Alors qu’en France les dossiers Epstein resurgissent, leurs effets sur la monarchie britannique relèvent d’une temporalité plus longue et plus corrosive. Il ne s’agit pas d’une crise ponctuelle, mais d’un processus d’érosion institutionnelle fait de révélations successives, de dénis et de tentatives d’endiguement qui, depuis plus d’une décennie, fragilise la légitimité symbolique de la couronne.
Un jalon décisif intervient en 2010, lorsque le prince Andrew – frère cadet du roi Charles III – est photographié à Central Park aux côtés de Jeffrey Epstein, alors déjà condamné pour des infractions sexuelles. Peu après, Virginia Giuffre affirme avoir été victime de trafic sexuel organisé par Epstein et Ghislaine Maxwell, et met en cause le duc d’York pour des faits survenus alors qu’elle était mineure. Son récit, contesté et disqualifié pendant des années dans l’espace public, n’en a pas moins alimenté une procédure civile aux Etats-Unis, plaçant durablement la monarchie dans une posture défensive.
Le cas Andrew ne se réduit pas à une vie privée scandaleuse. Il engage la question de l’Etat. Ancien officier de marine ayant servi pendant la guerre des Malouines [en 1982], Andrew occupe de 2001 à 2011 une fonction officielle créée pour lui, celle de représentant spécial du Royaume-Uni pour le commerce international et l’investissement. Rattachée au gouvernement, cette mission de représentation économique lui ouvre des réseaux politiques et financiers sensibles, et installe une zone grise entre représentation publique, relations privées et capital symbolique dynastique. Cette zone d’ombre a servi les intérêts prédateurs d’Epstein dans son amitié avec Andrew.
Fragilisation structurelle
Une interview accordée à la BBC en novembre 2019 marque un tournant. Le prince tente de justifier son amitié avec Epstein dans un registre perçu comme déconnecté de la réalité des victimes. L’opinion publique britannique réagit vivement ; Andrew est contraint de se retirer de la vie officielle. Mais la mise à l’écart ne met pas fin aux questions de fond : celles de la protection, de la responsabilité et de la capacité de la monarchie à se soumettre aux standards contemporains d’exemplarité.
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