- Les relations toxiques s’installent insidieusement, alternant entre idéalisation et dévalorisation.
- La manipulation psychologique et la culpabilisation enferment les victimes dans un cercle vicieux.
- Dépendance affective, matérielle et schémas répétitifs compliquent la rupture.
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Reconnaître le piège d’une relation toxique ne suffit pas toujours à s’en libérer. La prise de conscience se heurte parfois à de puissants verrous qui empêchent une personne de partir. Loin du manque de volonté ou de l’incapacité à rompre et à partir, il y a plusieurs mécanismes complexes qui s’entremêlent.
La psychologue et psychothérapeute Meriem Salmi, interrogée par TF1info, rappelle tout d’abord qu’une relation toxique ne commence jamais par la toxicité. « Au début, la personne est traitée comme un prince ou une princesse. Lorsque les violences psychologiques s’installent, la victime cherche désespérément à retrouver ces moments du début
« , explique-t-elle. L’autre va jouer avec le chaud et le froid si bien que la victime se retrouve alors progressivement prise dans une spirale avec une alternance entre phase d’idéalisation et de dévalorisation. Dès lors qu’elle essaie de prendre ses distances ou menace de partir, le ou la partenaire toxique peut redevenir charmant(e) et revenir avec des comportements amoureux et valorisants.
La manipulation psychologique et la culpabilisation
La psychologue indique que ce type de partenaire peut aussi être la marque des « grands manipulateurs ». « Ils repèrent les personnes empathiques et capables de se remettre en question. Ils inversent les rôles, se posent en victimes et font croire à l’autre que c’est sa faute s’ils deviennent violents ou insultants. La victime finit par y croire
« . Cet inversement des rôles est rendu possible par des années de dévalorisation, de paroles dégradantes, parfois de menaces ou de chantage affectif, voire au suicide. C’est un point sur lequel insiste Meriem Salmi. La relation toxique s’installe sur la durée, il ne s’agit pas de disputes ponctuelles car « lorsqu’on se retrouve face à quelqu’un qui est toxique, il ne va pas vous lâcher, il y a une escalade et il y a atteinte sur la personne car la personne est humiliée
« .
Non seulement elle est humiliée, mais elle est aussi isolée. Physiquement et mentalement dans la mesure où la personnalité toxique ne se montre pas sous les traits d’une personne manipulatrice en public. Au contraire, il valorise l’autre, répète combien il a la chance d’être avec une personne formidable. Meriem Salmi souligne que « quelqu’un qui est toxique ne pètera jamais les plombs en public, tandis qu’une personne saine, à bout, peut le faire
« .
Dépendance affective et matérielle
Une autre raison qui pousse les personnes à rester dans une relation qu’elle sait toxique est la dépendance, aussi bien matérielle qu’affective, parce qu’il « y a des gens qui ne peuvent pas vivre seuls
« . D’une part, la dépendance affective se caractérise par un très grand besoin d’affection de la part des autres. Dans le livre « La Dépendance affective, s’en libérer », la psychothérapeute Béatrice Copper-Royer et la journaliste Marie Guyot expliquent que « ce déséquilibre s’inscrit dans l’histoire personnelle de différentes manières, souvent à l’insu de tous, de façon inconsciente
« . Une personne dépendante a besoin de chercher l’approbation et la validation de l’autre, elle ne vit qu’à travers les yeux de l’autre et dans l’incapacité à prendre des décisions. Et parce qu’elles ont cette peur de la solitude, du rejet et de l’abandon, elles sont prêtes « à supporter ça pour ne pas se retrouver seules
« .
Dans d’autres cas, la dépendance est financière (des revenus faibles ou inexistants, absence de moyens de paiement…) et elle empêche la victime de partir, même si la relation est nocive. Il s’agit là d’une violence économique qui concerne 24% des femmes selon un sondage réalisé par l’Ifop. Enfin, dernière explication apportée par Meriem Salmi : un schéma répétitif. Selon la psychologue, les personnes qui ont vécu des histoires « difficiles vont mettre du temps à se rendre compte qu’elles sont prises dans une relation toxique
« .
Parce qu’elles ont grandi dans un environnement familial toxique, parce qu’elles ont déjà été avec un partenaire toxique, le cerveau considère que c’est familier, or l’humain est attiré par ce qu’il connaît, même si c’est une source de souffrance. Néanmoins, il est possible de sortir de ces relations et d’en guérir, même si le processus peut se révéler très long. « Ça dépend si la personne est accompagnée psychologiquement relativement tôt, ou si elle met du temps à aller se faire accompagner et à traiter le problème
« , conclut Meriem Salmi.