- La 24ᵉ édition du classement de Shanghai sera publiée ce samedi 15 août.
- Ce palmarès mondial, le plus ancien et le plus commenté, recense les 1.000 meilleures universités de la planète.
- Mais sa méthode, centrée sur la recherche de très haut niveau, lui vaut de nombreuses critiques.
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C’est un rendez-vous annuel qu’attendent tous les présidents d’université. La 24ᵉ édition du classement de Shanghai sera dévoilée ce samedi 15 août, comme chaque année à la même date. Un palmarès scruté par les ministères, toujours brandi par les établissements bien placés, et souvent contesté par ceux qui le sont moins. Mais que mesure-t-il réellement ? Pourquoi tant de critiques lui sont-elles adressées ? On vous explique.
Un classement né en Chine
Pour comprendre l’histoire de ce classement, il faut remonter au début de notre siècle, en juin 2003. Quatre chercheurs de l’université Jiao Tong de Shanghai mettent en ligne l’Academic Ranking of World Universities, l’ARWU. Il s’agit alors de tenter de situer les universités chinoises face à leurs homologues internationales. Et ce, dans le cadre d’une stratégie de modernisation du système d’enseignement supérieur du pays, largement calquée sur le modèle des grandes universités nord-américaines.
Le classement est réalisé avec peu de moyens, à partir de bases de données accessibles en ligne. Il recense d’abord les 500 meilleures universités mondiales, avant d’étendre son périmètre aux 1.000 premières. Depuis 2009, il n’est plus publié par l’université elle-même mais par une société, ShanghaiRanking Consultancy
, qui se présente sur son site (nouvelle fenêtre) comme « une organisation totalement indépendante, juridiquement subordonnée à aucune université ni agence gouvernementale »
.
L’entreprise ne manque pas d’assurance quant à son produit. Elle le décrit comme « le précurseur des classements universitaires mondiaux et le plus digne de confiance »
, et met en avant une méthodologie « scientifiquement solide, stable et transparente »
, l’une des raisons, selon elle, de son influence.
Influence telle qu’elle a en grande partie modifié l’organisation des grandes universités tricolores. Car lors de la toute première publication, la France découvre qu’aucun de ses établissements ne figure dans le top 40 mondial. Un choc pour les dirigeants politiques de l’époque, persuadés de l’excellence du modèle français.
En 2007, quatre ans après, une grande loi relative aux libertés et responsabilités des universités est adoptée. Valérie Pécresse, alors ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, ira même en Chine en visite officielle, pour rencontrer les concepteurs du classement en personne, et leur présenter les bienfaits de sa réforme.
Six critères quantitatifs
Mais comment ce classement tant convoité et influent est-il réalisé ? Contrairement à ce que l’on pourrait croire, il ne mesure directement ni la qualité de l’enseignement, ni la vie étudiante, ni l’insertion professionnelle. Il évalue exclusivement la performance scientifique (nouvelle fenêtre), à travers six indicateurs quantitatifs, dont le nombre de prix Nobel et de médailles Fields obtenus par les enseignants-chercheurs de l’établissement ou encore le nombre de chercheurs figurant parmi les plus cités.
Il faut ajouter à cela les publications dans les revues Nature
et Science
, son volume d’articles répertoriés dans les grandes bases de données scientifiques, les prix Nobel et médailles Fields obtenus par ses anciens élèves et enfin sa performance rapportée à la taille de son corps enseignant. Le calcul se fait toujours en relatif : sur chaque critère, la meilleure université mondiale sert de référence et obtient la note maximale.
Où en est la France ?
L’an dernier, la France se classait au 11ᵉ rang mondial (nouvelle fenêtre) pour la deuxième année consécutive, avec 27 établissements dans le top 1.000, soit deux de plus qu’en 2024. L’université Paris-Saclay tirait son épingle du jeu à la 13ᵉ place mondiale et à la 3ᵉ à l’échelle européenne, suivie de l’université Paris Sciences et Lettres (34ᵉ), Sorbonne Université (43ᵉ) et l’université Paris Cité (60ᵉ). Huit universités françaises figuraient dans le top 200, parmi lesquelles Strasbourg, Aix-Marseille, ou encore Montpellier.
Une progression que l’on attribue notamment aux regroupements d’établissements menés ces dernières années : depuis 2003, le nombre d’universités françaises classées a augmenté de 50%, passant de 18 à 27. Le haut du classement, lui, ne bouge quasiment jamais : Harvard occupe la première place depuis vingt-trois ans, devant Stanford et le MIT, dans un top 10 exclusivement anglo-saxon.
Mais le classement, s’il est attendu, n’en est pas moins critiqué. Il faut dire que les limites de l’exercice sont pointées depuis ses débuts, en particulier pour ses biais en faveur des grands établissements, ceux des pays anglophones notamment, ainsi que la difficulté à évaluer correctement les universités spécialisées en sciences humaines et sociales. Car le poids accordé aux prix Nobel et aux médailles Fields (30% de la note à eux seuls) favorise mécaniquement les institutions anciennes et prestigieuses.
La dimension purement quantitative du classement engendre par ailleurs de drôles d’anecdotes : ainsi, l’université Humboldt et l’Université libre de Berlin, parmi les plus prestigieuses d’Allemagne, ne figurent plus au classement depuis 2006, faute d’être parvenues à s’entendre… sur leur nombre respectif de prix Nobel, les deux établissements étant héritiers de l’ancienne et unique université de la capitale allemande.