- Un nouveau fleuron de l’industrie chimique française s’est fait racheter lundi par un fonds d’investissement américain.
- Seulement 72 salariés de Polytechnyl sur près de 550 vont conserver leur emploi dans le Rhône.
- Ce sont surtout les brevets du groupe qui ont motivé la seule offre de reprise, comme le montre ce reportage du 20H de TF1.
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Le 20H
La nouvelle était redoutée par les salariés, elle est désormais officielle. Le tribunal de commerce de Lyon a accepté lundi 27 avril la seule offre de reprise de Polytechnyl par le fonds d’investissement américain Lone Star, qui ne gardera que très peu de ses salariés dans le Rhône et la Drôme, où elle est présente depuis soixante-dix ans. « C’est écœurant, il n’y a pas d’autre mot. Ils sont en train de briser l’outil industriel de la vallée »
, se désole un employé du fabricant de plastiques techniques pour les industries automobiles, textiles et électroniques, dans le reportage du 20H de TF1 en tête de cet article.
Sur les 547 salariés des deux sites de Saint-Fons et de Valence, le repreneur américain Lone Star n’en sauvera que 72. Mais même pour ceux-là, rien ne semble garanti. « Cette société qui va reprendre une partie de ce site a aussi annoncé dans son offre préliminaire que dans les neuf à douze mois, les salariés ainsi que les activités seront transférés sur un autre site. Mais est-ce que l’ensemble des salariés seront aussi transférés ? Il y a beaucoup de questions »
, s’inquiète Jean-François Fanjat, délégué syndical CFDT et technicien de maintenance sur le site rhodanien de Polytechnyl, placée en redressement judiciaire en janvier.
Le repreneur américain intéressé par les brevets du groupe
En effet, la décision du tribunal, consultée par l’AFP, indique que la filiale française du groupe belge Domo Chemicals va devoir cesser son activité le 30 avril car « la société ne dispose pas de capacités de financement suffisantes pour envisager une poursuite d’activité »
. L’offre de reprise, d’une valeur de 10,1 millions d’euros, ne concerne ni les outils de production, ni le foncier, mais seulement les brevets du groupe, la marque Technyl (mondialement connue) ainsi que les activités de recherche et commerciales.
Comment expliquer un tel choix ? « Les brevets ont une valeur. Ils peuvent être vendus ou bien exploités contre une redevance et c’est probablement ça qui a séduit l’acquéreur
, avance François Lenglet, spécialiste économie de TF1-LCI. Il a probablement déjà trouvé des utilisateurs de ces brevets qui vont lui permettre de rentrer dans ses frais. »
Au-delà de l’entreprise, le maire de Saint-Fons craint de voir les restaurants et les commerces de sa commune s’effondrer à leur tour. Les salariés « font partie de l’environnement de Saint-Fons. Certains habitent la ville mais d’autres viennent consommer, donc ça met aussi en péril toute l’activité économique de la ville »
, regrette l’élu LFI Hadi Mebarki.
Une crise profonde de l’industrie chimique
Depuis cinq ans, les entreprises de la fameuse vallée de la chimie dans la région lyonnaise vacillent les unes après les autres. Le fabricant de plastique PVC Kem One, tout proche de la faillite, a été repris par un fonds d’investissement américain en 2021 et le spécialiste des produits chimiques Vencorex a lui été racheté par un concurrent chinois au printemps 2025, ne conservant qu’une fraction de son activité et de ses salariés.
Selon une récente étude, près de 20.000 emplois de la filière chimie pourraient disparaître en France dans les prochaines années. En cause : les coûts élevés de l’énergie, une baisse de la demande et une concurrence internationale (et surtout asiatique) forte.









