Drôle d’endroit pour une séance de pose. A deux pas de la Madeleine, à Paris, le hall de l’immeuble où Edouard Sauer loue des locaux est en grands travaux. Lambris aux murs, cartons sales au sol. Des ouvriers passent dans le champ, des contreplaqués plein les bras. L’entrepreneur de 40 ans attrape un ruban de LED qui pend du plafond et joue les statues de la Liberté.
Shooting improvisé, et pourtant, les clichés saisis ce jour-là disent beaucoup de ce patron atypique. Un homme à l’aise sur les chantiers – c’est son métier –, mais pas dans le moule. Fragile et fort à la fois, intense, tourmenté, pétri de contradictions. Un héritier en rupture de ban qui navigue entre richesse et dénuement, recherche la lumière, tente d’éclairer les autres et n’hésite pas à ébranler les postulats les plus établis. « Transmettre les entreprises de père en fils est absurde, assène-t-il ainsi dans l’ascenseur, une fois les photos prises. Il faut arrêter ce système. Moi, j’arrête ! Avec mon frère, nous allons plutôt donner notre groupe à une fondation. » Stupide, irréaliste, ou visionnaire ?
Un message en rupture, en tout cas, avec la doxa. Les récents débats sur le pacte Dutreil, fin 2025, l’ont montré. L’ancien ministre Renaud Dutreil a défendu bec et ongles son bébé, cette niche fiscale qui permet de transmettre une société au sein d’une famille en échappant largement à l’impôt. Il a vanté les « racines » de ce type d’entreprises, leur « vision de long terme sur plusieurs générations ». De la boulangerie jusqu’à LVMH, « c’est notre modèle d’entreprise familiale qui est en jeu », a appuyé le ministre des PME, Serge Papin. Rares sont ceux qui ont contredit cet éloge des dynasties.
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