- Un an après le sacre de la Vénézuélienne Maria Corina Machado, le prix Nobel de la paix 2026 sera décerné ce vendredi à Oslo.
- Convoitée par Donald Trump, la récompense devrait encore lui échapper, notamment en raison de la guerre en Iran.
- Mais d’après les experts, le président américain devrait avoir un impact sur le choix du lauréat.
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Donald Trump n’aura pas le prix Nobel de la paix cette année. Depuis son retour à la Maison-Blanche, le milliardaire républicain fait campagne et ne cache pas sa déception de ne pas avoir été distingué jusqu’ici. « Ils ont la réputation de ne peut-être pas l’attribuer à des personnes comme moi »
, a-t-il déclaré mardi devant la presse, estimant que « ce serait un grand discrédit »
pour le comité de ne pas lui donner le prix. « Et je ne dis pas cela par mépris. »
« J’ai réglé huit guerres. Et j’ai peut-être empêché l’anéantissement total du monde parce que l’Iran ne possédera jamais l’arme nucléaire, et c’est une bonne chose, une très bonne chose »
, a plaidé le président américain. Donald Trump a été inscrit sur la liste des candidats l’an dernier par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le gouvernement pakistanais… après la date limite du dépôt des candidatures ! Il est donc candidat cette année. Mais ses chances sont minces.
« Le spectre qui plane sur les débats »
Entre l’opération militaire contestée en Iran, ses velléités d’expansion territoriale, parfois aux dépens d’alliés comme au Groenland, et ses attaques contre certaines institutions de coopération internationale et les médias, il est même invraisemblable qu’il puisse être distingué ce vendredi à Oslo. Mais son action pourrait avoir un impact indirect sur le choix du comité.
« Je pense qu’il est constamment dans les esprits »
, estime Øivind Stenersen, historien spécialiste du prix Nobel. Il est « le spectre qui plane sur les débats »
, abonde le directeur par intérim de l’Institut de recherche sur la paix d’Oslo (PRIO), Haakon Gjerløw. Pour lui, le comité doit se demander si l’attribution du Nobel risque de faire « plus de mal que de bien »
au lauréat, au regard des réactions qu’elle pourrait susciter à la Maison Blanche.
Du côté de l’Institut Nobel, on se veut imperturbable. « Il y a toujours beaucoup de lobbying, voire des tentatives pour faire pression. D’une certaine manière, nous y sommes très habitués »
, confie le secrétaire du comité, Kristian Berg Harpviken, à l’AFP. « Ce n’est pas un sujet que nous évitons d’aborder. Bien sûr, nous devons en discuter, mais cela n’influence pas les discussions au sein du comité ni les décisions qui en découlent »
, assure-t-il.
L’an dernier, le prix Nobel de la paix avait été remis à la cheffe de l’opposition vénézuélienne Maria Corina Machado, un choix généralement jugé digeste pour Donald Trump. Elle avait en effet remis sa médaille d’or au président américain, jugeant qu’il la méritait, sans toutefois recevoir son appui politique en retour. L’épisode pourrait inciter le comité à opter pour un prix peu susceptible de faire des vagues outre-Atlantique et tourné par exemple vers la protection de l’enfance ou l’humanitaire.
Léon XIV dans la course ?
Parmi les prétendants potentiels qui seraient « épargnés » par la Maison Blanche en cas de victoire : l’ONG Save the Children, l’Ukrainien Mykola Kouleba, qui œuvre pour récupérer les enfants ukrainiens emmenés de force par la Russie, une cause chère à Melania Trump, ou encore les Cellules d’intervention d’urgence (ERR), réseau de bénévoles qui assiste une population frappée par la guerre et la faim au Soudan.
Mais le comité pourrait aussi choisir un prix moins accommodant pour Donald Trump en récompensant la rapporteure spéciale de l’ONU pour les territoires palestiniens occupés Francesca Albanese, le pape Léon XIV, la liberté de la presse avec le Comité pour la protection des journalistes ou encore la justice internationale à travers la Cour pénale internationale et/ou la Cour internationale de Justice.
Au total, 287 individus et organisations ont été proposés pour le Nobel cette année. La toile de fond est sombre : 65 conflits armés impliquant au moins un État ont été recensés en 2025, un record depuis 1946. « Globalement, il est clair que le monde n’évolue pas dans la bonne direction »
, estime Kristian Berg Harpviken. « Mais en même temps, les bonnes initiatives ne manquent pas, et les organisations ou les personnes qui font du bon travail ne manquent pas non plus »
, dit-il, en estimant qu' »un prix de la paix a peut-être plus de sens que jamais ».

