- La tendance « No Kids » prend de l’ampleur en France.
- Ce phénomène en dit beaucoup sur notre société et notre mode de vie.
- Les explications de la sociologue Elodie Gentina.
Restaurants, hôtels, compagnies aériennes… de plus en plus de lieux proposent des espaces « no kids ». En janvier dernier, la SNCF a même inauguré une offre « Optimum Plus » réservée aux adultes et interdite aux enfants de moins de douze ans. Cette nouvelle offre propose un espace pensé « pour les attentes spécifiques de nos clients professionnels ou qui souhaitent une expérience de voyage particulière avec un accompagnement personnalisé et de la flexibilité
« , expliquait la SNCF. Et si elle assure qu’elle ne représente que 8% des sièges et qu’elle n’est disponible que la semaine, sur les trajets Inouï reliant Paris à Lyon, cette offre a fait polémique chez les politiques et a mis le feu aux poudres sur les réseaux sociaux.
Pour Eric Delemar, défenseur des enfants, la tendance des espaces sans enfants est « scandaleuse ». Dans un entretien accordé à l’AFP, il demande « qui oserait dire aujourd’hui qu’il faut interdire tel espace de transport, tel espace public, à telle catégorie d’adultes ?
« . Même son de cloche du côté d’Élodie Gentina, docteure en sciences de gestion et conférencière à l’IESEG School Management. Elle explique à TF1info, « l’enfant est de moins en moins présent et moins toléré dans l’espace public parce que ça fait du bruit. Je trouve que c’est hyper délicat de dire qu’il y a des espaces, des piscines, des spas, des wagons calmes, des zones où il y a uniquement des adultes
« . Pour la spécialiste, c’est comme si « les enfants étaient des voyageurs indésirables, alors qu’ils font partie de la société
« .
Le mouvement No Kids s’est développé avec ces tendances des couples sans enfants, de recherche de bien-être dans les loisirs
Le mouvement No Kids s’est développé avec ces tendances des couples sans enfants, de recherche de bien-être dans les loisirs
Elodie Gentina, docteure en sciences de gestion et conférencière à l’IESEG School of Management
Certes, il peut arriver que l’on soit agacé par les pleurs d’un bébé dans le train ou par les cris d’un enfant en bas âge dans un avion, mais si on interdit un espace à un enfant, on y voit aussi une « exclusion des familles
« , or « on n’a pas d’autres alternatives quand on est parents
» explique Elodie Gentina. Ce débat amène ainsi à se demander quelle est la place de l’enfant dans la société. L’espace No kids
revient à percevoir l’enfant comme une source d’agitation, de perturbation dans une société conçue pour la concentration, le calme et la tranquillité des adultes. « Je peux l’entendre quand on a envie aussi d’être au calme au niveau professionnel et qu’il y ait moins de bruit
« , confie Elodie Gentina, « mais la manière de présenter les choses doit être vraiment importante. Peut-être parler plus de zones calmes que de zones interdites aux enfants
« .
Pour elle, la meilleure solution est de faire coexister les zones différentes, en mettant des voitures « plus calmes » et des espaces « plutôt famille ». Elle ajoute : « On peut segmenter la clientèle comme on le fait déjà avec des hôtels familiaux, des hôtels business, des places business, ça, ça existe déjà
« , ajoute la sociologue. Et de rappeler que « le mouvement No Kids s’est développé avec ces tendances des couples sans enfants, de recherche de bien-être dans les loisirs
« . Elle estime que la montée de ces espaces s’inscrit dans « une transformation plus large des modes de vie
« . Le mode de vie sans enfants est devenu « normal
« , la parentalité « semble peut-être moins centrale dans la vie sociale
« . S’ajoute également une montée de l’individualisation des loisirs. « On est sur une transformation de la place d’enfants dans l’espace social et ça peut accompagner un changement culturel où la vie sans enfants devient socialement acceptée
« .
Toutefois, pour la sociologue, la polémique que suscite la tendance No Kids
n’est pas seulement contre les enfants, mais plus largement sur la façon d’organiser le calme dans les transports et dans les espaces, tout en gardant un espace public ouvert aux familles. « J’ai l’impression qu’il n’y a rien pour que les familles puissent s’épanouir de manière légère et saine
« , déplore-t-elle.








