- Lors de l’examen du projet de loi d’urgence agricole, les députés ont voté mercredi plusieurs dispositions sur le loup.
- Parmi les mesures décriées, y compris par le gouvernement, la possibilité pour les détenteurs d’un permis de chasse, après avoir été formés, d’utiliser des lunettes thermiques.
- Dans l’hémicycle, le ministre Mathieu Lefèvre a souligné un risque pour la sécurité publique.
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Les débats sur le loup mercredi dans l’hémicycle, dans le cadre de l’examen du projet de loi d’urgence agricole, ont été agités. À l’origine, le texte visait à répondre à la demande des éleveurs confrontés aux attaques, en créant un régime spécifique au loup par rapport aux autres espèces protégées et en facilitant les tirs en cas de problème. Mais plusieurs amendements, votés mercredi, sont allés plus loin que la version initiale du projet de loi.
Ainsi, des députés RN, de droite et de gauche ont déposé et soutenu des amendements traitant de l’usage de lunettes thermiques ou de lunettes à vision nocturne pour tirer l’animal. Celles-ci sont déjà autorisées pour les agents de l’Office français de la biodiversité (OFB) et les lieutenants de louveterie, et le gouvernement comptait en rester là.
Avoir un permis de chasse, avoir été formé et avoir déjà participé à ce type d’opérations
Mais c’était sans compter le vote de l’amendement déposé par le député Liot Jean-Luc Warsmann, avec une alliance de voix de la droite, du RN et… du Parti socialiste.
Selon ce texte, « le représentant de l’État dans le département peut autoriser tout éleveur exploitant à titre individuel ou sous forme sociétaire, tout propriétaire public ou privé d’une exploitation agricole d’élevage mettant en valeur des surfaces pâturées, ou tout mandataire désigné par lui, participant aux opérations de gestion destinées à lutter contre la prédation des troupeaux, à utiliser des lunettes de tir à visée utilisant la technologie d’intensification de lumière ou d’infrarouge passif »
.
Et ceci, à trois conditions :
- être titulaire d’un permis de chasse valide
- avoir suivi une formation préalable auprès de l’Office français de la biodiversité
- avoir préalablement participé à une opération encadrée par un ou plusieurs lieutenants de louveterie
Cette autorisation est valable trente jours et se limite au périmètre de la commune concernée et des communes limitrophes dans le cadre d’une opération encadrée par un ou plusieurs lieutenants de louveterie.
« Il s’agit de mettre fin à la situation actuelle, dans laquelle il ne se passe plus rien après qu’une opération menée par un lieutenant de louveterie a échoué »
, a expliqué le député Jean-Luc Warsmann dans l’hémicycle.
Une lunette thermique, si elle est fixée sur l’arme, la transforme en arme de guerre
Une lunette thermique, si elle est fixée sur l’arme, la transforme en arme de guerre
Mathieu Lefèvre, ministre de la Transition écologique
Le gouvernement a tenté de s’y opposer, en vain. L’entourage de la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, avait évoqué mardi, devant des journalistes, un « problème de sécurité
» lié à cette mesure.
Dans l’hémicycle mercredi, et avant le vote, le ministre délégué à la Transition écologique, Mathieu Lefèvre, a mis « en garde l’Assemblée nationale sur les risques qu’emporterait l’adoption de ces amendements, ne serait-ce que du point de vue de la sécurité publique
« . « Une lunette thermique, si elle est fixée sur l’arme, la transforme en arme de guerre
« , a-t-il ajouté.
« Nous ne pouvons pas prendre le risque d’autoriser cet équipement à un public élargi »
, a-t-il encore insisté. « Une lunette thermique n’est pas une simple paire de jumelles ou un appareil d’observation neutre. Ce dispositif est directement intégré à l’acte de tir et son utilisation a pu causer des accidents. En dehors des agents de l’OFB et des louvetiers, seuls les militaires sont autorisés à en disposer. »
Le ministre a également fait état de difficultés techniques liées à l’usage de ce type de lunettes. « Quand une végétation très dense, un mur végétal, fait écran, seule une excellente formation permet de savoir si on vise un loup ou un humain »
, a-t-il lancé, provoquant une vive réaction dans les rangs de la droite et du RN.
Le PS justifie son vote par la nécessité d’accompagner les éleveurs
Les députés écologistes et issus des rangs de LFI sont allés dans le même sens. « Le directeur général délégué Police, connaissance et expertise de l’OFB, que nous avons auditionné avec le rapporteur, nous a signalé les risques du recours aux lunettes thermiques »
, a ainsi rapporté Marie Pochon, députée écologiste de la Drôme. « Il nous a raconté que des agents de l’OFB, qui avaient utilisé de telles lunettes la nuit, avaient découvert au petit matin des personnes couchées juste à côté, qu’ils n’avaient pas remarquées – leur sac de couchage avait retenu la chaleur de leur corps
.«
Et d’ajouter : « Distribuer ces armes de guerre de façon aléatoire aux chasseurs représenterait un danger pour les riverains dans nos campagnes. »
Mais le ministre, LFI et les écologistes étaient bien seuls face au camp favorable à l’adoption de ce texte, également soutenu par des députés du bloc central. « Autoriser ces équipements, c’est être cohérent avec la réalité du terrain : l’écrasante majorité des prédations a lieu de nuit ou au crépuscule et sans vision thermique ou nocturne, le tireur est aveugle »
, a ainsi estimé la députée Ensemble pour la République Danielle Brulebois. « De fait, le droit au tir de défense est inopérant aux heures où le danger est le plus grand. » « L’utilisation d’une lunette de tir à visée thermique ne change pas la nature de l’arme ; le calibre est le même, cela permet juste d’être plus »
, a renchéri l’ancien ministre de l’Agriculture, Marc Fesneau.
Côté Parti socialiste, la députée du Finistère Mélanie Thomin a expliqué que son groupe était « favorable »
à cette « autorisation sous conditions »
des lunettes thermiques pour les chasseurs formés : « Dans certains territoires - je pense aux départements des Hautes-Alpes, de l’Isère et de la Lozère -, les éleveurs sont dépassés par la situation. Il est important de les accompagner. »
Reste à voir ce que deviendra cette disposition, comme les autres, lors du débat au Sénat, et lors d’une éventuelle commission mixte paritaire.
D’autres mesures ont été votées sur le loup, notamment le relèvement du plafond de tirs. Le RN a par ailleurs fait adopter, contre l’avis du gouvernement, un amendement indiquant que « le tir de défense est présumé légitime »
en « situation d’attaque imminente ou d’intrusion manifeste »
d’un loup et « ne nécessite aucune autorisation préalable ni récépissé »
lorsque la réalité de l’attaque « est constatée a posteriori »
. L’amendement visant à autoriser les tirs dans les réserves naturelles et les parcs nationaux, et très contesté par les gestionnaires de ces aires protégées, a également été voté.
« Ce débat, c’est la foire »,
raille un spécialiste de ces enjeux. « Présomption de légitime défense, autorisation de tirs dans les réserves naturelles et les parcs, suppression de l’obligation de moyens de protection… et ces tirs avec des lunettes nocturnes… c’est devenu un laser game. »
Selon les chiffres donnés par la ministre de l’Agriculture Annie Genevard dans l’hémicycle, il y a eu 4.400 attaques en 2025, en hausse de 8%, et 12.500 victimes (+11%).









