Après deux mandats de Bertrand Delanoë et deux d’Anne Hidalgo, Emmanuel Grégoire inaugure une nouvelle page de l’histoire nouée entre la capitale et la gauche, avec une majorité absolue.
Cela peut sembler incongru, car la ville est l’une des plus riches de France (80 % des bureaux de vote parisiens comptent parmi les 10 % les plus aisés du pays). Pourtant, le fait est là. Si l’on y ajoute les voix recueillies par Sophia Chikirou (La France insoumise), le « bloc gauche » atteint même un niveau inédit : 60 %. Alors que le bilan de l’équipe sortante était moqué, ce résultat peut surprendre. Il appelle une triple lecture, sociale, territoriale et démocratique.
Concrètement, Paris a dit non à une forme de dérive trumpiste. Dans cette élection, la droite parisienne (Pierre-Yves Bournazel excepté) a succombé aux logiques réactionnaires qui saturent le débat national et mondial. Elle a payé cher ce renoncement moral, qui éloigne doucement des pans complets des Républicains du socle républicain central : une partie de ses électeurs se sont reportés sur Emmanuel Grégoire, et Rachida Dati réalise un score historiquement bas pour la droite à Paris.
Pour les sortants socialistes, écologistes et communistes réunis, c’est aussi, indiscutablement, une invitation à continuer la transformation urbaine engagée. Cet idéal, souvent caricaturé comme « la ville bobo » (de fait, Paris est de plus en plus inaccessible à la classe moyenne salariée), rencontre manifestement un électorat. Il résonne en partie avec l’âme de Paris, qui tient au mélange des classes moyennes et des catégories populaires, mais il rencontre aussi des limites manifestes.
Une lente dégradation
Car cette élection suggère aussi que la continuation ne pourra pas se faire dans la continuité. Dans une grande enquête menée cet automne auprès des Parisiennes et des Parisiens (reproduisant le même dispositif d’étude que des travaux similaires conduits en 2000 et en 2013, avant les élections de Bertrand Delanoë et d’Anne Hidalgo), nous montrions que le regard des Parisiens sur leur ville se dégrade lentement depuis vingt-cinq ans.
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