Les scaphandriers ont arrêté de jouer du ukulélé au fond des océans. Les cow-boys ne galopent plus, à bride abattue, en direction d’un séminaire de Jacques Derrida. Les collectionneurs de coloquintes, les demi-sels de profession, les aérostiers mégalomanes et autres contrebandiers de roquefort ont cessé toute activité. Glen Baxter est mort, dimanche 29 mars, à l’âge de 82 ans, et le monde de l’absurde n’est plus tout à fait le même. Sultan du déphasage, génie du non-sens, rejeton du dadaïsme, le dessinateur avait poussé l’humour britannique à son paroxysme, avec cette singularité stupéfiante : le créateur du Concours des grandes catastrophes culinaires – idée née après avoir ingurgité du « chou-fleur à la polonaise » à la cantine d’une université londonienne – était plus connu au pays de Jarry et Queneau que dans la patrie de Beckett et des Monty Python.
Né, le 4 mars 1944, à Leeds, au sein de la classe moyenne britannique (père technicien dans l’industrie, mère au foyer), Glen Baxter semblait destiné à faire carrière dans l’enseignement des arts plastiques. Ses études de peinture et de lithographie au Leeds College of Art lui font découvrir à la fois le surréalisme, qui restera une influence majeure, et l’abstraction, qu’il parodiera allègrement par la suite, notamment à travers les tableaux de Piet Mondrian, transformés en sujets de contemplation pour cow-boys en quête de culture. Ses idoles sont alors aussi bien des peintres de la première moitié du XXe siècle (Ernst, Duchamp, Magritte, Picabia, De Chirico) que des poètes, au premier rang desquels se trouve Raymond Roussel (1877-1933), par ailleurs inventeur d’un « brevet d’utilisation du vide ».
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