• Plusieurs centaines de manifestants ont été enregistrés ce mardi en France dans le cadre du mouvement lycéen.
  • Jusqu’où cette mobilisation peut-elle aller ? La sociologue Valérie Becquet répond à TF1info.

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Un « acte III » bien lancé. Des dizaines de milliers de personnes, lycéens, mais aussi parents, professeurs ou syndicalistes, ont manifesté ce mardi 6 octobre dans plusieurs villes de France, alors que le mouvement des lycéens ne s’essouffle pas. Ce mardi, 891 lycées sur les 3.700 que compte la France ont vu leurs cours « être suspendus, soit totalement, soit partiellement, toutes causes confondues », selon le ministère de l’Éducation nationale, tandis que des organisations lycéennes et étudiantes ont d’ores et déjà appelé à poursuivre le mouvement.

Jusqu’où peut-il aller ? Est-il déjà historique ? D’autres parties de la société peuvent-elles tenter de suivre la tendance ? Valérie Becquet, sociologue, professeure des universités spécialiste de l’engagement des jeunes et co-autrice de Géopolitique de la jeunesse (éd. Cavalier bleu (nouvelle fenêtre), 2024), nous éclaire.

Les lycéens se mobilisent pour une nouvelle semaine : ce mouvement est-il déjà historique ?

Valérie Becquet : Il existe des points communs avec d’autres mobilisations lycéennes comme, par exemple, celle de l’automne 1990. Elle était partie, elle aussi, d’établissements de la banlieue parisienne, en d’autres termes, « par le bas ». Et, comme en 1990, la mobilisation actuelle ne vient pas en réaction à une décision gouvernementale, mais de revendications plus larges sur les inégalités de scolarisation. Au cours de l’histoire, se repèrent deux configurations d’émergence des mouvements lycéens, chacune d’elles ayant des caractéristiques spécifiques.

Est-il plus difficile d’arrêter une mobilisation lorsque les lycéens ne s’opposent pas à un texte précis, mais manifestent face à une situation générale ?

Tout dépend de la manière dont le gouvernement gère la mobilisation. En 1990, suite au mouvement, d’importants moyens avaient été débloqués et des « droits » octroyés. Le décret sur les droits et obligations des élèves de février 1991 est un texte important qui accorde pour la première fois un véritable droit de réunion, d’association, d’expression et de publication aux lycéens en dehors des heures de cours et entraîne une révision des règlements intérieurs. Il s’agissait d’une réponse institutionnelle aux revendications lycéennes. Or, à ce jour, la réponse gouvernementale à la situation actuelle est de l’ordre de la répression plutôt que de la proposition.

La violence fait aussi naître une colère, puisque la réponse gouvernementale n’est pas celle attendue

Valérie Becquet

Ce gouvernement ne sera plus au pouvoir après la présidentielle 2027 et dispose de peu de marges de manœuvre financières en raison de la dégradation des comptes publics. Cette conjoncture change-t-elle la donne dans la réponse à apporter ?

Les jeunes générations construisent leur avenir dans un contexte traversé par plusieurs crises : économique, politique, environnementale… Ces crises, qui sont aussi mondiales, affectent les lycéens dans la manière dont ils appréhendent leur présent et leur futur. Le mouvement lycéen est aujourd’hui entré dans un jeu politique qui lui préexiste et le dépasse. La perspective de l’élection présidentielle rend le contexte encore plus particulier que pour d’autres mobilisations. Néanmoins, les revendications des lycéens ne sont pas nouvelles. Les conditions de scolarité ne se sont pas améliorées, les inégalités s’accentuent… Pour eux, il n’y a pas d’horizon lié à la conjoncture et aux crises qui se superposent.

Quelle issue peut-on envisager pour ce mouvement ?

Nul ne peut le dire. Cette mobilisation est très rapide, la réponse gouvernementale est de type répressif, avec un haut niveau de violence. À défaut de propositions politiques, le gouvernement tente de décourager les lycéens.

Une partie de la jeunesse est dans la rue, certaines professions comme les pêcheurs, les agriculteurs ou les pompiers se sont mobilisées à la rentrée, un appel est lancé pour un retour des Gilets jaunes… Les ingrédients sont-ils réunis pour un mouvement social plus large ?

Tout à fait, il existe une convergence des luttes. Avec l’augmentation du coût de la vie, la conjoncture est favorable à une expression de la colère. Je pense que la violence fait aussi naître une colère, puisque la réponse gouvernementale n’est pas celle attendue. Ce mouvement risque de se cristalliser autour d’un mépris social.

Y compris avant une échéance aussi importante que l’élection présidentielle des 18 avril et 2 mai 2027 ?

Ces mouvements ne sont peut-être pas « conscientisés » à ce niveau, ils sont indépendants. Pour un lycéen, il n’y a pas nécessairement de calcul lié au calendrier électoral. En revanche, ce n’est peut-être pas le cas pour la réponse : soit le gouvernement ne fait rien en prétextant qu’il est sur le départ, soit il agit de manière limitée en raison des coupes budgétaires. Ces mobilisations sont plutôt le résultat de l’absence de politique. À force de ne pas agir à long terme, le cumul des injustices a grandi et la colère s’est intensifiée.

Idèr NABILI

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