Pour la première fois, une femme yézidie a témoigné devant la justice française des crimes dont son peuple a été victime de la part de l’organisation Etat islamique (EI). Il n’est pas toujours besoin de beaucoup de mots pour écrire l’histoire judiciaire. Durant les trois heures qu’a duré sa déposition, jeudi 19 mars au procès de Sabri Essid pour « génocide » et « crimes contre l’humanité » à l’encontre des Yézidis, le premier du genre en France, Aveen (le prénom a été modifié) en a prononcé fort peu.
Conscient des traumatismes et des freins culturels de cette jeune mère de 32 ans, le président de la cour d’assises de Paris, Marc Sommerer, avait anticipé la difficulté qu’il y avait à lui faire répéter publiquement, dans cette grande salle d’audience, les sévices innommables qu’elle a endurés voilà plus d’une décennie. A l’âge de 21 ans, Aveen a été réduite à l’état d’esclave sexuelle, achetée et violée par huit djihadistes différents pendant les deux ans et trois mois de sa captivité, entre 2014 et 2016.
Son traumatisme est multiple. Il est celui d’une femme chosifiée, agressée, soumise au bon vouloir de ses propriétaires ; celui d’une veuve qui a perdu son mari ; celui d’une sœur qui a perdu la sienne ; celui de sa fille, achetée avec elle et témoin de ses souffrances ; celui de tout un peuple enfin, asservi, massacré ou converti de force à l’islam. Il est aussi celui de la honte qu’ont vécu ces femmes quand elles ont pu rentrer dans leur communauté, parfois rejetées, le plus souvent contraintes d’abandonner les enfants du viol qu’elles ramenaient avec elles.
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