- Dara a offert à la Bulgarie son tout premier trophée de l’Eurovision en s’imposant devant le représentant d’Israël, samedi 16 mai à Vienne.
- L’hymne pop de la chanteuse de 27 ans a séduit les jurys internationaux, le télévote mais aussi les commentateurs, qui lui ont décerné un autre prix une fois l’émission terminée.
- Un plébiscite inédit depuis près de 10 ans qui vient mettre en lumière une artiste déjà star dans son pays.
Elle n’a laissé aucune chance à la concurrence. Déjà lauréate de sa demi-finale, Dara a remporté le 70e concours de l’Eurovision en terminant en tête des votes des jurys internationaux puis de ceux du public pour un total de 516 points. Une unanimité qu’on n’avait plus vue depuis neuf ans. Ce sacre est d’autant plus historique pour la Bulgarie qu’elle ne s’était encore jamais imposée depuis sa première participation en 2005. Mieux, le pays des Balkans faisait ce samedi 16 mai son retour dans la compétition après trois ans d’absence pour des raisons financières.
Sa prestation a également reçu l’Artistic Award décerné par les commentateurs de la soirée dans le cadre des prix Marcel Bezençon.
Une enfant de la télé
Si la chanteuse bulgare de 27 ans était troisième du côté des bookmakers, elle était bien loin derrière les grands favoris finlandais, finalement sixièmes, et l’Australie, au pied du podium. Alors comment expliquer cette victoire que personne n’attendait vraiment ? Pop et accrocheuse, sa chanson s’est accompagnée d’une mise en scène léchée qui donnait sacrément envie de prendre part à l’étrange partie de chaise musicale organisée sur scène.
C’est sans doute là que réside le secret de « Bangaranga », dont le titre, issu du patois jamaïcain, évoque « cette énergie spéciale qu’on a tous en nous et qu’on peut débloquer en lâchant prise »
selon son interprète. C’est simple, il n’y avait rien de plus communicatif sur la scène de Vienne hier soir que cet hymne à la rébellion et à l’émancipation. La fierté est d’autant plus grande en Bulgarie que Dara, de son vrai nom Darina Yotova, est une de ses artistes les plus populaires. Sur Instagram, où elle est suivie par plus de 600.000 personnes, la chanteuse assure être « bénie de rendre les gens heureux »
.
Celle qui a commencé par le chant folklorique à l’âge de 7 ans avant d’étudier à l’École nationale bulgare des arts n’est pas encore majeure quand elle est révélée par l’émission « X Factor Bulgarie » en 2015. Son premier single, sorti l’année suivante, « K’vo ne chu » (« Qu’est-ce que t’as pas compris ? »), se classe directement numéro 1 des ventes en Bulgarie.
La native de Varna, sur la côte de la mer Noire, poursuit depuis une solide carrière avec sa pop aux influences urbaines, entre récompenses et tournées à guichets fermés. Plus jeune coach de l’histoire de « The Voice Bulgarie », elle a même assuré la première partie du Britannique Robbie Williams à Sofia l’an dernier. « J’adore être sur scène et j’ai adoré ce que j’ai ressenti pendant la représentation »
, a-t-elle déclaré aux médias bulgares après sa qualification jeudi soir lors de la deuxième demi-finale de l’Eurovision, selon des propos rapportés par l’AFP.
Bangaranga combat les démons modernes qui sommeillent en nous. C’est le moment où vous choisissez l’amour plutôt que la peur
Bangaranga combat les démons modernes qui sommeillent en nous. C’est le moment où vous choisissez l’amour plutôt que la peur
Dara
Paru l’an dernier, son dernier album ADHDara
s’inspire de son déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH, ADHD en anglais). « Ce syndrome et toutes ces choses contre lesquelles j’essaie de lutter font partie de moi »
, expliquait la jeune femme dans une interview en septembre 2025. Comme un écho aussi à l’énergie sans limite à laquelle elle invite dans « Bangaranga ». « Inspiré par les kukeri – ces anciens artistes rituels bulgares qui chassaient le mal, Bangaranga combat les démons modernes qui sommeillent en nous. Bangaranga, c’est le moment où vous choisissez l’amour plutôt que la peur. C’est votre moi supérieur qui prend le dessus. Plus fort que l’anxiété, le doute, la honte et le chaos intérieur »
, détaille-t-elle sur les réseaux sociaux.
« Bangaranga n’est pas quelque chose que l’on devient.C’est quelque chose que l’on éveille en soi. Alors, chaque fois que la vie devient effrayante… Ne vous inquiétez pas, soyez Bangaranga »
, insiste celle qui est tombée dans les bras de son mari en coulisses après l’annonce des résultats. « Je suis toujours choquée et je ne sais pas ce qui se passe. Personne ne croyait que nous pouvions gagner »
, note en conférence de presse Dara qui dit vivre « un rêve »
. Le songe se poursuivra à son retour en Bulgarie, où l’attend une population qui, le temps d’une soirée, a pu oublier les divisions politiques qui empoisonnent le pays.
L’AFP compare ce sentiment d’unité retrouvé à celui né de la quatrième place de l’équipe de football bulgare lors de la Coupe du monde 1994. Même la présidente Iliana Iotova l’a remerciée pour « les émotions fortes et l’inspiration »
. C’était quoi le slogan de l’Eurovision déjà ? Ah oui, « United by music »
. « Unis par la musique »
.









