- On ne compte plus les influenceurs en ligne qui promettent des régimes miracles.
- Certains sont suivis par des millions de personnes.
- Face à ces pratiques parfois dangereuses, des scientifiques tentent d’alerter.
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Le 20H
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« Perdre 8-15 kilos en 120 jours » : s
ur Internet, des millions de personnes suivent des comptes aux recommandations nutritionnelles douteuses. Comme ce régime où l’on croque à pleines dents dans une plaquette de beurre, avec un message de l’influenceur qui laisse dubitatif. « Le gras, c’est la vie, mais peu de gens comprennent réellement ce qu’est le bon gras ou le mauvais gras »
.
Des aliments sont par ailleurs présentés comme « miracle ». « Il s’agit en réalité d’une monodiète de raisin, puisque l’on ne va manger que du raisin »
, prescrit par exemple une voix féminine. Ou encore des régimes soi-disant infaillibles. « Alors moi j’ai perdu 34 kilos et aujourd’hui je vais te montrer tous les aliments que j’ai snobés pour perdre du poids »
, lance une jeune femme qui se met en scène.
Au bout d’un moment, je me gavais le cerveau avec toutes ces infos, et je ne savais même plus ce qui était bon et ce qui ne l’était pas.
Au bout d’un moment, je me gavais le cerveau avec toutes ces infos, et je ne savais même plus ce qui était bon et ce qui ne l’était pas.
Pauline Gutré
Les conseils de ces coachs en nutrition, Pauline Gutré en a suivi par dizaines, avec l’objectif de perdre quelques kilos. « J’ai suivi par exemple une influenceuse qui prônait
le régime keto
qui est basé sur le fait qu’on ne mange pas d’aliments transformés. Rien que ça, même si en soi ce n’est pas très violent, c’est un cercle vicieux »,
explique-t-elle, dans le reportage ci-dessus. En 6 mois, elle perd 10 kilos. « Mon Instagram était plein d’influenceurs. Et en fait, au bout d’un moment, je me gavais le cerveau avec toutes ces infos, et je ne savais même plus ce qui était bon et ce qui ne l’était pas »
, souligne-t-elle.
Pauline développe alors des troubles du comportement alimentaire. « À force de toujours se restreindre, il y a un moment où de toute façon notre cerveau nous dit :
‘j’ai faim’. Et donc on va se jeter sur n’importe quoi. J’ai mangé des tonnes de gâteaux, ça s’est transformé en quelque chose d’assez grave quand même »,
dénonce-t-elle. Résultat, elle reprend 17 kilos et s’en sort finalement grâce à deux ans de suivi médical et psychologique. Et elle n’est pas la seule.
« Des situations de dénutrition sévère »
Au CHU de Limoges, le professeur Pierre Jésus, responsable de l’unité nutrition, ne décolère pas en voyant arriver dans son service de plus en plus de patients qui ont mis en danger leur santé. « Ça peut être des situations de
dénutrition
sévère nécessitant la mise en place d’une nutrition artificielle avec une sonde d’alimentation. Et puis on peut avoir des personnes qui restent avec des séquelles de leur carence vitaminique. Par exemple des troubles neurologiques, des neuropathies qui peuvent rester sur le long terme »,
prévient-il.
Et quand les journalistes de TF1 lui montrent une liste de compléments alimentaires (photo ci-dessous) conseillés par un soi-disant expert, voilà sa réaction. « C’est complètement aberrant finalement parce qu’on a une dizaine de compléments alimentaires qui peuvent entrer en interaction possiblement les uns avec les autres. Donc oui, il y a un réel risque pour les patients »
, assure-t-il.
Le nombre d’abonnés, ce n’est pas du tout un indicateur de fiabilité de l’information. Il faut en fait regarder d’où vient l’information, qui nous parle.
Le nombre d’abonnés, ce n’est pas du tout un indicateur de fiabilité de l’information. Il faut en fait regarder d’où vient l’information, qui nous parle.
Thibault Fiolet, docteur en santé publique
L’équipe de TF1 a par ailleurs sollicité plusieurs de ces coachs en ligne dont certains ont des millions d’abonnés. Aucun n’a voulu leur répondre. En prétextant vouloir faire une reconversion, ils ont réussi à échanger avec l’une d’entre eux. Et il n’est question que de business. Pour elle, pas besoin de formation en nutrition, mais plutôt sur les produits à vendre. « C’est des formations très complètes sur comment les vendre, l’argumentaire, etc. »
, affirme-t-elle, ajoutant qu’« en 3 heures de temps, c’est fait ». « Quand tu fais une vente, au tout démarrage, tu gagnes 30% sur ta vente pour aller jusqu’à 55%. Imagine, tu vends pour 100 euros, tu ramasses 55 euros »
, plaide-t-elle.
Face à ces pratiques, certains scientifiques ont décidé d’agir sur le terrain de jeu de ces coachs, les réseaux sociaux. Thibault Fiolet est docteur en santé publique. Il repère les intox comme celle-ci : « Le sucre le soir empêche de bien dormir ? VRAI »
. Il répond par une vidéo en apportant des preuves scientifiques : «
Le sucre
et la glycémie n’influencent pas le manque de sommeil »
. Le problème pour lui, c’est que sur les réseaux sociaux, le nombre d’abonnés passe souvent avant les compétences. « Un influenceur qui a un million d’abonnés, on va se dire, lui, il est super fiable parce qu’il a plein d’abonnés. Mais le nombre d’abonnés, ce n’est pas du tout un indicateur de fiabilité de l’information. Il faut en fait regarder d’où vient l’information, qui nous parle »,
conseille-t-il.
Thibault Fiolet le rappelle : n’importe qui peut se dire coach ou expert en nutrition. Mais seuls les diététiciens et les médecins nutritionnistes ont un diplôme reconnu par l’État.