- La prescription à distance et la livraison du mifépristone, utilisé dans les avortements médicamenteux aux États-Unis, ont été suspendues le 1ᵉʳ mai.
- Dans la foulée, la Cour suprême a mis en suspens cette décision, mais uniquement temporairement, jusqu’à ce lundi 11 mai.
- La haute juridiction à majorité conservatrice doit décider si elle souhaite rétablir l’accès à cette pilule, suscitant des craintes chez nombre d’Américaines.
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Le droit à l’avortement menacé comme jamais aux États-Unis
La Cour suprême viendra-t-elle mettre fin à la confusion générale, ou relancera-t-elle au contraire les inquiétudes ? Le sujet de l’avortement revient dans les mains de la haute juridiction américaine, qui doit se prononcer sur la suspension de l’accès à une pilule abortive prescrite par télémédecine (nouvelle fenêtre). Le recours à ce comprimé utilisé dans la majorité des IVG du pays pourrait ainsi être sévèrement restreint, une perspective qui sème déjà la peur chez de nombreuses patientes et soignants.
Nommé mifépristone, ce médicament est employé en combinaison avec un autre comprimé dans les avortements médicamenteux et sert également dans la prise en charge des fausses couches. Depuis 2021, il peut être prescrit par télémédecine et envoyé par la poste à travers le pays, mais cette option a été temporairement suspendue le 1ᵉʳ mai par une cour d’appel ultraconservatrice, offrant une puissante victoire aux militants anti-avortement (nouvelle fenêtre).
Des femmes obligées de se rendre en centre médical ?
Cette décision a néanmoins été rapidement contestée par les laboratoires fabriquant la pilule et suspendue à son tour par la Cour suprême, qui a ainsi rétabli temporairement l’acheminement postal du médicament. Mais le feuilleton ne s’arrête pas là : les juges de la plus haute instance judiciaire du pays, à majorité conservatrice (nouvelle fenêtre), doivent désormais décider de prolonger ou non cette suspension, qui expirera lundi 11 mai en fin de journée. Ils pourraient indiquer s’ils souhaitent se saisir du dossier pour l’examiner et quand.
Cette annonce pourrait avoir de lourdes implications, dans un pays où une personne sur quatre ayant avorté grâce à l’aide d’un médecin en début 2025 l’avait fait via la télémédecine, selon le Guttmacher Institute, organisation de référence sur le sujet. Interdire cette possibilité de prescription et d’envoi postal imposerait donc aux femmes de l’ensemble du pays de se rendre en personne dans un centre médical pour se faire délivrer ladite pilule (nouvelle fenêtre).
Une telle décision entraverait l’accès à l’avortement, notamment pour les femmes vivant dans des déserts médicaux ou dans la vingtaine d’États américains où l’avortement est déjà interdit (nouvelle fenêtre), dans le sillage de l’arrêt historique de juin 2022 de la Cour suprême annulant la garantie fédérale du droit à l’IVG (nouvelle fenêtre). Elle affecterait aussi les Américaines faisant face à une fausse couche, la mifépristone pouvant également être prescrite dans ce cas de figure. « Une interdiction nationale de l’accès à la mifépristone par télémédecine et de son acheminement postal aurait tout simplement des conséquences tragiques et monumentales »
, a insisté l’avocate Julie Dahlstrom, lors d’un appel avec des journalistes.
Les craintes sont d’autant plus fortes que ce revirement pourrait venir d’un tribunal, mais aussi de l’Agence américaine du médicament (FDA), qui a lancé sous l’administration Trump une réévaluation de la sécurité de la mifépristone sur la demande du camp anti-avortement.
« Nous ne devrions pas en être là du tout » : la colère des soignants et ONG
Face aux attaques du camp anti-avortement contre la mifépristone, les soignants se préparent à la possibilité de s’en passer en n’utilisant que la deuxième pilule du protocole, le misoprostol, qui pourrait être toujours prescrite à distance et envoyée. Cette option de repli est sûre et efficace, mais les professionnels de santé préfèrent recourir aux deux pilules car la mifépristone permet d’accélérer le processus et de réduire les douleurs et saignements. Bannir la mifépristone de l’équation constituerait donc « un nouveau recul dans
la prise en charge des personnes enceintes
(nouvelle fenêtre)«
, a prévenu Helen Weems, soignante qui réalise des avortements dans l’État rural du Montana.
Cela pourrait aussi freiner les progrès médicaux en entravant les recherches sur le sujet ainsi que sur toute une série de problèmes de santé comme les fibromes utérins, craint Kristyn Brandi, gynécologue dans le New Jersey, les traitements ayant souvent plusieurs applications. « Nous ne pouvons pas y parvenir si nous devons revenir tous les deux mois sur ce débat concernant un médicament que nous utilisons pour une chose, parmi tant d’autres »
, a fustigé la médecin.
D’autant que des études ont déjà prouvé la sûreté et l’efficacité de la mifépristone, par ailleurs employée depuis plus de vingt-cinq ans, a souligné Jen Castle, de l’organisation Planned Parenthood. « Nous ne devrions pas en être là du tout »
, a-t-elle insisté, tout en assurant que « quelle que soit la décision de la Cour suprême, nous continuons à faire en sorte que les gens obtiennent les soins dont ils ont besoin »
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