- Interrogé sur le médiateur idéal pour renouer le contact avec les Européens dans le dossier ukrainien, le dirigeant russe a proposé le nom de son ami Gerhard Schröder.
- L’ancien chancelier allemand est un soutien de longue date du Kremlin et n’a pas condamné l’invasion russe de l’Ukraine en 2022.
- La proposition s’inscrit « dans une série de fausses offres » russes, a balayé le gouvernement allemand, tandis que la classe politique est divisée.
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Ukraine : la guerre entre dans sa 5ᵉ année
La proposition agite déjà le débat en Allemagne. Le président russe Vladimir Poutine a proposé samedi 9 mai son ami et ancien chancelier allemand Gerhard Schröder (nouvelle fenêtre) comme médiateur dans la guerre en Ukraine (nouvelle fenêtre). Une piste accueillie froidement par Berlin dimanche, et qui suscite des réactions politiques opposées dans le pays.
Interrogé samedi sur son candidat favori dans le scénario d’une reprise du dialogue avec les Européens, le chef du Kremlin a répondu qu’il préférait « personnellement »
Gerhard Schröder. Au pouvoir de 1998 à 2005, le social-démocrate aujourd’hui âgé de 82 ans est resté depuis deux décennies un soutien fidèle du chef du Kremlin, au point de refuser de condamner l’invasion russe (nouvelle fenêtre) en Ukraine en 2022, déclenchant la polémique dans son pays. Le même jour, Vladimir Poutine a aussi assuré que la guerre en Ukraine « touchait à sa fin »
, tout en estimant qu’elle restait une « cause juste »
pour la Russie, lors de son discours à l’occasion du 9-Mai, marquant les 81 ans de la victoire soviétique contre l’Allemagne nazie (nouvelle fenêtre).
« Nous avons pris note de ces déclarations »
au sujet de l’ex-chancelier, qui « s’inscrivent dans une série de fausses offres »
russes, ont réagi auprès de l’AFP dimanche des sources gouvernementales. Berlin y voit en filigrane « la stratégie hybride bien connue »
du Kremlin et ajoute qu’« un premier test de crédibilité serait que la Russie prolonge la trêve »
temporaire décrétée pour ce week-end (nouvelle fenêtre), qui doit en théorie prendre fin lundi.
« Pas le pote de Poutine » : des réactions contrastées dans la classe politique
Le refus de Gerhard Schröder de condamner le déclenchement du conflit en Ukraine en 2022 lui a valu l’opprobre au sein du SPD, parti minoritaire de la coalition de Friedrich Merz, et lui a coûté certains de ses avantages d’ex-chancelier. Il a également eu des rôles clés dans les projets de gazoducs Nord Stream 1 et 2 (nouvelle fenêtre) ainsi qu’une place au conseil d’administration du pétrolier russe Rosneft, abandonnée en 2022.
Un médiateur entre la Russie et l’Union européenne ne peut « tout simplement pas être le pote de Poutine »
, a déclaré de son côté Michael Roth, ancien président social-démocrate de la commission des Affaires étrangères du Bundestag, dans une interview au Tagesspiegel
(nouvelle fenêtre). « L’essentiel est que (ce médiateur) soit avant tout accepté par l’Ukraine. Ni Moscou ni nous ne pouvons en décider à la place de Kiev »
, a-t-il ajouté.
Pour autant, d’autres membres du SPD, traversé par un courant pacifiste, se montrent plus ouverts à la proposition de Vladimir Poutine. « Cela doit être soigneusement pesé en étroite concertation avec nos partenaires européens et ne pas être exclu d’emblée de manière catégorique »
, a souligné par exemple Adis Ahmetovic, porte-parole du parti pour les affaires étrangères au Bundestag, auprès de l’hebdomadaire Spiegel
(nouvelle fenêtre). « Si l’on ne veut pas que Poutine et Trump
décident seuls de l’avenir de l’Ukraine
(nouvelle fenêtre), il faut saisir chaque chance. Même si elle est infime »
, a abondé le député Ralf Stegner dans les colonnes du journal.
Dans le reste de l’échiquier politique, certaines voix appuient même franchement ce scénario. « Nous devrions faire appel à l’ancien chancelier. Qu’avons-nous à perdre ? »
, a déclaré dimanche à l’AFP le président du parti de gauche pro-russe BSW, Fabio De Masi. « Il existe de sérieux doutes quant au fait que ce serait une bonne idée »
, a rétorqué à l’inverse Marie-Agnes Strack-Zimmermann, cadre du parti libéral allemand FDP, aux journaux du groupe Funke.









