- L’armée de l’air américaine a frappé à deux reprises le pont de Karaj, dans la région de Téhéran.
- Cet imposant ouvrage, qui n’avait pas encore été officiellement inauguré, devait permettre de relier la capitale iranienne à la mer Caspienne plus rapidement.
- On fait le point.
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Un mois de guerre au Moyen-Orient
Un mois après le début des frappes en Iran, la coalition américano-israélienne cible de plus en plus d’infrastructures civiles. Le pont B1 de Karaj, dans la région de Téhéran, a ainsi été attaqué jeudi 2 avril. Les bombardements, menés par les airs, ont eu lieu en deux temps. « L’ennemi américano-sioniste a de nouveau pris pour cible le pont B1 à Karaj »
, a rapporté la télévision d’État iranienne, en précisant qu’il « avait déjà été visé une heure auparavant »
. « Cette nouvelle attaque a eu lieu alors que les secours étaient mobilisés pour porter assistance aux victimes »
de la première frappe, a-t-elle ajouté. Selon Ghodratollah Seif, vice-gouverneur de la province – proche de Téhéran – d’Alborz, cité par plusieurs médias locaux, au moins 8 personnes ont été tuées, et 95 blessées.
Alors que l’offensive peine à produire des résultats tangibles – le régime iranien n’étant toujours pas tombé et demeurant en mesure de multiplier les lancements de missiles et de drones -, Donald Trump s’est réjoui de cette frappe. « Le plus grand pont d’Iran s’effondre et ne sera plus jamais utilisé »
, a-t-il écrit sur son réseau social Truth Social. Avant de prévenir que « les ponts sont les prochains, puis les centrales électriques »
, sous-entendant une systématisation de ce genre de destructions dans les jours à venir.
Une cible symbolique… mais pas seulement ?
En l’occurrence, le pont de Karaj constituait une cible symbolique, puisqu’il s’agit de l’une des infrastructures les plus importantes du pays. En dépit des sanctions occidentales, les Iraniens ont en effet réussi un véritable coup de force en faisant sortir de terre ce petit bijou de modernité, long de 1,2 kilomètre et haut de 136 mètres – soit l’ouvrage présenté comme le plus haut de ce type au Moyen-Orient. Il devait être inauguré prochainement et devait permettre de rallier plus facilement la capitale Téhéran à la mer Caspienne, au nord. « C’est un gros dégât pour la société civile iranienne. Ce pont devait faciliter le passage des Iraniens. Il était encore en cours de construction, et devait permettre (à terme) aux habitants de Téhéran et de sa banlieue d’aller rapidement vers le nord, et la mer Caspienne »
, explique Didier Idjadi, sociologue, universitaire et réfugié politique iranien, sur LCI.
User les capacités de manœuvres de l’armée iranienne sur son propre territoire
User les capacités de manœuvres de l’armée iranienne sur son propre territoire
Anthony Dabila
Au-delà de l’aspect emblématique, certains experts estiment que cette opération peut se révéler utile sur le plan militaire. « L’infrastructure est certes prévue pour des civils. Mais elle relie aussi Téhéran avec la Caspienne, une mer aussi bordée par… la Russie. C’est certainement par là que les drones Shahed circulent
(entre les deux pays). Il s’agit donc d’user la capacité d’échanges entre la Russie et l’Iran via la Caspienne »
, explique Anthony Dabila, chercheur associé à l’Institut d’études de stratégie et de défense (IESD), sur LCI.
Plus globalement, le territoire iranien s’étend sur un terrain majoritairement hostile, avec notamment de larges zones montagneuses. Donc, sans ce type d’infrastructures d’envergure, « l’Iran ne peut plus faire de manœuvres (militaires), ou ça devient beaucoup plus difficile »
, complète l’expert, avançant « l’idée d’user les capacités de manœuvres de l’armée iranienne sur son propre territoire »
.
Striking civilian structures, including unfinished bridges, will not compel Iranians to surrender. It only conveys the defeat and moral collapse of an enemy in disarray. Every bridge and building will be built back stronger. What will never recover: damage to America’s standing. pic.twitter.com/872zuE36qD — Seyed Abbas Araghchi (@araghchi) April 2, 2026
Le régime iranien a toutefois annoncé que ce genre d’attaques ne changeait pas sa position, alors Donald Trump appelle l’Iran à négocier (à ses conditions) et à signer un accord « avant qu’il ne reste plus rien de ce qui pourrait encore devenir un grand pays »
. « Frapper des infrastructures civiles, y compris des ponts inachevés, ne poussera pas les Iraniens à se rendre. Cela ne fait que refléter la défaite et l’effondrement moral d’un ennemi en déroute. Chaque pont et chaque bâtiment sera reconstruit plus solide qu’avant »
, martèle le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi. « Ce qui ne se remettra jamais : l’atteinte portée à la réputation des États-Unis »
, conclut-il.









