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Sophie Adenot est revenue : des échographies autonomes à la cuisine en micropesanteur, retour sur son travail à bord de l’ISS

Espace PresseBy Espace Presseoctobre 8, 2026
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  • Sophie Adenot est de retour sur Terre après quasiment huit mois passés dans l’espace.
  • Tout au long de cette mission, la Française a mené plus de 200 expériences scientifiques destinées notamment à faire avancer la science.
  • L’une d’elles, PhysioTool, s’est intéressée à un sujet crucial : comment le corps et le cerveau humain réagissent-ils au stress de l’espace ?

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Clap de fin pour Sophie Adenot qui aura passé au total 235 jours à 400 kilomètres au-dessus de la Terre, battant le record du plus long séjour orbital en continu pour un astronaute européen, homme ou femme confondus. L’objectif numéro 1 de cette mission baptisée « Epsilon » était de mener des expériences scientifiques à bord du laboratoire unique en son genre qu’est l’ISS. Biologie, physique des matériaux, physiologie… Sophie Adenot en a réalisé plus de 200 pour préparer les prochaines missions spatiales vers la Lune ou Mars et faire avancer la science sur Terre.

EchoFinder ou comment réaliser des échographies en totale autonomie

Dans le domaine médical, l’astronaute a testé par exemple EchoFinder, un système mis au point par le CNES, qui doit permettre aux astronautes de réaliser des échographies en totale autonomie, grâce à l’intelligence artificielle et à la réalité augmentée. Un progrès qui « aura un impact direct dans les futurs déserts médicaux », indiquait l’astronaute avant son départ vers l’ISS. Plus généralement, « cette recherche développée depuis plus de trente ans dans l’espace permet déjà à un chirurgien d’opérer à distance. C’est presque miraculeux », explique à TF1Info Anne-Ségolène Abscheidt, directrice générale de l’IPSA, une école d’ingénieurs spécialisée dans l’aéronautique et l’aérospatial.

Sophie Adenot a aussi étudié l’effet des radiations cosmiques sur l’ADN et les os, dans le cadre du projet scientifique Echo-Bones. Car, en l’absence de gravité, les astronautes perdent environ 1% de leur masse osseuse par mois, un phénomène proche de l’ostéoporose sur Terre. Cette expérience utilise une technique non invasive d’échographie pour mesurer à la fois la qualité structurelle des os et le flux sanguin à l’intérieur de ceux-ci afin de comprendre pourquoi ils se décalcifient. Les données récoltées serviront à mieux prévenir et soigner l’ostéoporose ou les pertes osseuses liées à la sédentarité et au vieillissement.

L’ingénieure aéronautique s’est par ailleurs intéressée aux biocontaminations, c’est-à-dire comment les bactéries se propagent en microgravité. Pour ce faire, elle a testé de nouveaux matériaux antibactériens qui permettront à l’avenir de lutter plus efficacement contre les maladies nosocomiales à l’hôpital. Pour Anne-Ségolène Abscheidt, ces expériences médicales illustrent pleinement la contribution de l’exploration spatiale pour améliorer la vie sur Terre. « Il faut savoir par exemple qu’en microgravité, on peut mieux soigner, on peut mieux mélanger certains composants. Et développer cette somme de connaissances nous permettra non seulement d’améliorer l’existant, mais peut-être aussi de faire de grandes avancées », pointe la directrice de l’IPSA.

Mieux comprendre comment les états émotionnels, dans un contexte particulier d’absence de gravité, impactent les performances cognitives au quotidien

Benoît Bolmont, expert Unys et chercheur à l’université de Lorraine

C’est notamment l’espoir suscité par une expérience inédite menée par Sophie Adenot dans l’ISS, grâce à un boitier neurosensoriel, PhysioTool, développé par le CNES. Elle doit permettre d’évaluer l’impact de l’impesanteur et du stress sur les fonctions cognitives. L’astronaute s’est ainsi soumise à une série de tests neurosensoriels pour évaluer l’effet de son long séjour en orbite sur la mémoire, la prise de risque ou la reconnaissance des émotions. L’expérience PhysioTool s’appuie sur l’expertise d’une équipe du laboratoire de psychologie et neurosciences de l’université de Lorraine, dirigée par Benoît Bolmont, expert Unys et chercheur. Depuis plusieurs années, ces chercheurs étudient les effets du stress et des émotions sur le comportement humain dans des environnements extrêmes, tels que les missions spatiales, les vols paraboliques ou les situations de confinement prolongé.

« L’idée, c’est de mieux comprendre comment les états émotionnels de Sophie Adenot, dans un contexte particulier d’absence de gravité, ont impacté ses performances cognitives au quotidien. Lui ont-ils fait prendre des risques ? Car dans l’espace, les émotions sont vécues différemment sur le plan physiologique. Et c’est assez novateur, car jusqu’à maintenant, on ne s’intéressait pas à la partie émotionnelle. Or certains astronautes ont rapporté des moments de stress, des moments de difficultés. Mais on n’avait pas encore de données dans ce domaine », relate auprès de TF1info Benoît Bolmont. 

Concrètement, « ça va nous permettre de voir par exemple à quel point la perception de l’autre peut être altérée, et donc altérer les capacités de vivre en groupe », précise-t-il. Il faut dire que la régulation du stress représente un enjeu majeur dans de nombreux domaines « où la prise de décision peut impacter la personne mais le groupe aussi. Comme pour le pompier qui éteint les feux ou le chirurgien qui opère. »

Et lorsqu’on réside 230 jours à 400 km de la Terre, le moral, ça passe aussi par la nourriture. L’astronaute française s’est donc tout naturellement intéressée à la façon de manger dans l’espace, ce qui n’est pas une mince affaire quand la plupart des aliments sont en poudre. Grâce à l’expérience Food Processor, un robot culinaire qui permet de cuisiner en micropesanteur, elle a réussi à concocter du houmous et du caviar d’aubergines ! À terme, ce prototype pourrait permettre de préparer, à partir d’ingrédients produits sur Terre ou à bord d’un véhicule spatial, des repas sains, équilibrés et adaptés aux besoins nutritionnels des astronautes, tout en gérant les stocks alimentaires. Il a déjà été utilisé à bord de l’ISS, en 2023, par le Danois Andreas Mogensen. Celui-ci avait alors réalisé une mousse au chocolat, qui avait été dégustée par l’ensemble de l’équipage.

Toutes ces expériences scientifiques auront des retombées à coup sûr. Mais il faut généralement être patient, « car c’est un travail de longue haleine, entamé parfois des années auparavant par d’autres astronautes », estime Anne-Ségolène Abscheidt. 

« Certains ne se rendent peut-être pas compte de l’impact et de l’importance de ces missions, mais on a fait des bonds en avant dans de multiples domaines. Citons par exemple, les outils sans fil (comment imaginer une rallonge dans l’ISS !), les verres traités anti-rayures, car il fallait trouver un moyen de ne pas avoir de rayures sur le casque, ou encore la couverture de survie. Tout ça a été imaginé dans l’espace », détaille-t-elle. 

Toutefois, pour Anne-Ségolène Abscheidt, la retombée scientifique la plus importante de cette mission, c’est l’exploit de cette colonelle de l’Armée de l’air, qui a accompli son rêve d’enfance en devenant la deuxième Française de l’Histoire à rejoindre l’espace. Car la directrice de l’IPSA veut croire à un « effet Sophie Adenot » qui se traduirait par un engouement de jeunes femmes dans les formations scientifiques, et notamment dans celles en aérospatial. Elle sait que l’impact ne se mesurera pas dès la rentrée prochaine. Mais elle sait aussi qu’une image compte. Pour une adolescente de 15 ans, voir une femme en scaphandre, cheveux flottant en l’air et tout sourire, peut changer l’idée qu’elle se fait de son avenir.

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