- La Novaïa Gazeta va cesser d’exister, a annoncé vendredi 30 octobre son rédacteur en chef, Sergueï Sokolov.
- Bastion historique de la presse indépendante en Russie, le journal a fait l’objet de pressions des services spéciaux russes.
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La fin d’un monument de la presse indépendante en Russie. « Novaïa Gazeta cesse d’exister »
, a annoncé ce vendredi le rédacteur en chef du média, Sergueï Sokolov, dans une vidéo diffusée sur YouTube. « Les autorités russes, les services spéciaux russes ont obligé la rédaction à mettre fin à son travail
« , ajoute-t-il.
« Trente ans d’une vie partagée avec le pays et ses citoyens vont se terminer, nous laissant à la rue, sans moyens d’existence, sous la menace constante des répressions
« , regrette le journaliste, amer. « Nos années de vie furent heureuses, riches de création, d’espoirs, de lecteurs, d’amis, de textes et de films. Mais, par moments, ces années furent aussi d’une amertume désespérée »
, poursuit-il.
Le Kremlin « nous a tués »
Depuis l’attaque à grande échelle contre l’Ukraine, en février 2022, le journal survivait en Russie dans un environnement de plus en plus hostile face à des répressions politiques exacerbées. Dès le mois de mars de cette même année, il avait cessé sa publication papier mais continuait à publier des contenus en ligne. En septembre 2026, le titre a été classé par Moscou comme « agent de l’étranger
» – une étiquette impliquant de nombreuses contraintes administratives. Cette décision a précipité la disparition de Novaïa Gazeta, qui a reçu un avis d’expulsion l’obligeant à quitter ses locaux historiques à partir du 9 novembre et a vu le système qui lui permettait de recevoir des dons être bloqué, ce qui prive « entièrement »
l’entreprise de financement. « Ils nous ont tués »
, résume le rédacteur en chef.
Sergueï Sokolov accuse le Kremlin d’avoir « anéanti
» les droits humains en Russie, dont la défense est « désormais assimilée à un crime »
. « Les élections et les instances élues ont été, de facto, supprimées. Les institutions de la société civile ont été démantelées »
, énumère-t-il. Selon lui, « l’assassinat de Novaïa Gazeta »
est « une preuve supplémentaire »
que l’État russe commet une « trahison »
en reniant sa propre Constitution, qui interdit notamment la censure.
Le titre de presse avait été créé en 1993 avec le soutien du dernier dirigeant soviétique, Mikhaïl Gorbatchev. Au cours de son existence, il a abordé tous les thèmes délicats, notamment les crimes de l’armée russe, la corruption des élites, le groupe Wagner, ou encore la répression des homosexuels en Tchétchénie. Il a payé cet engagement au prix fort, six de ses journalistes ou contributeurs ayant été tués depuis sa création. Parmi eux : Anna Politkovskaïa, qui documentait les crimes de guerre en Tchétchénie et qui avait été tuée par balles à Moscou en 2006.