- Schématiquement, deux théories s’opposent face à l’urgence écologique, selon Fabrice Bonnifet : « ceux qui chérissent l’amélioration continue de l’existant et ceux qui proposent une rupture radicale ».
- Le président du C3D, le collège des directeurs du développement durable, fait partie de la seconde catégorie.
- Découvrez son nouvel édito.
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Notre planète
Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) vient de voir la lumière en publiant une étude à propos de « l’intégration des limites planétaires dans les décisions publiques et privées
« . Puisse ce sursaut de lucidité éclairer les décideurs. Convenons simplement que le sujet n’est plus de savoir s’il faut ou non intégrer des frontières, mais plutôt comment le faire.
Car s’il est largement documenté que le système économique est bien à l’origine de l’effondrement qui se dessine, il y a encore de fortes divergences sur la façon de corriger notre trajectoire.
Le manque d’imagination pour « faire autrement » est la principale raison de l’apathie généralisée face à la transition écologique, car il ancre notre incapacité à remettre en question les fondements de la civilisation thermo-industrielle.
Pour simplifier, deux théories s’opposent : ceux qui chérissent l’amélioration continue de l’existant et ceux qui proposent une rupture radicale. Les premiers prônent l’innovation technologique, l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables. Aucun scénario crédible ne valide cette hypothèse, compte tenu des ordres de grandeur, du temps qu’il nous reste pour agir, de la démographie, de la croissance économique et de l’effet rebond, qui annihile tout espoir de revenir dans une zone saine et sûre pour la prospérité de l’humanité.
Les seconds proposent que la création de valeur ne soit plus associée à la dégradation du capital naturel, mais à sa régénération.
L’utopie de la prise de conscience demeure, car nous savons qu’il faudra des métamorphoses systémiques, et donc des révolutions, pour la voir advenir. Se résoudre à se développer en respectant des limites semble être contre nature pour « Homo sapiens » – celui qui sait le prix de tout et la valeur de rien. Tant que les organisations continueront de raisonner comme si la planète était un décor stable absorbant l’expansion humaine, nous ne pourrons pas faire notre deuil du transhumanisme.
L’enjeu est de mettre l’économie au service de la vie et donc de redéfinir ce que nous voulons vraiment. Vivre pour découvrir l’altérité, la beauté et les merveilles du monde, et donc le respecter, ou survivre juste en consommant pour nourrir sa frustration ?
Plus rationnellement, osons proposer une autre voie qui consiste à :
1 – Cesser de traiter les limites planétaires comme de simples risques et accepter de rompre avec le caractère linéaire et écocide de nos modèles d’affaires.
2 – Changer les critères de réussite, au delà du PIB, pour valoriser la robustesse qui pérennise plutôt que la performance qui amenuise.
3 – Repenser la démocratie via l’émergence de conventions citoyennes durant lesquelles on prendra le temps d’expliquer la complexité avant de décider.
4 – Se préparer à renoncer à la futilité du superficiel pour mieux préserver les fondamentaux de l’essentiel.
Peut-on encore espérer la victoire du bon sens alors que la médiocrité humaine domine le plus souvent la dignité ? Actons que la responsabilité est de continuer à croire à l’improbable.

