Instagram et YouTube, jugés responsables d’avoir alimenté la dépression d’une adolescente américaine, ont été condamnés mercredi 25 mars à verser au moins 3 millions de dollars de dommages et intérêts à la plaignante, selon la lecture du verdict d’un jury californien.
Le jury d’un tribunal civil de Los Angeles a aussi retenu que Meta, la maison mère d’Instagram, et YouTube (Google), avaient agi frauduleusement, de façon délibérée, ouvrant la voie à des « dommages punitifs » supplémentaires qui doivent encore être déterminés après la fin de la lecture du verdict.
« Le verdict rendu aujourd’hui est un moment historique – pour Kaley [la plaignante] et les milliers d’enfants et de familles qui attendaient ce jour », ont déclaré les avocats dans un communiqué de la plaignante. « Depuis des années, les entreprises de réseaux sociaux tirent profit du ciblage des enfants tout en dissimulant les caractéristiques addictives et dangereuses de leurs plateformes. » Ce verdict « est un référendum de la part d’un jury, adressé à tout un secteur, signifiant que l’heure de rendre des comptes est arrivée », ont-ils ajouté.
« Nous sommes respectueusement en désaccord avec le verdict et examinons les options juridiques qui s’offrent à nous », a déclaré dans un communiqué un porte-parole de Meta.
Mise en danger
Après huit journées pleines de délibérations laborieuses, les jurés ont aussi reconnu que les deux géants de la tech ont fait preuve de « négligence » dans la conception de leur réseau social et n’ont pas suffisamment averti les utilisateurs de la dangerosité de leur plateforme pour les mineurs. Ces manquements ont constitué un « facteur substantiel » des problèmes de santé mentale rencontrés par la plaignante, Kaley G.M, âgée de 20 ans.
La facture de 3 millions de dollars de dommages et intérêts devrait grimper. Une brève audience doit se tenir dans la foulée de la lecture du verdict pour déterminer ce montant, potentiellement beaucoup plus élevé.
Meta avait été condamné mardi dans un autre verdict inédit, au Nouveau-Mexique, qui l’avait jugé responsable d’avoir délibérément mis en danger les enfants en les exposant à des contenus dangereux, voire à des prédateurs sexuels.
Un autre procès test sur l’addiction aux réseaux sociaux est prévu à Los Angeles à partir de juillet, tandis qu’une procédure à l’échelle nationale, regroupant des centaines de plaintes similaires, est en cours d’examen devant un juge fédéral californien.
Consommatrice compulsive
Ces procédures ne portent pas sur les contenus publiés sur les plateformes, immunisées sur ce point par la loi américaine, mais sur la conception même des réseaux sociaux, accusés d’avoir multiplié les fonctionnalités – « like », défilement infini, démarrage automatique, filtres esthétiques – pour retenir les utilisateurs sur la plateforme, en premier lieu les mineurs.
Dans son cas, Kaley G.M. a raconté être devenue une consommatrice compulsive des réseaux sociaux dès l’enfance, les accusant d’être responsables de ses troubles de santé à l’adolescence, notamment sa dépression, son anxiété et des idées suicidaires.
Le procès, qui s’est étalé sur six semaines de débats, a été marqué par l’audition en personne mi-février de Mark Zuckerberg. Le patron de Meta et fondateur de Facebook avait reconnu que son groupe « aurait pu » agir plus tôt pour identifier et exclure les utilisateurs de moins de 13 ans sur Instagram.
YouTube, de son côté, avait fait profil bas lors du procès, se présentant comme la nouvelle forme de la télévision familiale, jamais condamnée pour nourrir l’addiction, plutôt que comme un réseau social.









