- Le montage de trois photos d’un homme ukrainien circule en ligne depuis mercredi.
- Sur chacune d’entre elles, l’homme sauve son chien des frappes russes.
- Une seule photo dans le lot est authentique, les autres ont été générées par IA.
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Malgré d’innombrables preuves documentées de la violence (nouvelle fenêtre) de la guerre que mène la Russie contre l’Ukraine, les relais de la propagande prorusse continuent de recycler leur récit. D’après des publications mises en ligne depuis le mercredi 14 octobre, un même homme, petit chien blanc dans les bras, apparaîtrait à chaque frappe russe en Ukraine. Des images diffusées pour accréditer la rumeur d’une « mise en scène »
de la part de Kiev des conséquences des attaques.
« Cet homme et son chien se font prendre en photo à chaque frappe en Ukraine »
, écrit un internaute le 14 octobre. Il assure que cela permet de créer « à l’intention de l’Occident, une image de la souffrance de la population »
, quand un autre ironise sur « la sympathie des idiots »
. Sous les images, un commentaire décrit une « opération psychologique orchestrée de A à Z »
. Pourtant, après plus de quatre années de conflit, jamais une seule preuve de mise en scène n’a été apportée par la Russie. Qu’en est-il cette fois-ci ?
Une photo réelle, deux images générées par IA
Les messages s’appuient sur un montage de trois clichés. Le même homme inquiet marche dans la rue. Il porte dans ses bras son animal de compagnie, emmitouflé dans une couverture. Il semble quitter les abords d’une zone touchée par une frappe (nouvelle fenêtre), laissant derrière lui les ambulances. À chaque fois, la légende précise la date et la localisation. Celle de nuit aurait été prise à Dnipro en décembre 2025, l’autre à Kiev en juin 2026 et une dernière à Rivne, ce mois-ci. De quoi suggérer qu’il s’agirait d’un acteur, spécialement rémunéré pour se rendre sur les lieux des frappes russes afin de créer des mises en scène chargées d’émotion. Et alimenter les médias internationaux en contenus larmoyants.
Pour en savoir plus, nous avons voulu remonter jusqu’à l’origine des images. Or, sur l’une d’elles, nous avons pu identifier le trident de l’Ukraine, symbole utilisé par les autorités ukrainiennes. Le logo renvoie plus exactement à la police de la région de Rivne. C’est précisément sur cette page Facebook (nouvelle fenêtre) que nous avons retrouvé la photo, publiée le 13 octobre. Elle est accompagnée d’autres images prises ce jour-là, après qu’un drone russe a frappé un bâtiment universitaire (nouvelle fenêtre), provoquant un incendie et faisant de nombreuses victimes.
Toutefois, impossible de mettre la main sur les autres clichés. Ils n’ont été publiés ni par les médias ni par les autorités. En réalité, nous les avons retrouvés… sur les comptes Telegram des propagandistes du Kremlin. Plus précisément sur le canal (nouvelle fenêtre)d’un blogueur russe officiellement enregistré auprès du Roskomnadzor, le service russe de supervision des communications. Il ne précise ni l’origine, ni la source des photos.
En les regardant de plus près, nous avons identifié plusieurs anomalies (nouvelle fenêtre). Une croix de secours bleue à six branches n’est pas positionnée correctement sur le véhicule d’urgence, le bras d’un homme disparaît derrière une silhouette et une échelle de pompiers est posée contre un arbre. Autant d’indices qui trahissent l’usage de l’intelligence artificielle.

Une piste confirmée avec les outils de détection d’OpenAI (nouvelle fenêtre). Grâce à la présence d’un filigrane numérique invisible, apposé dans les productions générées ou modifiées à l’aide de ses outils d’intelligence artificielle, l’outil a pu démontrer son inauthenticité.
Les auteurs ont donc volontairement produit de toutes pièces deux images et les ont combinées avec une véritable photographie prise après un bombardement russe afin de manipuler le réel. Une analyse corroborée par le Centre de lutte contre la désinformation du gouvernement ukrainien (CPD), qui décrit une opération de « désinformation »
. Un récit qui, rappelle l’agence, s’inscrit « dans un discours systématique et hostile »
.
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