- Des coachs sportifs affirment sur YouTube avoir identifié les raisons du « gras du ventre » chez les hommes.
- Il serait dû à une baisse de la testostérone créée par l’exercice physique, en particulier le cardio.
- Des affirmations trompeuses, selon des experts interrogés.
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« Ça, c’est le meilleur moyen de dérégler sa testostérone »,
affirme un coach sportif face caméra alors qu’un homme effectue des exercices de renforcement des abdominaux. Le contenu promotionnel circule sous la forme de publicités sponsorisées sur YouTube et Facebook. Avec un argument massue : « Quand on fait du cardio, on brûle des calories principalement sous forme de sucre dans le sang. […] Or, le cardio libère du cortisol, l’hormone du stress. Ça va entraîner une baisse de la testostérone, bloquer le métabolisme et entraîner un stockage accru des graisses. »
Solution toute trouvée pour ces coachs sportifs : ils proposent ainsi des programmes en ligne personnalisés, promettant même à leur futur client de « reprendre le contrôle de leur testostérone »
. Il serait même possible de se faire plaisir en mangeant régulièrement des chips ou des burgers, à en croire les affirmations d’un « coach »
, vêtu d’une blouse de médecin pour l’occasion.
Des vidéos comme celle-ci, la rédaction des Vérificateurs en a croisé plusieurs ces dernières semaines, visant principalement le public masculin francophone. Selon les données de Google, certaines d’entre elles ont été vues jusqu’à quatre millions de fois. Nous avons soumis à des chercheurs et experts en nutrition ces vidéos pour évaluer leur véracité.
Des liens entre testostérone et graisse du ventre à nuancer
D’emblée, les experts interrogés décrivent ces vidéos comme un mélange de faits établis et d’affirmations trompeuses. « Il est tout à fait vrai que la testostérone est une hormone anabolisante qui contribue à développer la masse musculaire »
, confirme Cédric Moro, directeur de recherche Inserm à l’Institut des maladies métaboliques et cardiovasculaires de Toulouse. Le taux de testostérone diminue effectivement à partir de la quarantaine, d’environ 1 % à 2% par an, selon certaines études (nouvelle fenêtre). Chez l’homme, un taux de testostérone bas est par ailleurs associé à davantage de graisse abdominale, notamment celle qui entoure (nouvelle fenêtre) les viscères.
Les effets des hormones sexuelles sont toutefois plus complexes qu’un simple lien entre testostérone basse et ventre rebondi. « La testostérone prise isolément ne favorise pas du tout la fonte des graisses et a, au contraire, un effet anti-lipolytique, c’est-à-dire qu’elle favorise l’accumulation de graisses »
, indique Cédric Moro (nouvelle fenêtre). Des travaux in vitro (nouvelle fenêtre), menés sur des cellules graisseuses humaines isolées, ont en effet montré que la testostérone pouvait réduire la capacité des cellules sous-cutanées à libérer leurs graisses. Chez des hommes dont la production de testostérone avait été supprimée, une étude publiée dans le New England Journal of Medicine (nouvelle fenêtre) a aussi montré que la prise de graisse était surtout liée à la chute des œstrogènes, que l’organisme fabrique à partir de la testostérone.
Surtout, le lien fonctionne dans les deux sens (nouvelle fenêtre). « Chez les hommes présentant une obésité, une perte de poids s’accompagne fréquemment d’une remontée de la testostérone »,
souligne
Ghaïs Guelaia, coach sportif et vulgarisateur sur les sujets de nutrition. Autrement dit, l’excès de graisse fait lui-même baisser la testostérone.
Un lien avec les effets du cardio pas avéré
Pour soutenir l’argumentaire de ces publicités, il faudrait surtout montrer que le cardio provoque durablement une baisse de testostérone et empêche de perdre de la graisse, estime Ghaïs Guelaïa. « Or
des méta-analyses
(nouvelle fenêtre) ont montré que chez des hommes initialement peu actifs, on ne retrouve pas d’effet moyen notable de l’entraînement sur la testostérone »,
ajoute le coach sportif.
L’efficacité du cardio est au contraire bien mesurée. Une analyse publiée en 2024 (nouvelle fenêtre), et portant sur 6.880 adultes en surpoids ou présentant une obésité, a montré que l’entraînement de type aérobie ou cardio permettait une diminution du poids, du tour de taille et de la masse grasse. Ghaïs Guelaïa confirme également que ce type d’entraînement reste efficace : « Dire que réduire les glucides grâce à l’entraînement physique ne fonctionne jamais, comme on l’entend dans ces vidéos, est faux. »
L’idée que le cardio, en particulier, libérerait des hormones de stress faisant baisser la testostérone est, elle aussi, trompeuse. « L’exercice, quel qu’en soit le type ou la nature, augmente les hormones de stress comme les catécholamines et le cortisol, donc ce n’est pas simplement une question de cardio »
, explique Cédric Moro.
D’autres arguments avancés par ces « coachs » ont fait bondir le chercheur. « On ne peut pas laisser dire que la perte de poids ou une meilleure santé passe par le plaisir de manger n’importe quoi sous prétexte qu’on ferait de l’exercice »
, s’agace-t-il. Il rappelle que l’endurance a toute sa place dans la lutte contre la prise de graisse liée à l’âge, en complément du renforcement musculaire : « Les connaissances actuelles semblent en faveur d’exercices combinant l’endurance avec des intervalles de haute intensité et du renforcement musculaire pour maximiser la perte de graisse abdominale tout en protégeant la masse musculaire d’un déficit calorique éventuel ».
Des arguments masculinistes ?
L’idée d’un métabolisme qui s’effondrerait après 40 ans relève davantage de l’argument commercial que de la science. Une étude, publiée dans la revue Science
(nouvelle fenêtre), a montré que la dépense énergétique reste globalement stable entre 20 et 60 ans.
Ghaïs Guelaia explique adhérer à certains messages de ces publicités, comme le fait de pratiquer une activité sportive que l’on apprécie plutôt que de la subir. Mais il dit ne pas cautionner la démonstration. « Ce qui me gêne en tant que coach sportif, c’est de voir une hypothèse hormonale présentée comme un diagnostic général, de discréditer une activité dont l’efficacité a été mesurée, puis de proposer un programme censé corriger ce prétendu problème »
, indique Ghaïs Guelaïa, rappelant que si un déficit hormonal est réellement suspecté, la réponse appropriée reste une évaluation médicale.
Pour lui, l’objectif de ces publicités est de viser un public masculin en jouant sur certaines peurs. « La testostérone obsède les hommes en ce moment, notamment avec les mouvances masculinistes, qui disent que les hommes doivent être ‘alpha’. Le manque de testostérone est aussi lié à plein de complications, notamment du côté de la santé sexuelle ou de l’état émotionnel. Cela a un côté démoralisant qui va permettre de vendre plus facilement ces programmes »
, analyse-t-il.
À en croire les statistiques de certains de ces programmes sur les réseaux sociaux, dont certains cumulent plus de 500.000 vues sur leurs vidéos YouTube, l’argument, pas établi scientifiquement, semble en tout cas attirer un certain public.
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