- Le Wegovy, médicament coupe-faim qui n’était disponible que sous forme injectable en France, est commercialisé depuis lundi en comprimé.
- Ordonnances falsifiées ou de complaisance, achats illégaux de traitements sur Internet… De nombreux abus sont relevés.
- Regardez cette enquête du 20H de TF1.
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Le 20H
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Dans le réfrigérateur de cette pharmacie de Meudon (Hauts-de-Seine), les coupe-faims les plus en vogue prennent de plus en plus de place. « On stocke maintenant beaucoup plus parce qu’on en vend beaucoup plus tous les mois »
, montre le pharmacien, Alexis Freixinos, dans le reportage du 20H de TF1 visible en tête de cet article. Les injections de Wegovy sont réservées aux personnes souffrant d’obésité, et délivrées uniquement sur ordonnance. Depuis leur prise en charge par l’Assurance-maladie il y a quatre mois, ces produits qui coûtent entre 160 et 300 euros ont vu leurs ventes grimper de 75%. Et pas toujours pour de bonnes raisons. Car certains produits vendus pourraient en fait alimenter un marché noir lui aussi en plein boom.
« On a vu une augmentation des ventes, notamment les personnes qui n’en ont pas forcément besoin. On a beaucoup d’ordonnances, on pense que ce sont des ordonnances de complaisance. Il y a [aussi] de fausses ordonnances qui circulent pour pouvoir bénéficier du médicament remboursé, afin de le revendre sur le marché noir derrière, à des prix défiant toute concurrence »
, résume Alexis Freixinos.
En tout, plus de 600.000 boîtes ont été délivrées en seulement quatre mois en France. Mais les personnes qui souhaitent maigrir sans prescription médicale parviennent aussi à s’en procurer autrement. De plus en plus de sites clandestins, basés pour la plupart à l’étranger, proposent ces produits en vente libre, ou presque. Il suffit de remplir soi-même un questionnaire médical sur la plateforme. Rien de plus simple, donc, que de falsifier ces données pour avoir accès aux traitements. Une jeune femme qui s’est procuré illégalement un produit coupe-faim a accepté de témoigner anonymement auprès de notre équipe.
Une « ratatouille » à haut risque
« Voici mon petit produit magique, de la rétatrutide »
, indique-t-elle en ouvrant son réfrigérateur, « aussi appelée la ‘R’, et sur les réseaux sociaux, la ‘ratatouille’
. Des surnoms pour passer sous les radars des autorités. Car cette molécule expérimentale en cours d’essai clinique est interdite en France. Christelle en prend par injection depuis tout juste un mois. « Dès le lendemain de l’injection, on a une sensation de satiété qui est énorme »
, raconte-t-elle. « Quand j’en parle, j’ai l’impression que je viens de sortir de table et qu’on a mangé de la raclette. On a cette sensation-là qui dure pendant des heures et des heures. Le matin, si j’arrive à boire un café, c’est déjà pas trop mal. »
Pour autant, Christelle a choisi de ne pas en parler à son médecin. « C’est pour aller plus vite. J’étais quand même dans l’obésité, mais elle m’aurait dit que je n’étais pas assez costaud »
, suppose-t-elle. La jeune femme n’est pas complètement rassurée pour autant. « À chaque injection, je me dis, bon, est-ce que ça va aller ? »
Elle sait que dans son groupe d’acheteurs sur Internet, « il y a déjà deux-trois personnes qui sont parties à l’hôpital à cause de la R, parce qu’en fait, elles avaient des soucis cardiaques »
.
Effets secondaires
Des problèmes de cœur et même des AVC sont en effet parmi les risques encourus avec cette automédication. Les médecins rappellent que pour les personnes qui n’ont que quelques kilos à perdre, acheter ces traitements en ligne, ce n’est pas sans risque. « Diarrhée, constipation, nausée, vomissement. Il peut y avoir des effets secondaires un peu plus gênants, plus graves, comme la pancréatite aiguë. En fin de compte, vous ne savez pas ce que vous vous inoculez »
, prévient ainsi le docteur Laurent Fogel, médecin généraliste à Paris.
Pour freiner ce trafic dangereux, chaque jour, les douaniers contrôlent des milliers de colis dans les centres de tri. « Le flair du douanier, le fameux »
, sourit l’un d’eux face à notre caméra. « Non, en vrai, c’est surtout l’expéditeur. Il y a des contrefaçons de ces médicaments-là qui arrivent de Chine et d’Inde, principalement »
, explique-t-il. Autre indice, la taille de l’emballage. « En général, c’est des petits colis »
, confirme une autre agente des douanes. De quoi tout juste contenir une seringue ou une fiole de quelques millilitres.
Lorsqu’elles sont saisies, les doses sont analysées dans un laboratoire des douanes en banlieue parisienne, visité par notre équipe. Objectif : vérifier que le contenu des produits saisis est bien celui indiqué sur l’étiquette. « Au niveau de l’étiquetage, on retrouve bien le nom de la substance. Par contre, on a quelques échantillons où, effectivement, ça peut être d’autres molécules. Où il n’y a absolument pas de principe actif à l’intérieur »
, explique Jessica Masson, responsable « stupéfiants et médicaments » de ce laboratoire.
Ces traitements sont surveillés de près par les autorités sanitaires, car ils relèvent d’une question de santé publique. Exceptionnellement, notre équipe a eu accès à l’Observatoire du médicament. C’est ici que les enquêtes douanières sont menées. À visage caché, un analyste nous confie l’impact du phénomène. « Les coupe-faims, de manière générale, ça fait partie du top 3 des produits les plus saisis. Il convient de ne surtout pas acheter ces produits-là sur Internet. Parce que les chiffres sont là à l’appui pour nous dire que dans 90% des cas, vous avez des chances d’acheter (…) soit des produits qui eux-mêmes sont directement issus soit d’un trafic illégal, soit des faux médicaments »
, résume-t-il. Le trafic de ces substances vendues en ligne peut entraîner de lourdes peines, jusqu’à 375.000 euros d’amende et 5 ans de prison.