- Connaissez-vous l’arnaque au carré, qui, comme son nom l’indique, se déroule en deux temps ?
- Le principe est simple : des victimes d’une première arnaque financière sont recontactées par d’autres escrocs qui prétendent les aider à retrouver l’argent volé.
- Le JT de TF1 nous explique les ficelles de ce scénario diabolique, qui a déjà fait l’objet de 2.000 signalements en 2025.
Suivez la couverture complète
Le 20H
Ajoutez TF1info à vos sources sur Google
Dans son cabinet, Me Véronique Rondeau-Abouly, avocate spécialisée en droit du numérique, accompagne de plus en plus de victimes d’escroqueries financières. Mais un de ses clients a été visé par une arnaque extrêmement sophistiquée. Tout commence le jour où il s’inscrit sur un site d’investissement. « Je me suis inscrit sur ce site et j’ai versé à peu près 300 euros. Et voilà, ça s’est lancé »
, raconte-t-il anonymement, dans le reportage ci-dessus.
Tout était bon pour essayer de vous faire verser, de vous inciter pour avoir plus de gains.
Tout était bon pour essayer de vous faire verser, de vous inciter pour avoir plus de gains.
Une victime de l’arnaque au carré
A la suite de ce premier virement, une prétendue conseillère de la plateforme le contacte. Elle l’intègre à un groupe d’investisseurs et l’encourage à placer toujours davantage. « Tout était bon pour essayer de vous faire verser, de vous inciter pour avoir plus de gains. Et en plus, comme les gains montaient, il y avait tout intérêt à réinvestir vu qu’à un moment, on atteint 1,2 million de dollars. Donc on se dit, c’est super »
, poursuit-il. À l’écran, ses gains explosent. Mais lorsqu’il décide de récupérer son argent, tout bascule.
Pour débloquer les fonds, la conseillère exige un paiement de 60.000 euros. Il prend conscience de l’arnaque, mais l’histoire ne s’arrête pas là. Une seconde escroquerie commence. Il est appelé par un supposé avocat, spécialiste dans le recouvrement de fonds. « Il y avait une pièce d’identité et puis une attestation comme quoi il avait une licence d’avocat. Il me dit :
‘On va pirater le site et faire revenir une partie des fonds' », précise-t-il. L’avocat lui demande alors de verser plusieurs dizaines de milliers d’euros d’honoraires. Après des semaines sans résultat, il comprend qu’il a été escroqué une deuxième fois. Préjudice total : 145.000 euros. « Là je me suis dit, c’est une catastrophe »
, lâche-t-il. Après un an de procédure, il n’a toujours pas récupéré son argent.
« Des bandes organisées »
De plus en plus de victimes de doubles arnaques comme celle-ci, aussi appelées « arnaques au carré », poussent la porte du cabinet de Véronique Rondeau-Abouly. « Les victimes ne sont pas ciblées au hasard. Elles sont ciblées en général par des fichiers que les escrocs se sont redonnés, soit au sein du même groupe, soit rachetés. Ce sont des bandes organisées »
, explique-t-elle. Derrière ces arnaques élaborées, c’est toujours le même procédé : des réseaux où chaque escroc a un rôle bien précis.
D’abord, des développeurs web conçoivent des plateformes d’investissement fictives et des publicités sur les réseaux sociaux. Ensuite, de faux conseillers financiers passent des appels, envoient des messages et installent un climat de confiance avant de dépouiller les victimes. Puis une fois l’argent perdu, d’autres complices prennent le relais. Ils se font passer pour des avocats, des experts en cybersécurité, des policiers ou encore des hackers éthiques et promettent de récupérer les fonds contre rémunération. Enfin, des blanchisseurs gèrent les flux financiers et font disparaître l’argent.
Au niveau européen, l’agence Europol traque ces réseaux internationaux. Le général Jean-Philippe Lecouffe, directeur exécutif adjoint, décrit des organisations de plus en plus complexes. « C’est extrêmement compliqué de remonter les enquêtes jusqu’aux donneurs d’ordres. C’est quand même des réseaux extrêmement puissants, structurés, qui récupèrent beaucoup d’argent et qui donc peuvent s’organiser, souvent dans plusieurs pays »
, pointe-t-il.
Je me sens coupable d’avoir été aussi facilement abusé.
Je me sens coupable d’avoir été aussi facilement abusé.
Un retraité victime de l’arnaque au carré
Les escrocs ont des moyens et n’hésitent pas à prendre leur temps pour élaborer le piège parfait. Comme pour ce retraité, où l’arnaque a débuté par un SMS. Une inconnue affirme s’être trompée de numéro, mais entame tout de même la discussion avec lui. « Pour une raison que j’ignore, j’accroche au message et du coup, une conversation s’engage. Régulière, très aimable, très cordiale. Des échanges sur la vie en France, la vie à Londres »
, témoigne-t-il anonymement. S’ensuivent de nombreux appels et l’envoi de plusieurs photos de la jeune femme. Des échanges presque quotidiens pendant des mois.
La confiance établie, son amie l’incite à la rejoindre sur une plateforme d’investissement. Il se prête au jeu et verse plus de 120.000 euros. La double arnaque se met en place. Là aussi, il doit payer pour débloquer les fonds. Il comprend que tout est faux. C’était une escroquerie depuis le début. « Je me sens coupable d’avoir été aussi facilement abusé. Alors qu’on passe le temps à se dire qu’il faut faire attention à telle arnaque, que ça peut venir de toute part. Et puis là, on se laisse comme ça, un jour, embarqué par un courant »
, regrette-t-il. Les escrocs n’ont pour l’instant pas été retrouvés.
Comment éviter de tomber dans le piège ? Le premier réflexe est de vérifier si la plateforme d’investissement figure sur la liste noire de l’autorité des marchés financiers. Elle recense régulièrement les sites identifiés comme frauduleux. Et lorsqu’une personne vous contacte pour vous proposer de récupérer votre argent, surtout après une première escroquerie, vérifiez son identité. « Le mieux est vraiment de vérifier auprès du vrai organisme. Appelez l’Autorité des marchés financiers (AMF), appelez la banque, appelez le cabinet d’avocats. Vérifiez si cette personne travaille effectivement chez eux ou pas »
, conseille Anne Delannoy, responsable de la surveillance des offres financières et des alertes.
L’AMF estime que les deux tiers des victimes d’arnaques financières sont recontactées après avoir été escroquées une première fois.
La rédaction de TF1info | Reportage : Léa MERLIER, Karine BETUN et Antoine DEPEUILLE