Pour « Le Monde des Livres » douze écrivains venus des Etats-Unis, d’Irak, d’Iran, d’Israël, du Koweït et du Liban livrent leur témoignage sur le conflit qui embrase le Moyen-Orient. Quatrième et dernier épisode, avec les contributions de Sinan Antoon, Etgar Keret et Diane Mazloum.
Sinan Antoon, écrivain et poète irakien
Les terrifiantes images des bombardements de Téhéran et d’autres villes iraniennes ces dernières semaines ont ravivé le souvenir de la doctrine « Choc et effroi », mise en œuvre il y a vingt-trois ans, lorsque les Etats-Unis lançaient leur seconde guerre contre l’Irak, en 2003, baptisée « opération “liberté irakienne” ». La situation est différente aujourd’hui, mais nombre de dynamiques, de discours et de moyens de propagande demeurent identiques.
J’étais au Caire à l’époque. Observer de loin la mort s’abattre, jour après jour, sur sa ville natale et sa patrie déchire l’âme. Mais si le fracas des bombes est terrifiant pour ceux dont les vies, les maisons et l’avenir sont anéantis, pour une certaine partie de la diaspora c’est une « musique ». C’est ce qu’écrivait alors l’auteur irakien-américain Lanan Makiya, soutien de l’invasion de l’Irak, qui avait assuré aux Américains que les Irakiens accueilleraient leurs soldats avec des roses. Certains Iraniens de la diaspora ont eu le même fantasme. En 2003, certains Irakiens-Américains chantèrent et dansèrent à Detroit tandis que l’invasion commençait, célébrant la fin d’une dictature brutale. Tout comme l’ont fait de nombreux Iraniens-Américains à Los Angeles et ailleurs. Les danses ont cessé, mais, hélas, les bombardements et la destruction, eux, ne s’arrêteront pas. Il n’y a pas de musique dans ou près des tombes que l’on creuse en Iran (et au Liban). Il n’y a que silence et larmes.
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