Les Etats membres de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) ont décidé, mercredi 11 mars, de débloquer massivement leurs réserves stratégiques de pétrole pour faire face à la flambée des prix, juste avant une réunion des dirigeants du G7 destinée à « atténuer » les « conséquences économiques » de la guerre au Moyen-Orient.
« Les pays de l’AIE vont mettre 400 millions de barils de pétrole (…) à la disposition du marché pour compenser la perte d’approvisionnement due à la fermeture effective du détroit » d’Ormuz, a annoncé le directeur exécutif de l’AIE, Fatih Birol. Cette décision prise « à l’unanimité » donne lieu au « plus important » déblocage de stocks de son histoire. Le Japon et l’Allemagne avaient pris les devants en annonçant leur décision de puiser dans leurs réserves stratégiques.
Ces 400 millions de barils libérés par l’AIE représentent « environ vingt jours des volumes exportés via le détroit d’Ormuz », a précisé Emmanuel Macron, à l’ouverture d’une visioconférence avec ses homologues du G7. Le président de la République a suggéré à ses partenaires d’appeler les autres pays à « s’abstenir de toute restriction aux exportations de pétrole et de gaz, qui pourraient déstabiliser les marchés ».
Il a, en outre, exhorté Donald Trump et les autres dirigeants du G7 à se « coordonner » afin de « rétablir clairement la liberté de navigation », « dès que possible », alors que le détroit d’Ormuz est de facto impraticable pour l’acheminement d’hydrocarbures. Emmanuel Macron doit de nouveau s’exprimer publiquement à l’issue de cette réunion.
Il s’agit du premier sommet du G7, qui réunit Etats-Unis, France, Allemagne, Royaume-Uni, Italie, Japon et Canada, consacré au conflit. Il a été convoqué pour évoquer « les conséquences économiques » du conflit et « les mesures pour les atténuer », notamment sur le front énergétique, selon l’Elysée.
La guerre déclenchée le 28 février par des bombardements israélo-américains en Iran, auxquels Téhéran a riposté dans plusieurs pays de la région, a provoqué la fermeture de facto du détroit d’Ormuz, par lequel transite normalement un cinquième de la production mondiale de pétrole et de gaz naturel liquéfié. Cette situation a entraîné une forte hausse du cours du baril, et donc des prix du carburant à la pompe.
Un recours « sans précédent » aux réserves stratégiques
La première ministre japonaise, Sanae Takaichi, a été la première à agir en annonçant que Tokyo avait « décidé de prendre l’initiative d’alléger l’offre et la demande sur le marché international de l’énergie en libérant ses réserves stratégiques dès le 16 de ce mois » et, ce, « sans attendre de décision officielle » de l’AIE. Presque simultanément, la ministre de l’économie allemande, Katherina Reiche, a déclaré que Berlin libérerait aussi une partie de ses stocks.
Le président français envisageait depuis dimanche de puiser de manière coordonnée dans les stocks stratégiques. A son initiative, il y a eu deux premières réunions préparatoires du G7. Celles des ministres des finances, lundi, puis de l’énergie, mardi, n’ont pas abouti à une décision définitive.
Les ministres du G7 énergie ont assuré être « prêts » à prendre « toutes les mesures nécessaires », en coordination avec l’AIE, dans un communiqué publié mercredi, au lendemain de leur entretien. « Nous soutenons en principe la mise en œuvre de mesures proactives pour remédier à la situation, y compris le recours aux réserves stratégiques » de pétrole, ont-ils affirmé.
Selon des informations rapportées mardi par le Wall Street Journal, l’AIE propose un recours « sans précédent » aux réserves stratégiques afin d’enrayer la flambée des prix.
Ce déblocage dépasserait celui de 2022, au moment de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, lorsque 182 millions de barils de pétrole avaient été mis sur le marché par les pays membres de l’AIE en deux phases, précise le journal américain des affaires, qui cite des responsables proches du dossier. Contactée par l’Agence France-Presse, l’AIE n’a pas répondu.
« Il faut donner un message très clair : si on ne peut pas rouvrir le détroit d’Ormuz, on va le remplacer par un pétrole qui viendra d’ailleurs et qui va circuler dans le monde », a prévenu mercredi Roland Lescure, le ministre de l’économie français.
Emmanuel Macron et d’autres dirigeants ont dit travailler à des solutions pour obtenir la réouverture d’Ormuz, tout en reconnaissant que ce ne serait pas possible tant que la guerre est dans sa phase de frappes incessantes.
Après plusieurs jours de flambée, les cours du brut, qui ont atteint près de 120 dollars le baril lundi, ont baissé mardi, à la suite des déclarations de Donald Trump, qui a assuré que la guerre était « quasiment » terminée. Mercredi, ils remontaient à nouveau.





