- Des législatives anticipées se déroulaient ce dimanche en Serbie, un scrutin très attendu et marqué par un taux de participation record.
- Le dirigeant nationaliste Aleksandar Vucic a finalement concédé sa défaite dans la soirée, face au mouvement étudiant.
- Ce dernier avait mené d’importantes manifestations dans le pays depuis déjà deux ans.
Ajoutez TF1info à vos sources sur Google
Pour la première fois depuis 2012, une alternance se profile en Serbie. Le dirigeant nationaliste Aleksandar Vucic, figure dominante de la vie politique du pays depuis 14 ans, a concédé sa défaite aux élections législatives anticipées dimanche 25 octobre, une annonce qui a provoqué une explosion de joie dans le centre de Belgrade.
« Il est clair que nous avons perdu ces élections »
, a déclaré l’ancien président à ses partisans au siège de son parti dans la capitale, admettant que le mouvement étudiant avait remporté la victoire, après avoir mené des manifestations pendant deux ans. Le dirigeant avait convoqué des élections anticipées face à ce puissant mouvement de contestation (nouvelle fenêtre).
Présenté par les étudiants comme un « référendum anti-Vucic »
, ce scrutin était le premier depuis 2012 à esquisser, pour 6,4 millions d’électeurs, la possibilité d’une alternance. « La Serbie a gagné, comme nous l’avions promis »
, a savouré Ilija Srdanovic, représentant la liste des étudiants, devant les militants brandissant des ballons colorés. « Plus jamais nous n’aurons de tyran dans ce pays. »
Une participation record, du jamais-vu depuis plus de 30 ans
La Serbie a par ailleurs enregistré un taux de participation record, qui entretenait déjà l’espoir des opposants ces dernières heures. À 18 heures, soit deux heures avant la fermeture des bureaux de vote, « 64,89 % du total »
des électeurs avaient déjà voté, a déclaré Branko Josipovic, le directeur de l’Office national des statistiques, lors d’une conférence de presse. Ce taux, encore provisoire, est le plus élevé depuis 1993. La dernière forte mobilisation électorale, d’environ 70%, remontait à l’éviction de l’ancien dirigeant Slobodan Milosevic en 2000, et reste une référence dans l’histoire politique serbe.
Le groupe de surveillance des élections CRTA a toutefois fait état d’un « nombre important d’irrégularités et d’incidents »
. Les forces de l’ordre n’ont pour l’heure confirmé aucune violence majeure liée aux élections. Dans le centre-ville de Belgrade, des policiers anti-émeutes ont entouré la commission électorale, le bâtiment de la présidence et des partisans du gouvernement dans un parc au moment de la fermeture des bureaux de vote.
La victoire du mouvement étudiant est l’aboutissement de près de deux années de manifestations déclenchées par l’effondrement en 2024 d’un auvent de la gare de Novi Sad (nouvelle fenêtre), deuxième ville de ce pays des Balkans. Seize personnes étaient mortes et les protestataires avaient estimé que l’accident était une conséquence de la corruption endémique (nouvelle fenêtre). Au plus fort de la mobilisation, des centaines de milliers de personnes ont manifesté dans la capitale, tandis que les revendications se sont transformées en appels à des élections anticipées.
Aleksandar Vucic, vice-Premier ministre à partir de 2012, puis Premier ministre en 2014 et président en 2017, a fini par convoquer les élections en septembre dernier. Il a alors démissionné de son second mandat à la tête de l’État afin de mener la campagne pour son camp, cette fois en visant le poste de Premier ministre. Mi-octobre, il jurait que le mouvement de contestation contre le pouvoir allait « prendre fin »
ce dimanche, comptant sur sa réélection.