- En France, une cigarette sur deux n’est pas achetée dans un bureau de tabac.
- Les annonces illégales, mais très explicites, fleurissent sur les réseaux sociaux.
- Regardez cette enquête du 20H de TF1.
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Le 20H
Du tabac en quelques clics. Les annonces pour acheter des cigarettes se multiplient sur les réseaux sociaux. Mais puisqu’il est interdit d’en acheter sur internet, les vendeurs font preuve de créativité pour masquer leur contenu : le reportage du 20H de TF1 en tête de cet article montre une annonce qui semble proposer des cartouches d’encre, mais vend en réalité des cigarettes, une autre qui indique les prix des cartouches sur des photos de blocs de savon…
« Il faut cacher les annonces, il faut toujours être très prudent »
, explique à notre équipe un vendeur, qui a accepté de raconter son stratagème au téléphone. Il dit se rendre au Luxembourg, où la cartouche de cigarettes est en moyenne 45% moins chère qu’en France, « tous les deux ou trois mois »
. « Derrière, pour rentabiliser l’aller-retour, sans pour autant faire une grosse marge, je propose avec des petites annonces comme ça »
, poursuit-il. « Ça rembourse ma consommation personnelle, et derrière, j’ai une petite marge de 100, 150 euros. »
Une criminalité organisée à grande échelle
Ces annonces proposent des tarifs parfois quatre fois moins chers que chez un buraliste. Alors pour garder un œil sur cette fraude, les géants du tabac font appel à des sociétés comme Webdrone, spécialisée dans la surveillance du web et des réseaux sociaux, et qui identifie plusieurs types de revendeurs sur ces plateformes. Outre « celui qui veut un peu arrondir ses fins de mois »
, on constate depuis quelques années une « implantation de la criminalité organisée au sein de ces réseaux sociaux, qui a compris qu’il y avait énormément d’argent à faire »
, nous indique Didier Douilly, spécialiste de la lutte contre la cybercriminalité et directeur commercial chez Webdrone.
Dans ce type de cas, les cigarettes vendues ne sont pas des cartouches qui ont été achetées à l’étranger, mais des cigarettes de contrefaçon. Ces dernières peuvent représenter un risque pour la santé, car on peut trouver à l’intérieur des métaux lourds en quantité supérieure aux normes autorisées, ou encore des traces d’urine et de mort aux rats.
Cigarettes : l’illégalité fait un tabacSource : JT 13h Semaine
02:04
Cigarettes : l’illégalité fait un tabac
Ces organisations qui vendent des cigarettes de contrefaçon sont elles aussi présentes sur les réseaux sociaux. « Nous sommes les numéros un de la vente de cigarettez en gros »
, se vante l’une d’elles dans une vidéo quasi publicitaire. Notre équipe a contacté ce trafiquant qui vend des cigarettes à des prix défiant toute concurrence, en se faisant passer pour un acheteur : « De 1 à 4 cartons, 23 euros la cartouche. Fabrication directe usine. Nous produisons nous-mêmes »
, répond-il sur une messagerie cryptée, avec une vidéo de l’usine en question.
Pour les enquêteurs, il est parfois difficile de démanteler ce type de trafic, puisque les vendeurs se protègent grâce à l’anonymat des réseaux sociaux. « Un certain nombre des acteurs de ces filières connaissent très bien les outils qu’ils utilisent et savent mettre en place des contre-mesures qui vont rendre difficile le suivi, l’identification, la compréhension, voire la détection »
, souligne le capitaine Thomas, commandant en second de la section de recherche de la gendarmerie nationale de Bourges.
Les opérations se multiplient tout de même pour intercepter ce trafic : fin mars, plus de 13.000 paquets de cigarettes de contrefaçon ont été saisis par les gendarmes dans le centre de la France, pour une valeur estimée à 180.000 euros.
Pour rappel, vendre des cigarettes sur internet, qu’elles soient contrefaites ou non, est une infraction passible de cinq ans de prison. L’acheteur, lui, s’expose à une amende d’au moins 135 euros. Mais cela ne permet pas d’endiguer complètement ces ventes illégales : selon une étude pour Philip Morris, l’entreprise spécialisée dans les produits du tabac, près d’une cigarette sur deux en France n’est pas achetée chez un buraliste.









