Depuis 1950, la richesse moyenne par habitant en France a été multipliée par 6,1, tandis que le temps de travail par habitant n’a été divisé que par 1,63. On le voit clairement : les innovations technologiques du XXᵉ et du début du XXIᵉ siècle ont davantage servi à enrichir les individus plutôt qu’à réduire leur temps de travail.
Or, avec l’intelligence artificielle (IA), nous sommes aux prémices d’un nouveau bouleversement technologique. Doit-on poursuivre cette stratégie productiviste ou saisir l’occasion de partager les gains de productivité pour libérer du temps ?
Le débat public reste prisonnier d’une alternative trop étroite. D’un côté, certains prédisent des destructions d’emplois, présentées comme une catastrophe. De l’autre, on nous rassure avec la vieille promesse schumpétérienne : les emplois détruits seront remplacés par de nouveaux métiers. Dans les deux cas, une même évidence est oubliée : si l’IA permet réellement d’accomplir certaines tâches jusqu’ici réalisées par les humains, pourquoi ne pas en profiter pour travailler moins ?
Cet impensé n’est pas seulement culturel. Il est aussi budgétaire et politique. Dans un pays où la protection sociale représente près d’un tiers du produit intérieur brut (PIB), où les scénarios de financement des retraites, de la santé ou de la dépendance reposent sur des hypothèses de croissance, tout ralentissement de la production apparaît comme une menace.
Il vous reste 60.04% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.









