À ce moment-là, je prends mon téléphone qui sert à verbaliser, je recherche l’infraction, la date, l’heure, et ensuite c’est envoyé », détaille-t-elle. L’automobiliste écopera d’une amende de 135 euros et d’un retrait de quatre points.

Les policiers constatent en direct l’infraction depuis le Centre de Supervision Urbain (CSU) de la commune – CAPTURE TF1

Car la loi est claire : pour que l’amende soit valide, l’infraction doit être constatée en direct, le revisionnage des enregistrements de vidéosurveillance étant interdit. Mais les agents municipaux assurent par ailleurs faire preuve de souplesse. « Ici à Béthune, c’est vraiment dans le discernement. Pour un stationnement gênant (nouvelle fenêtre), on regarde la gêne. S’il y a vraiment une forte gêne à la circulation, on patiente avant de verbaliser », précise Marion. Au total, en cinq mois, 92 procès-verbaux ont été dressés dans la commune.

« Une tirelire » pour les uns, un outil de sécurité pour les autres

La technologie ne cesse de se développer sur le territoire : la France compte aujourd’hui 530 zones de vidéoverbalisation, aussi bien dans les grandes villes que dans de plus petites communes. Un dispositif devenu la bête noire de nombreux conducteurs, qui s’en plaignent abondamment sur les réseaux sociaux. « Elle est là pour vous surveiller, elle n’est pas là pour vos beaux yeux », lance par exemple l’un. « Stop à la surveillance généralisée. Toujours plus de contrôles, de sanctions et de ponctions pour les citoyens. Moi, j’appelle ça une tirelire, pour voler de l’argent aux Français », s’emporte un autre.

En dépit des critiques, à Sannois, en Île-de-France, la vidéoverbalisation est installée depuis 2022. Aujourd’hui, 13 caméras y traquent une seule et même infraction : le stationnement gênant. En moins d’un an, 1.500 amendes ont été dressées. « On optimise le temps, on optimise l’énergie. Et les agents qui sont sur le terrain sont affectés à des actions réellement de terrain », défend le maire (DVD) Nicolas Ponchel, dans le reportage visible en tête d’article. La municipalité ne compte pas s’arrêter là : 43 caméras supplémentaires viendront s’ajouter en janvier prochain.

Mais la commune y trouve-t-elle vraiment un intérêt financier ? Les amendes sont encaissées par l’État (nouvelle fenêtre), qui n’en reverse ensuite qu’une partie aux collectivités, pour financer des projets liés à la sécurité routière et à la circulation. « À peu près 30% de l’amende est reversée aux communes, après un temps assez long. La vidéoverbalisation n’est pas faite pour enrichir la ville, mais vraiment pour sensibiliser les usagers à bien vivre leur territoire », assure de son côté l’édile.

« Manque de pédagogie » pour les associations

Mais les associations d’usagers de la route, elles, pointent un manque de transparence. « On constate qu’il y a un manque de pédagogie, parce que l’automobiliste ne va pas forcément savoir quelle infraction il a commise. Même en recevant la contravention, il ne peut pas forcément comprendre pourquoi il a été verbalisé », dénonce Danish Pajal, de la Ligue de défense des conducteurs. « Et pour contester, la procédure n’est pas forcément rapide, ce qui va peut-être dissuader l’automobiliste de le faire, alors même qu’il peut être dans son bon droit. » Reste que l’installation de la vidéoverbalisation dans une commune reste soumise à une autorisation préfectorale, renouvelable tous les cinq ans.


Aymen Amiri | Reportage TF1 : Anne-Laure BANSE et Charlotte LEFETEY

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