- Depuis le début de l’épisode de chaleur le 18 juin dernier, 40 personnes ont perdu la vie à cause d’une noyade, a annoncé le Premier ministre ce mardi.
- En période caniculaire, les baigneurs se précipitent à la mer ou aux cours d’eau, mais de nombreux accidents surviennent dans les zones non surveillées.
- Les jeunes, qui représentent la majorité des victimes ces derniers jours, sont particulièrement à risque.
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La France frappée par une canicule aussi intense qu’en 2003
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Chaque jour, le bilan ne cesse de s’alourdir. En moins d’une semaine de canicule, 40 personnes sont mortes noyées en France (nouvelle fenêtre), a déploré ce mardi 23 juin le Premier ministre Sébastien Lecornu, après une nouvelle cellule interministérielle de crise dédiée à cet épisode de chaleur inédit (nouvelle fenêtre). Un « triste fléau »
, touchant « essentiellement des jeunes »
, a-t-il souligné. Rien que ces dernières heures, une personne s’est noyée et une autre a disparu dans le lac d’Annecy. Ces chiffres s’inscrivent dans une tendance préoccupante à la hausse, déjà observée l’an dernier.
Santé Publique France (SPF) avait ainsi enregistré 409 morts par noyade lors de l’été 2025 (nouvelle fenêtre), un chiffre en progression de 16% en un an. Une saison déjà marquée par des épisodes de fortes chaleurs précoces, en lien direct avec cette hausse, selon l’organisme public. « On a observé un pic de noyades pendant la canicule du mois de juin »
, relevait à l’époque auprès de TF1info (nouvelle fenêtre) Christophe Linot, un agent du Système national d’observation de la sécurité des activités nautiques (Snosan), un observatoire interministériel qui a pris part au rapport.
Conditions météo, comportements à risque…
Cette année encore, dès que le thermomètre grimpe, « les gens vont massivement se baigner et donc forcément, proportionnellement, cela fait monter le nombre d’incidents et de noyades »
, nous explique Guillaume Turpin, directeur adjoint des opérations littorales de la SNSM (Société Nationale de Sauvetage en Mer). Ces drames surviennent « très majoritairement sur des zones qui
ne sont pas surveillées
(nouvelle fenêtre)«
, poursuit l’expert, qui se dit « malheureusement pas vraiment surpris »
par le bilan vertigineux des derniers jours. Le risque est d’autant plus accru qu’au mois de juin, une grande partie des 250 postes de secours déployés sur les plages à travers la France ne sont pas encore ouverts.
S’il est difficile de savoir si les comportements imprudents ont augmenté ces dernières années, il est en tout cas certain que « pour le grand public, le risque de noyade est encore sous-estimé »
, insiste l’expert, qui alerte notamment sur la tendance à surévaluer ses capacités physiques. Sur le littoral, il est par exemple recommandé de nager parallèlement à la plage (nouvelle fenêtre), même pour les bons nageurs. « Pourtant, on voit encore trop de gens qui veulent absolument relever le défi d’aller toucher la bouée jaune, au large… C’est complètement stupide ! »
, regrette Guillaume Turpin. « Au retour, vous serez moins en forme qu’à l’aller, vous pouvez avoir des courants de face, vous pouvez vous retrouver avec une crampe ou faire une crise d’angoisse… »
Des comportements d’autant plus dangereux qu’ils peuvent se conjuguer à la fatigue, renforcée par les fortes chaleurs. La différence de température entre l’atmosphère et l’eau, de l’ordre parfois d’une vingtaine de degrés, peut également provoquer un malaise au cours de la baignade, appelé « hydrocution »
et pouvant mener à des noyades. « Il faut vraiment se mouiller progressivement avant de se plonger directement dans l’eau »
, insiste le colonel Norbert Berginiat, vice-président de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France. Et écarter toute consommation d’alcool (nouvelle fenêtre), qui « entraîne une baisse de vigilance et un défaut d’appréhension du risque »
.
À cela s’ajoute parfois une méconnaissance de phénomènes locaux dangereux, comme les baïnes qui emportent les baigneurs (nouvelle fenêtre) sur la côte atlantique. Dans les cours d’eau et les plans d’eau, où les noyades mortelles ont bondi l’été dernier et sur lesquels plusieurs décès sont déjà à déplorer ces derniers jours (nouvelle fenêtre), les comportements à risque sont aussi nombreux. Parmi eux, baignades hors des zones autorisées et dans des rivières à forts courants, ou encore sauts d’un pont et chocs mortels contre des roches ou blocs de béton immergés, alertait l’opérateur national Voies navigables de France dans un récent communiqué (nouvelle fenêtre).
Les jeunes et les enfants, une catégorie particulièrement vulnérable
Lors de ces baignades sauvages, les noyades mortelles augmentent principalement chez les jeunes, l’une des catégories les plus à risque de noyade de manière générale. « C’est une population qui prend plus de risques »
, observe Guillaume Turpin. Les jeunes enfants sont également particulièrement vulnérables : « les parents doivent vraiment
avoir une vigilance permanente
(nouvelle fenêtre), un enfant peut se noyer très vite et sans forcément faire de bruit »
, insiste le représentant de la SNSM.
Pour certains experts, la vigilance parentale a d’ailleurs reculé ces derniers temps, notamment à cause du téléphone portable, un vrai « facteur de distraction »
, insiste le colonel Norbert Berginiat. En parallèle, le niveau de natation a baissé chez les plus petits. « Il y a plusieurs dizaines d’années, les enfants savaient nager entre 5 et 6 ans, alors qu’aujourd’hui, certains ne savent
toujours pas le faire à 10 ans
(nouvelle fenêtre)«
, alerte-t-il.
« Il y a un niveau de nage moyen des enfants comme des adultes qui baisse considérablement »
, avait abondé l’an passé auprès de TF1info Axel Lamotte, de la Fédération française des Maîtres-Nageurs Sauveteurs, déplorant « minimum 5.000 postes vacants »
dans sa profession. Face aux députés, la ministre des Sports Marina Ferrari a reconnu ce mardi après-midi qu’il faudrait mener « un travail de longue haleine autour de l’apprentissage de la natation »
.
Dernière catégorie à risque : les plus de 65 ans, plus vulnérables face aux risques d’hydrocution et plus susceptibles de surestimer leurs capacités. « À chaque tranche d’âge correspondent des risques, et il faut faire de la prévention pour les diminuer à chaque niveau, en faisant attention à soi mais aussi aux autres lors de la baignade »
, résume Norbert Berginiat. « La prévention n’est pas quelque chose d’ancré dans l’esprit français, mais il faut vraiment la marteler chaque année. »
Les Voies navigables de France ont d’ailleurs mis sur pied pour la saison une campagne spécifique à destination des jeunes, #CoulePasTonEté (nouvelle fenêtre).
Au-delà de ce volet, la SNSM, qui célèbrera ce week-end la journée nationale des sauveteurs en mer, appelle de son côté à élargir la période de surveillance des plages dès le mois de juin, contrairement à la tendance actuelle. « Les collectivités locales sont soumises à des contraintes budgétaires, donc on observe plutôt une diminution des périodes de surveillance depuis dix ans »
, déplore Guillaume Turpin. Sous l’effet du changement climatique, les épisodes de chaleur sont pourtant appelés à être de plus en plus précoces dans l’année, et les risques de baignade d’autant plus accrus.









