- Jean-Luc Mélenchon est officiellement candidat à la présidentielle de 2027.
- Le leader insoumis portera notamment le concept de « nouvelle France » qu’il a théorisé ces derniers mois.
- Comment faut-il lire cette expression, qui ne fait pas l’unanimité à gauche ?
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Élection présidentielle 2027
Jean-Luc Mélenchon, candidat de la « nouvelle France ». En officialisant sa candidature à l’élection présidentielle dimanche soir sur le plateau du 20H de TF1, le candidat insoumis a également été invité à définir son concept de « nouvelle France », théorisé depuis de nombreuses années et éprouvé pendant la campagne des municipales. Le principe est présent dans le programme présidentiel du mouvement insoumis « L’Avenir en commun », dont une nouvelle mouture a été présentée en début d’année, et devrait donc être au cœur de la campagne des élus LFI pour la future élection présidentielle.
Succinctement, LFI définit la « nouvelle France » comme une France plus métissée et en phase avec la « condition humaine féminine »
, une société plus urbaine et plus métissée. Mais elle est expliquée un peu plus en détail sur le site du mouvement (nouvelle fenêtre)ou encore sur le blog de Jean-Luc Mélenchon (nouvelle fenêtre). Pour bâtir cette expression, LFI prend comme base de travail l’année 1958, date de création de la Vᵉ République et donc des institutions actuelles. Or, « si l’on prend comme référence l’année de naissance de notre régime politique, (…) la France a connu d’importantes mutations sociologiques, économiques et même anthropologiques. C’est d’abord ce simple constat que recouvre le concept de ‘nouvelle France' »
, lit-on sur le blog du candidat. Le mouvement estime que le pays a changé « davantage peut-être en six décennies qu’en deux siècles auparavant »
, alors « comment penser que des outils formés pour la France de 1958 soient toujours adaptés pour celle de 2025, de 2026 ou de 2050 ? »
Une société plus féminisée, plus urbaine, plus brassée
Parmi les changements les plus importants observés, les théoriciens du concept listent la condition féminine (obtention de nombreux droits comme l’accès à la contraception, à l’avortement ou le divorce par consentement mutuel), la « créolisation »
de la société (un Français sur trois a un ancêtre étranger, a indiqué Jean-Luc Mélenchon sur TF1), la jeunesse (en plus d’être une classe d’âge, elle est une « nouvelle condition sociale »
marquée par la précarité), le mode de vie urbain devenu majoritaire (« 80% de la population française vit en ville. C’était 55% en 1958 »
, lit-on sur le site melenchon2027.fr) et l’émergence d’une nouvelle classe ouvrière (la « condition ouvrière »
touche désormais les employés ou les travailleurs ubérisés).
Ainsi, à la lumière de ces faits, « cette nouvelle France il faut en faire un objet politique »
, a dit Jean-Luc Mélenchon dimanche soir sur TF1. « Voilà pourquoi la VIᵉ République c’est le projet de la nouvelle France, tout cela va ensemble »
, a-t-il ajouté. Sur son blog, dans une note de l’Institut La Boétie dont le candidat LFI est co-président, on peut lire que l’objectif est donc de « fédérer les différents éléments de la ‘nouvelle France’, pour qu’ils sortent la France de l’ornière dans laquelle un capitalisme oligarchique et une Vᵉ République sclérosée l’ont mise : c’est l’objectif de la stratégie de la Constituante »
.
Des accusations de communautarisme
L’expression est utilisée de longue date par Jean-Luc Mélenchon, avant même la création de La France insoumise. L’AFP rappelle qu’en 2005, alors qu’il était sénateur socialiste, l’élu avait lancé : « Nous traitons non pas d’abstractions mais d’êtres humains et de la fabrication de la nouvelle France. Je suis élu d’un département où il n’y a que des immigrés : Corses, Maliens, Auvergnats… » « Nous sommes mélangés et heureux de l’être, nous sommes la nouvelle France »
, disait-il également en 2012 depuis La Réunion. Mais la « nouvelle France » n’était pas encore mise sur le devant de la scène et brandie comme un argument politique.
Maintenant que c’est le cas, le concept essuie quelques critiques et connaît son lot de polémiques. Notamment lorsqu’il a été mis en miroir par Jean-Luc Mélenchon lors du meeting du candidat à la mairie de Toulouse François Piquemal avec celui de « grand remplacement », théorie d’extrême droite selon laquelle une immigration de masse voulue par les élites remplace la population blanche et chrétienne d’Europe. « La nouvelle France, celle du grand remplacement, c’est celle de la génération qui remplace l’autre parce que c’est comme ça depuis la nuit des temps »
, avait toutefois nuancé l’ex-député et sénateur socialiste.
Aussi, une partie de la gauche estime qu’avec la « nouvelle France », Jean-Luc Mélenchon tourne le dos au concept républicain d’universalisme, et qu’avec elle LFI joue encore la carte du communautarisme. « En creux, ça s’oppose à la ‘Vieille France’, des campagnes, racistes, colonialistes »
, a déclaré l’ancien Insoumis François Ruffin, en rupture avec Jean-Luc Mélenchon notamment sur ces questions-là. « Jusqu’alors, depuis Marx et Jaurès, la gauche, notre gauche, rassemblait le peuple sur une base de classe, d’intérêts matériels, les ‘travailleurs’. Aujourd’hui, lui divise le peuple, sur une base géographique (…) même sur une base ethno-géographique »
, tacle encore l’élu de Picardie.
La « lutte des identités » ?
Fabien Roussel, le patron du PCF, qui a basé son identité et sa culture politique sur la lutte des classes, reproche à Jean-Luc Mélenchon de substituer à cette dernière « la lutte des identités »
. « La manière dont pose la question Jean-Luc Mélenchon occulte complètement le combat de classes, c’est-à-dire l’exploitation des hommes »
, selon lui. « Beaucoup de nos concitoyens, ouvriers, salariés d’origine immigrée, sont exploités, mais comme d’autres et la question de la domination du capital sur l’être humain devrait nous rassembler à gauche »
, a-t-il jugé. Il pense qu’avec ce principe, Jean-Luc Mélenchon « fait du communautarisme et essentialise les gens au lieu de se battre pour l’égalité des droits »
. « Arrêtons avec le communautarisme et la racialisation de tous les problèmes »
, a répondu Jean-Luc Mélenchon sur TF1.
Pour sa « nouvelle France », LFI utilise une approche intersectionnelle, « qui permet d’ajouter, de juxtaposer, de voir comment s’influencent les différentes formes de domination : sociales, racistes, patriarcales… »
, défend au contraire la députée et cadre insoumise Clémence Guetté, qui appelle à « ne jamais les nier, ne jamais les hiérarchiser »
. « L’image d’une classe ouvrière classique, blanche, qu’on oppose à des migrants, n’existe plus »
, ajoute le député Eric Coquerel, selon qui le concept s’adresse à toutes les « victimes d’inégalité et de discrimination »
. Sera-t-il plébiscité par les électeurs en 2027 ?









