- La campagne officielle pour le premier tour des élections municipales prend fin ce vendredi à minuit.
- À Nice, elle a été particulièrement violente entre les deux anciens alliés et amis Éric Ciotti et Christian Estrosi, aujourd’hui frères ennemis.
- Retour sur des mois d’attaques verbales et coups bas politiques.
Suivez la couverture complète
Élections Municipales 2026
Le duel fratricide s’annonçait impitoyable, il a été digne d’un scénario de film et de ce que la politique peut produire de pire. Avec la fin, ce vendredi 13 mars, de la campagne officielle du premier tour des élections municipales prend également fin, à Nice, une campagne rocambolesque, où tous les coups ont été permis entre les deux anciens alliés devenus frères ennemis. En jeu : la victoire bien sûr, mais aussi la validation de choix politiques opposés. L’ex-LR Éric Ciotti a choisi de se tourner vers l’extrême droite quand l’ex-LR Christian Estrosi a fait le choix d’Emmanuel Macron puis Édouard Philippe.
Le début de campagne a été marqué par des attaques personnelles obligeant même le préfet du département à lancer un « appel solennel au calme et à la sérénité »
aux deux candidats. Fin novembre, un proche d’Éric Ciotti traitait Christian Estrosi, qui brigue un 4ᵉ mandat, d’« analphabète »,
quand un proche du maire qualifiait le député des Alpes-Maritimes de « petit candidat aussi rabougri que sa vision de Nice »
. Quand le président de l’UDR réclamait un débat avec l’édile sortant « où il veut, comme il veut »
, ce dernier répondait, d’après des propos rapportés par Libération
: « Il le regrettera son débat. Il va se retrouver, lui l’élève, en face du maître (…). Les coucougnettes vont s’agiter dans tous les sens »
!
« Combat de coq »
Sans surprise, les accusations de mensonges et échanges houleux ont émaillé le débat télévisé organisé par BFMTV entre les candidats niçois au début du mois de mars. « On a travaillé ensemble pendant 20 ans. (…) Je me demande comment quelqu’un peut aujourd’hui dire autant de mal là où j’ai eu le sentiment de lui faire autant de bien »
, a notamment déclaré Christian Estrosi. « Monsieur Estrosi a employé tout à l’heure le tutoiement. En dehors de cette salle, on se vouvoie, nos relations ne sont plus ce qu’elles ont été. Ce soir, c’est du théâtre, du cinéma »
, a rétorqué Éric Ciotti, devant des adversaires médusés et des journalistes qui ont usé eux-mêmes de l’expression « combat de coq »
pour qualifier les échanges entre les deux hommes.
Sur le terrain, les coups bas ont aussi été légion, comme quand le député UDR promettait de transformer un supermarché désaffecté en bowling quelques jours avant la validation en conseil municipal d’un projet similaire, ou quand les services sanitaires de la mairie étaient venus inspecter et faire fermer un restaurant dans lequel Éric Ciotti avait prévu une réunion de campagne.
Signalements judiciaires et fausses rumeurs
Aussi, chaque présentation de colistier par un candidat a fait l’objet d’attaques de la part de son adversaire, de nombreuses vidéos embarrassantes ont été diffusées sur les réseaux sociaux et plusieurs signalements judiciaires ont été effectués. Le parquet de Nice a confirmé l’ouverture, à la suite d’un signalement, d’une enquête préliminaire pour « favoritisme » et « corruption » à propos d’une commande de masques chirurgicaux passée par la ville lors de l’épidémie de Covid en 2020. Avant cela, le signalement d’un « lanceur d’alerte anonyme » avait valu à Éric Ciotti d’être entendu dans le cadre d’une enquête sur des soupçons de fichages illégaux.
Puis tout s’est encore accéléré mi-février, à un mois du premier tour du scrutin et quand un premier sondage, confirmé depuis par plusieurs autres, a donné une nette avance au député UDR de 60 ans sur le maire Horizons de 70 ans. Le 14 février, Christian Estrosi avait dû démentir, certificat médical à l’appui, une rumeur le disant atteint de la maladie de Parkinson, dénonçant « le jeu dégueulasse auquel certains se prêtent »
. « Certains font courir la rumeur que je serais malade, atteint par la maladie de Parkinson. Depuis trois semaines, il ne se passe pas un jour sans qu’un journaliste ne pose la question à mon attachée de presse »
, déclarait-il, fournissant aux journalistes le courrier d’un neurologue indiquant qu’après examen, il n’existe à ce jour « aucun argument anamnestique ni clinique objectif en faveur d’une maladie de Parkinson idiopathique ni de tout autre trouble neurologique »
.
Il avait également évoqué des rumeurs courant sur une prétendue séparation avec son épouse et sur « des sommes mirobolantes »
que le couple Estrosi aurait touchées, « un pur fantasme »
selon lui, dénonçant des « méthodes de barbouzes ignobles »
en visant, sans jamais le nommer, son adversaire Éric Ciotti.
L’affaire de la tête de cochon
Récemment, c’est une affaire de tête de porc qui sème le trouble. Le 27 février au soir, une tête de porc accompagnée d’une affiche barrée du mot « connard »
avec une étoile de David a été découverte devant le domicile de Christian Estrosi, fervent partisan d’Israël et dont l’épouse est juive. Plusieurs personnes ont été mises en garde à vue, en examen et placées en détention provisoire. Ce vendredi 13 mars, deux hommes ont été déferrés. L’un est un ancien policier de la Direction de la surveillance du territoire (DST) à la retraite, âgé de 79 ans, reconverti en détective privé, l’autre est un homme d’affaires quadragénaire, connaissance et soutien de Christian Estrosi.
Car l’enquête s’oriente vers une manipulation émanant du camp Estrosi, sans qu’il soit possible de dire à ce stade si le maire lui-même, qui dénonce pour sa part « une machination absolument ignoble »
, était au courant.
Au milieu de tout ça, les idées ont eu du mal à se faire une place, tout comme les adversaires des deux personnages principaux de cette campagne. « Le ridicule est en train de tuer la ville de Nice »
, a estimé Juliette Chesnel-Le Roux, tête d’une liste PS-PCF-écologistes, en dénonçant « un paysage politique de caniveau »
. « La lutte contre l’antisémitisme est instrumentalisée par des opportunistes qui prétendent combattre ce fléau mais le renforcent en semant la suspicion. Irresponsables »
, a écrit sur la plateforme X Olivier Salerno, responsable local de LFI et numéro 2 sur la liste de LFI-Viva menée par Mireille Damiano.
La campagne d’entre-deux tours partira-t-elle sur les mêmes bases, alors que les candidats de gauche ont promis de ne donner aucune consigne de vote, ne faisant pas de différence entre les programmes et les méthodes des deux favoris ?












