- Mécanique, carrosserie, maintenance, contrôle technique… Les métiers de l’automobile restent encore largement perçus comme des métiers d’hommes.
- Pourtant, le nombre de femmes a triplé en dix ans dans les formations de la filière.
- Cette hausse des effectifs ne se retrouve pas dans les garages, déplore Marion Vidal, responsable de projet à l’Observatoire des métiers des services de l’automobile.
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Dans les garages, les métiers évoluent : la technologie et les diagnostics atténuent les besoins de forces physiques. Mais sous les moteurs ou derrière la carrosserie, les femmes ne parviennent pas à s’imposer. Une enquête qualitative sur les stéréotypes de genre et la place des femmes dans les services de l’automobile (nouvelle fenêtre), pilotée par l’Association nationale de la formation automobile (ANFA), montre que les femmes accèdent davantage aux formations. Malgré tout, elles ne représentent que 6,5% des personnes formées. Elles décrochent plus facilement et, en bout de ligne, elles restent largement minoritaires sur les métiers techniques (2%). Elles se retrouvent davantage dans l’enseignement de la conduite et aux postes administratifs.
Celles qui doutent ou qui hésitent, on les oriente naturellement vers des postes de réception d’atelier ou de fonctions de service
Celles qui doutent ou qui hésitent, on les oriente naturellement vers des postes de réception d’atelier ou de fonctions de service
Marion Vidal
Marion Vidal, responsable de projets à l’Observatoire des métiers des services de l’automobile, suit les formations et l’emploi de tous les métiers du secteur (de la sortie du véhicule de l’usine jusqu’à la casse). Elle constate auprès de TF1info que les stéréotypes de genre (nouvelle fenêtre) empêchent les femmes de progresser dans les métiers de l’automobile : « Nous interrogeons les jeunes de manière récurrente. Des filles nous font souvent remonter des difficultés pendant leur parcours de formation ou leur insertion. Beaucoup rencontrent des difficultés à trouver une alternance et doivent frapper à beaucoup plus de portes. D’autres se voient refuser un contrat par manque de place. Quelques semaines plus tard, elles apprennent qu’un copain de classe a obtenu ce même contrat. »
Marion Vidal s’inquiète et rappelle que ce secteur manque de main-d’œuvre : « Les entreprises ont des difficultés de recrutement. Nous nous privons d’un potentiel vivier de candidates. »
Ces obstacles concrets mettent la puce à l’oreille de l’Observatoire. L’étude menée par l’ANFA confirme un terreau ambiant peu favorable : plus d’un quart des expériences vécues en entreprise par les femmes interrogées relèveraient du harcèlement ou d’agissements sexistes. De quoi pousser les femmes en formation à s’interroger sur leur avenir dans la profession, voire à envisager de quitter la branche. « Quelque chose ne s’opère pas. Elles ont de plus en plus d’appétence et, au moment où elles se retrouvent en emploi dans la mécanique, on ne les retrouve plus »
, regrette Marion Vidal. Dans les témoignages recueillis, l’Observatoire retrouve « une pelletée de stéréotypes positifs de qualité dont on affuble les femmes »
. Minutieuses, accueillantes, attentives,… Ces adjectifs se transforment en piège, insiste la cheffe de projet : « Ces représentations généralisantes enferment les femmes. Celles qui doutent ou qui hésitent, on les oriente naturellement vers des postes de réception d’atelier ou de fonctions de service. C’est insidieux. »
Des motivations intactes et une réception positive
Il n’y a pas de quoi noircir entièrement le tableau, rassure l’Observatoire des métiers des services de l’automobile. Les femmes ont leur place, abonde Marion Vidal : « Il y a un discours favorable à l’accueil des femmes. Très peu de témoignages mentionnent des stéréotypes négatifs à l’instar du manque de physique pour réparer une voiture »
. Les motivations des jeunes femmes n’ont rien à envier à celles des hommes : « Elles ont une passion pour l’automobile et elles veulent faire de la technique »
, confirme l’étude.
L’association a également publié un guide de l’égalité. Il retrace des témoignages d’entreprises, des outils et des bonnes pratiques. Des rappels réglementaires sur les discriminations répréhensibles par la loi, une mise en perspective des gestes et des paroles à proscrire, la progression de carrière ou l’égalité salariale et des conditions de travail ponctuent le texte : « Nous voulons apporter des réponses et accompagner les entreprises qui rencontrent des difficultés »
, commente Marion Vidal.
L’Observatoire formule des recommandations pour améliorer le confort des femmes dans les entreprises : leur mettre à disposition un vestiaire et des toilettes et former les salariés aux problématiques de stéréotypes de genre : « Il faut noter que dans notre secteur, 95% des entreprises sont des TPE avec des petits ateliers pas organisés pour accueillir des femmes. Pour éviter que la salariée se change dans sa voiture, l’entreprise peut imaginer un roulement du vestiaire pour qu’elle se change à des horaires précis sans être dérangée »
, remarque Marion Vidal. Pour l’Observatoire, la place des femmes dans le secteur ne doit plus être un sujet : « Il faut ouvrir les portes aux femmes au maximum. Les hommes auteurs de propos sexistes restent minoritaires et il faut que l’institution s’empare de cette question pour les isoler. Nous devons rendre naturelle leur présence pour atténuer leur vulnérabilité »
, conclut la spécialiste.









