- Alors que la maladie avait été éliminée en 2000, plus de 5.000 cas de rougeole ont été enregistrés depuis le début de l’année aux États-Unis.
- D’après les experts, son retour serait lié aux fausses informations propagées par l’administration Trump et son ministre de la Santé Robert Kennedy au sujet de la vaccination.
- Outre-Atlantique, celle-ci reste obligatoire, mais elle peut être contournée pour motifs religieux notamment.
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Des chiffres qu’on pensait appartenir au passé. Plus de 5.000 cas de rougeole ont été recensés à travers le pays depuis 2026, selon un décompte vendredi des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), la principale agence de santé publique américaine. Dans le même temps, huit décès liés à la maladie, notamment de très jeunes enfants, ont été rapportés par les autorités sanitaires de plusieurs États. Dans la quasi-totalité des cas, les patients infectés étaient non-vaccinés.
« C’est tragique et cela aurait pu être totalement évité »
, fustige auprès de l’AFP Adam Ratner, pédiatre américain spécialiste en maladies infectieuses. Cette épidémie, d’une ampleur inédite depuis 1991, peine pour autant à faire « les grands titres »
et n’est pas véritablement prise au sérieux par l’administration Trump, déplore-t-il quand d’autres de ses collègues n’hésitent pas à pointer la responsabilité directe de Robert Kennedy Jr., le controversé ministre de la Santé nommé l’an dernier.
Si la rougeole avait été déclarée éliminée aux États-Unis en 2000 grâce à la vaccination, elle a opéré ces dernières années un retour en force qui s’est accéléré à partir de 2025, et menace aujourd’hui le statut épidémiologique du pays. L’organisation panaméricaine de la Santé (PAHO), une sous-branche de l’OMS, doit le réévaluer à partir de la semaine prochaine, et les experts s’attendent à ce que les États-Unis perdent à cette occasion leur statut de pays ayant éliminé la rougeole.
L’épidémie qui fait aujourd’hui rage a débuté en 2025 au Texas et semble encore loin d’être contenue. Selon plusieurs experts, le bilan, qui s’élève à plus de 7.000 cas et 11 morts enregistrés depuis l’an passé à travers plus de 45 États américains, serait très largement sous-estimé. « Il y a probablement au moins 10.000 cas dans le pays »
, assure à l’AFP Paul Offit, pédiatre infectiologue en Pennsylvanie, l’un des États ayant été le plus durement frappé. Le médecin ne mâche pas ses mots à propos de l’administration de Donald Trump, qu’il accuse d’inaction face à cette crise sanitaire qu’elle a selon lui contribué à créer.
Ils sont très doués pour convaincre les gens que les vaccins sont dangereux
Ils sont très doués pour convaincre les gens que les vaccins sont dangereux
Paul Offit, pédiatre infectiologue en Pennsylvanie
Ministre de la Santé de Donald Trump, Robert Kennedy Jr., relaie depuis des années de fausses informations sur le vaccin contre la rougeole et a minimisé à plusieurs reprises la dangerosité de la maladie, tout en remettant en doute l’attribution de certains décès récents. « Ils sont très doués pour convaincre les gens que les vaccins sont dangereux. Tellement doués que nous voyons aujourd’hui des enfants mourir, et que la question qui se pose à présent est donc : combien d’enfants doivent encore mourir avant qu’on ne réalise qu’on fait quelque chose de mal ? »
, s’étrangle Paul Offit.
La rougeole provoque de la fièvre, des symptômes respiratoires et des éruptions cutanées, et dans certains cas des complications plus graves, comme une pneumonie et une inflammation du cerveau pouvant occasionner de graves séquelles voire la mort. Bien que le vaccin soit obligatoire aux États-Unis, les Américains peuvent contourner la règle en invoquant dans une grande partie du pays des raisons religieuses ou même parfois philosophiques. Or, ces dérogations ont bondi depuis la pandémie de Covid-19 et l’explosion de la désinformation vaccinale et de la défiance à l’égard des autorités sanitaires.
La résurgence de la rougeole, qui est extrêmement contagieuse, n’est que le premier signe de cette baisse des taux de vaccination, s’inquiètent les soignants américains. Adam Ratner confie ainsi s’attendre à voir exploser les cas de coqueluche et de varicelle dans les années à venir. « Et le fardeau de ces maladies retombera sur les enfants, qui ne sont pourtant pas ceux qui prennent ces décisions »
, prévient-il.