- Une vidéo montre du « saumon imprimé en 3D » qui serait commercialisé aux États-Unis.
- Le produit est bien distribué outre-Atlantique, mais il s’agit de produits végétaux.
- Un expert nous détaille ce que l’on sait sur l’impression de produits carnés.
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L’info passée au crible des Vérificateurs
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Une imprimante 3D en action, et apparait ce qui ressemble à un pavé de saumon. Une vidéo relayée par des comptes anglophones (nouvelle fenêtre) et francophones (nouvelle fenêtre) atteint des millions de vues. Elle montrerait le premier « saumon imprimé en 3D venant d’arriver sur les étagères des supermarchés américains ».
Une impression couche par couche pour imiter les fibres musculaires, et un réalisme à s’y méprendre. Les images font réagir de nombreux internautes qui s’insurgent contre le fait de commercialiser de la viande de synthèse, d’autres supposant que le produit a pour objectif d’intoxiquer les consommateurs.
D’où vient ce produit et que contient-il vraiment ? On vous explique.
Un mélange de plusieurs produits végétaux
Le terme « saumon » utilisé dans ces publications est trompeur : en réalité, aucun produit animal reconstitué par une imprimante 3D ne se trouve dans ce pavé. En effectuant une recherche d’image inversée, nous avons pu voir que la vidéo inclut plusieurs produits différents développés par des chercheurs à Singapour (nouvelle fenêtre), ou par l’entreprise autrichienne Revo Foods.
Ces produits sont en fait des galettes à base de plantes ou superposant des « mycoprotéines » issues de racines de champignons et des matières grasses végétales pour imiter la texture du saumon. Les entreprises produisant ces produits indiquent bien souvent créer des produits « inspirés du saumon ».
Quant à l’une des séquences de la vidéo virale, elle a aussi particulièrement attiré notre attention. Si nous n’avons pas retrouvé son origine exacte, le supposé pavé de saumon imprimé en 3D et manipulé n’a rien à voir avec les imitations de saumon connues. Le produit semble être un filet de saumon en cours de décongélation dans un saladier, et des écailles de chair se détachent bloc par bloc. Or, les produits imprimés en 3D présentent soit des stries régulières déposées par la machine, soit sont des galettes comme visibles dans l’image ci-dessous.

Un produit commercialisé récemment aux États-Unis
En revanche, un de ces produits a bien été commercialisé aux États-Unis récemment via la société israélienne citée dans la vidéo. Steakholder Food importe son produit de synthèse outre-Atlantique depuis le second semestre 2026 (nouvelle fenêtre). Dans son communiqué de presse (nouvelle fenêtre), la société a indiqué viser « les consommateurs flexitariens et végétariens avec des produits conçus pour reproduire la texture et les caractéristiques de la viande conventionnelle »
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La distribution est assurée par KeHE Distributors, l’un des principaux distributeurs de produits alimentaires naturels et spécialisés du pays, dans des points de vente du nord-est des États-Unis. Aucun autre détail sur le nombre de supermarchés ou de produits commercialisés n’a été communiqué, ni si les produits étaient déjà en rayon mi-octobre 2026.
En France, des produits pas dans nos supermarchés
Les experts contactés indiquent ne pas avoir connaissance de produits tels que du saumon ou de la viande imprimés en 3D dans la grande distribution en France. L’équipe des Vérificateurs n’en a pas non plus trouvé trace dans l’Hexagone, au contraire de viandes végétales commercialisées dans certains supermarchés (nouvelle fenêtre). Nous avons simplement pu trouver quelques exemples comme un restaurant (nouvelle fenêtre) sur les Champs-Élysées à Paris ayant servi ce type de produits, ou dans certaines chaînes de restauration. (nouvelle fenêtre)
Joint par la rédaction des Vérificateurs, Stéphane Portanguen (nouvelle fenêtre), ingénieur de recherche spécialisé à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) dans la conception d’aliments mixtes par imprimante 3D nous confirme que la plupart des grandes entreprises travaillent aujourd’hui sur des matières végétales. Il note cependant que « la contrepartie est souvent l’utilisation d’agents texturants qui ne sont pas dangereux, mais peuvent avoir un impact négatif sur les apports nutritionnels avec des protéines de moindre qualité ».
Il explique que l’impression 3D d’aliments carnés reste beaucoup plus complexe que les produits végétaux, « donc peu d’équipes s’y intéressent ».
Le chercheur travaille pour l’Inrae sur des solutions pour imprimer des aliments carnés, dont les premiers résultats ont été présentés au salon de l’Agriculture en 2023 (nouvelle fenêtre). « Mon point de vue est que l’impression 3D doit être un moyen de personnalisation de l’alimentation pour des populations ciblées, comme par exemple les personnes en situation de fragilité orale, âgées ou en situation de handicap »,
détaille Stéphane Portanguen. Ainsi, les chercheurs tentent d’obtenir des textures adaptées pour maintenir l’action de mastication et de déglutition dans de bonnes conditions afin de combler les carences en protéines observées habituellement chez ces personnes.
L’expert nous confirme qu’à ce jour, la filière industrielle n’existe pas véritablement, et que ces aliments restent donc pour l’heure dans les laboratoires.
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