- Quand stopperons-nous la gabegie de l’accumulation qui épuise la planète ?
- Fabrice Bonnifet, président du C3D, le collège des directeurs du développement durable, livre son nouvel édito.
Devons-nous vraiment tout posséder pour être heureux ? Une famille de quatre personnes de la classe moyenne détient environ 12.000 objets à la maison… 80 % d’entre eux ne sont jamais utilisés. Le temps moyen d’usage des bateaux de plaisance est de moins de 0,5 % par an, et de moins de 0,001 % pour la plupart des outillages. Nous ne reporterons plus 70 % des vêtements ou des chaussures qui s’entassent dans nos armoires. Et la liste de ces absurdités est infinie, y compris dans le milieu professionnel.
Produire sans discernement des objets que nous avons déjà, sous couvert d’une innovation souvent dérisoire, a pour conséquence de faire baisser mécaniquement le temps moyen d’utilisation par produit. Les promoteurs de l’obsolescence programmée parleront de renforcer le recyclage pour mieux justifier la poursuite de l’économie linéaire écocide. Ceux qui ont compris les véritables enjeux stratégiques préconisent, au contraire, l’économie de la fonctionnalité et de la coopération (EFC).
Nous pouvons résumer l’extraordinaire potentiel de l’EFC en 5 phrases simples :
1 – On vend l’usage, pas les objets, pour découpler valeur et volume.
2 – On maximise les cycles d’usages, pas les quantités produites.
3 – On crée de la valeur par la coopération entre acteurs, pas par la compétition.
4 – On écoconçoit des solutions réparables et re-manufacturables, adaptées aux besoins réels des utilisateurs.
5 – On aligne modèle économique et impacts positifs, pour générer moins de ressources consommées et plus de valeur durable.
Passer du pouvoir d’achat au pouvoir d’usage signifie que nous aurons la liberté de jouir de tout sans forcément tout posséder
Passer du pouvoir d’achat au pouvoir d’usage signifie que nous aurons la liberté de jouir de tout sans forcément tout posséder
Fabrice Bonnifet
Passer d’une économie de flux jetables de médiocre qualité à une économie de stocks d’excellence est indispensable à notre souveraineté. Avec l’EFC, nous entrons dans l’ère de la pérennité programmée circulaire. Pour assurer son avènement, nous devons faire évoluer le cadre comptable en modifiant les durées d’amortissement et en créant une nouvelle classe d’actifs matériaux.
Alors que l’essentiel de l’IA va nous emmener dans le mur de la pénurie de ressources et du chômage de masse, nous serions inspirés de choisir la voie de l’EFC, garante d’une prospérité partagée à moindre pollution. Passer du pouvoir d’achat au pouvoir d’usage signifie que nous aurons la liberté de jouir de tout sans forcément tout posséder. La promesse de ce nouveau paradigme est que nous cesserons peut-être un jour de considérer tout ce qui nous entoure comme de futurs déchets, pour plutôt y voir les éléments d’une « banque universelle de matériaux » au service du bien commun !









