Le rachat de l’avionneur italien Piaggio Aerospace par le géant turc des drones Baykar, annoncé en décembre 2024, a été l’un des coups de maître d’Ankara dans sa stratégie de conquête de l’industrie de la défense aéronautique européenne. L’entreprise, fondée à Gênes en 1884, était un joyau national, spécialisé dans les jets d’affaires, les drones de surveillance et les turbopropulseurs. Engluée depuis 2018 dans une crise profonde – 1 300 emplois menacés et une dette de plus de 500 millions d’euros –, elle était sur le point de sombrer. Pour éviter une liquidation préjudiciable à la souveraineté industrielle italienne, le gouvernement de Giorgia Meloni a tranché en faveur de l’offre turque, jugée « la plus appropriée ».
Côté turc, les commentateurs, ravis, y ont vu un double succès. Au-delà du transfert de technologies stratégiques, l’opération offrait à Ankara une réintégration discrète dans l’écosystème de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN). Exclue du programme F-35 en 2019 par les Etats-Unis, pour avoir acquis des systèmes de défense antiaérienne russes S-400 – conçus pour détecter les avions alliés –, la Turquie pouvait désormais miser sur le savoir-faire de Piaggio pour se rapprocher des chaînes d’approvisionnement de l’Alliance.
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