- Le régime iranien a laissé entendre que les câbles sous-marins à fibre optique présents dans le détroit d’Ormuz pourraient devenir une future cible.
- Vitaux pour le bon fonctionnement d’Internet et des communications intercontinentales, un tel acte de sabotage aurait des répercussions importantes sur l’économie mondiale.
- TF1info a interrogé la chercheuse Francesca Musiani, directrice du Centre Internet et Société (CIS), pour en savoir plus.
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Moyen-Orient : tensions autour du détroit d’Ormuz, cessez-le-feu fragile au Liban
Le détroit d’Ormuz n’est pas seulement une voie maritime par laquelle converge une partie du commerce international d’or noir (nouvelle fenêtre). C’est aussi l’un des points névralgiques de l’Internet mondial. C’est par là que transitent pas moins de 30% de la fourniture de données entre l’Asie, le Moyen-Orient et l’Europe via dix câbles de télécommunications sous-marins qui sont immergés dans ces eaux. « Dans un contexte de rivalités géopolitiques croissantes, ces infrastructures deviennent des cibles stratégiques permettant de perturber les économies numériques sans confrontation militaire directe »
, souligne, auprès de TF1info, Francesca Musiani, chercheuse au CNRS et directrice du Centre Internet et Société (CIS).
Les câbles sous-marins constituent l’ossature invisible de l’Internet mondial. Plus de 95% des communications internationales – données, transactions financières, cloud, communications gouvernementales – transitent par ces fibres optiques posées au fond des océans. « Contrairement à une idée répandue, les satellites ne jouent qu’un rôle marginal. Cette centralité technique en fait des infrastructures critiques, mais aussi vulnérables, d’autant que ces câbles sous-marins sont physiquement accessibles, souvent peu protégés et que leur cartographie est largement connue »
, rappelle cette spécialiste. En cas d’acte de sabotage par le régime iranien, les répercussions sur l’économie mondiale seraient immédiates.
« L’endommagement de câbles dans le détroit d’Ormuz aurait des répercussions immédiates et des effets tangibles : ralentissements massifs d’Internet, latence accrue, coupures partielles de services cloud et perturbations des transactions financières entre l’Europe, le Moyen-Orient et l’Asie »
, explique Francesca Musiani.« Les entreprises dépendantes du cloud (banques, logistique, énergie) seraient particulièrement touchées, tout comme les communications gouvernementales. Les marchés financiers pourraient réagir à cette incertitude technique. À plus long terme, cela fragiliserait la confiance dans la résilience des infrastructures numériques et renforcerait les coûts de sécurisation »
, ajoute la directrice du Centre Internet et Société.
Les tensions régionales impliquant l’Iran, les États du Golfe et les puissances occidentales incluent désormais une dimension cyber et hybride
Les tensions régionales impliquant l’Iran, les États du Golfe et les puissances occidentales incluent désormais une dimension cyber et hybride
Francesca Musiani
Le réseau mondial est conçu avec des routes multiples permettant de « route around » (comprendre « rerouter le trafic ») en cas de coupure. Cependant, cette redondance a des limites pratiques, explique la chercheuse. « Les capacités alternatives ne sont pas infinies et peuvent rapidement être saturées si plusieurs câbles majeurs sont affectés simultanément. De plus, les détours géographiques allongent les distances, ce qui dégrade la performance. Cela permet d’éviter un blackout total, mais pas d’empêcher des perturbations significatives »
, souligne Francesca Musiani. Selon cette spécialiste, c’est une menace à prendre au sérieux.
Début mars, trois centres de données d’Amazon Web Services ont été endommagés aux Émirats et à Bahreïn suite à des attaques de drones. L’Iran visait explicitement les infrastructures numériques américaines. « Les tensions régionales impliquant l’Iran, les États du Golfe et les puissances occidentales incluent désormais une dimension cyber et hybride. Ignorer cette menace reviendrait à sous-estimer une forme de guerre asymétrique à fort impact »
, estime la chercheuse. D’autant qu’il existe des précédents. « Des câbles ont déjà été sectionnés accidentellement ou intentionnellement, provoquant des perturbations significatives »
, rappelle la directrice du Centre Internet et Société.
En novembre 2024, six pays européens, dont la France, ont accusé des navires russes d’avoir saboté deux câbles de communication et d’alimentation sous-marins en mer Baltique. Attribuer formellement un sabotage est extrêmement complexe, car les dommages peuvent être causés par des ancres, des chaluts ou des phénomènes naturels. « Même en cas d’acte intentionnel (plongée, drone sous-marin, engin explosif), les preuves matérielles sont rares et souvent indirectes. L’attribution repose alors sur un faisceau d’indices, renseignement, surveillance maritime, contexte géopolitique, mais reste contestable sur le plan international. Cette ambiguïté fait partie de l’intérêt stratégique : elle permet à un acteur de perturber sans assumer clairement la responsabilité »
, souligne-t-elle.









