- Un animateur de l’école Alphonse Baudin dans le 11ᵉ arrondissement était jugé mardi 26 mai.
- David G., 36 ans, était poursuivi notamment pour « agressions sexuelles » sur des enfants âgés de 3 à 5 ans au moment des faits en 2024-2025.
- La procureure a requis à l’encontre du prévenu, qui conteste les faits, trois ans d’emprisonnement dont un ferme aménageable sous bracelet.
- Les parties civiles ont été déçues de ce réquisitoire.
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Scandale dans le périscolaire : l’onde de choc des violences sexuelles
Il comparaissait libre et a tenté, à son arrivée dans la salle d’audience, d’échapper, du haut de ses 1.90m, aux nombreux journalistes présents. Ce mardi 26 mai, David G., animateur du périscolaire, qui exerçait jusqu’à sa suspension en avril 2025 à l’école Alphonse Baudin dans le 11ᵉ arrondissement, était jugé pour « agressions sexuelles » sur des enfants de 3 à 5 ans mais aussi pour « harcèlement sexuel » sur deux anciennes collègues » et « agression sexuelle » au préjudice de l’une d’entre elles, faits commis entre le 30 août 2024 et le 9 avril 2025.
« Moi, je suis totalement innocent par rapport à tous ces faits »
Comme il l’a fait pendant la procédure, et comme il l’avait fait avant le renvoi de son procès à l’automne, déclarant devant les médias que pour lui, il ne s’était « rien passé
«
, le prévenu, aujourd’hui âgé de 36 ans, a continué de contester les faits qui lui sont reprochés.
« Moi, je suis totalement innocent par rapport à tous ces faits de violences sur ces mineurs et mes collègues. Avec du recul, je me dis que j’aurais dû faire plus attention avec les enfants, prendre de la distance, moins les prendre sur mes genoux… (…) Le moindre geste peut évoquer certaines choses »
, a déclaré David G. à la barre, lunettes modèle Aviateur dorées, cheveux courts, tempes dégarnies, veste sombre, jean slim bleu clair et baskets noires.« Quand j’étais au commissariat
(lors de sa garde à vue en juin 2025, ndlr), j’ai réfléchi. Je me suis dit : ‘T’aurais dû prendre plus de distance’. Parce qu’on peut penser : ‘il est gentil’ donc ‘il est pédophile’… »,
a répondu également le trentenaire qui répondait aux questions du président de la 15ᵉ chambre du tribunal correctionnel, Gilles Fonrouge.
« J’ai toujours eu ma limite »
Les accusations portées par les mineurs à son encontre sont pourtant d’une gravité extrême. Deux fillettes et leurs parents les ont d’abord dénoncées le 10 avril 2025 en déposant plainte, avant que d’autres familles ne suivent. Quels sont ces faits rapportés par ces élèves de maternelle avec leurs mots d’enfants ? Des caresses « sur la zézette »,
des « bisous sur la bouche »
, des « guilis sur le zizi »
, des « pains de glace dans la culotte »
, des photos prises, au cours d’ateliers, le tout à l’abri des regards, à la cantine, dans les toilettes ou encore à la bibliothèque.
Que répond l’intéressé face à cela ? « J’ai toujours eu ma limite malgré mes maladresses d’animateur »
, a justifié le trentenaire, diplômé d’un master en journalisme et d’un autre en arts du spectacle et qui reconnait uniquement avoir « donné des surnoms à certains enfants ou les avoir pris sur ses genoux ».
Concernant sa présence dans les toilettes des enfants, David G. a confirmé qu’il « surveillait beaucoup les toilettes »
mais a assuré qu’il se « tenait toujours à l’écart »
des enfants car il n’avait pas à « entrer dans leur intimité ». « Je n’ai jamais uriné dans les toilettes des enfants, faut être un psychopathe ou un fou pour le faire »,
a-t-il lâché pour se défendre.
Des traumatismes importants
Comment alors expliquer le brusque changement de comportement de ces enfants à l’automne 2024, alors que David G. était en poste depuis la rentrée de septembre dans leur école du 11ᵉ arrondissement ? Ceux qui étaient « solaires »
sont devenus « tristes »,
beaucoup ont eu subitement un comportement « hypersexualisé »,
plusieurs se sont remis à faire pipi au lit alors qu’ils étaient propres, d’autres se sont mis à « hurler »
ou à pleurer quand leurs parents leur disaient que tel ou tel jour, ils iraient au goûter. Ces maux, ces douleurs, ont été décrits à tour de rôle par plusieurs parents appelés à prendre la parole à l’audience s’ils le souhaitaient.
« À cet âge, un enfant ne fabrique pas un mensonge judiciaire, ne coordonne pas un récit. Dans ce dossier, les enfants s’expriment avec leurs mots maladroits, leurs gestes spontanés »
, a plaidé Me Rebecca Royer, avocate de six familles, peu après. « Un enfant de maternelle n’invente pas des faits d’abus sexuels. Un enfant de 5 ans ne mime pas ce qu’il n’a pas vécu, il ne feint pas la gêne »
, a-t-elle insisté.
« Dans cette affaire, il y a cette convergence. Tous ces enfants qui ne se connaissent pas dénoncent les mêmes faits, les mêmes gestes dans les mêmes endroits, avec le même auteur, et le même mécanisme du secret »,
a également pointé l’avocate après que plusieurs enfants ont évoqué devant les adultes un « secret à l’école »
. « Cette convergence n’est pas la marque d’une manipulation mais du vécu commun de ces enfants »
, a-t-elle ajouté devant le prévenu qui pour la première fois a semblé déstabilisé.
Sa consœur Me Hannah Kopp a dans la foulée égrené la série de « mensonges »
du mis en cause qui, selon elle, « nie l’évidence »
et cherche à « cacher sa culpabilité ».
« Je regrette si j’ai eu des gestes inappropriés »
Après neuf heures d’audience éprouvantes, la procureure a requis à l’encontre du prévenu une peine de trois ans d’emprisonnement, dont un an aménageable sous bracelet et deux ans intégralement assortis d’un sursis probatoire. une obligation de soins, une interdiction d’être en contact avec les victimes, une interdiction de paraître à leurs domiciles, à l’école, une inéligibilité de cinq ans, et une inscription au fichier des délinquants sexuels.
L’avocat de David G., qui a plaidé juste après, s’est adressé aux parents présents dans la salle. « Vous avez fait confiance à une institution et c’est cette institution qui a failli »,
a dénoncé Me François Epoma. Ce dernier a estimé que son client « n’avait pas les qualités »
pour ce poste et qu’il « ne connaissait pas les règles du périscolaire ». « Il a été recruté en raison d’une pénurie dans les écoles, d’animateurs, d’enseignants… »,
a-t-il souligné encore, avant d’ajouter : « On ne lui a pas donné la boîte à outils pour qu’il travaille convenablement ».
L’avocat a également rappelé que rien, ni photos ni autres, n’avait été retrouvé à son domicile au cours des perquisitions – sans préciser que ces perquisitions avaient été réalisées au moment de son placement en garde à vue, soit deux mois après sa suspension par la Ville de Paris.
#Paris #procès #périscolaire Me Epoma, avocat de l’animateur jugé ce mardi pour « agressions sexuelles » sur des enfants de 3 à 5 ans à l’école Alphonse Baudin, réagit après le réquisitoire pic.twitter.com/nSRJ2bm3So — Aurélie Sarrot (@aureliesarrot) May 26, 2026
Dernier à prendre la parole, l’animateur a exprimé des « regrets »
. « M. le président, tout d’abord je regrette si j’ai eu des gestes inappropriés et surtout des paroles blessantes et inadaptées envers les enfants. Je ne voulais pas les faire souffrir. Aujourd’hui, je compatis à leur souffrance totalement »
, a-t-il lâché sans dire un mot pour les jeunes enfants.
Interrogées par la presse à l’issue de l’audience, les avocates des parties civiles et les familles se sont dites « déçues de ce réquisitoire ».
« Nous sommes évidemment déçues, les familles sont évidemment déçues. Nous avons du mal à comprendre comment le parquet peut à la fois considérer que les infractions sont d’une gravité particulière, à la fois relever la multiplicité des victimes et surtout relever le gros risque de réitération et en même temps solliciter une peine d’emprisonnement dont deux assortis du sursis et un an aménageable. Maintenant nous nous en remettons à la sagesse du tribunal »,
a réagi Me Royer.
#Paris #procès #périscolaire les parties civiles « déçues » du réquisitoire du parquet. Réaction des avocates Me Royer et Kopp : pic.twitter.com/NwNyOoVXqg — Aurélie Sarrot (@aureliesarrot) May 26, 2026
La décision a été mise au 7 juillet prochain. Elle sera rendue ce jour-là à 13h30, devant la 15e chambre du tribunal correctionnel.









