- Plus de 300.000 spectateurs ont découvert « Les Rayons et les Ombres » en première semaine.
- Cinq ans après son triomphe aux César avec « Illusions Perdues », le réalisateur Xavier Giannoli signe le meilleur démarrage de sa carrière.
- Une œuvre ambitieuse qui suscite de vifs débats, comme on n’en a plus l’habitude dans le cinéma français.
Une fresque à 31 millions d’euros de 3h16, une période sombre et (encore) taboue de l’Histoire de France, Jean Dujardin dans le rôle le plus ambigu de sa carrière et la révélation d’une future grande, la jeune Nastya Golubeva-Carax… Avec Les Rayons et les Ombres
, Xavier Giannoli s’est lancé dans le projet le plus ambitieux de sa carrière. Et ça marche ! Depuis mercredi 18 mars, 303.452 spectateurs sont venus découvrir son film, à peine moins que le blockbuster américain Projet dernière chance
avec 396.294 entrées. Soit le meilleur démarrage de la carrière du cinéaste, cinq ans après le succès d’Illusions Perdues
, sept César et près d’un million de spectateurs en fin de parcours.
Les Rayons et les Ombres
, si vous avez manqué le début, c’est le destin de Jean Luchaire, patron de presse de gauche et ancien pacifiste, fusillé en 1946 pour avoir collaboré avec l’occupant nazi, et de sa fille Corinne, star montante du cinéma français dont la carrière sera brisée par les choix de son aîné. Le mensonge, la duplicité, la manipulation… Tous ces thèmes sont récurrents dans la filmographie de Xavier Giannoli, un cinéaste qui n’en finit plus d’explorer les zones d’ombre de la nature humaine.
Un cinéaste fasciné par l’ambiguïté de ses héros
Cette obsession prenait une tournure tragicomique dans Marguerite
où Catherine Frot incarne une bourgeoise persuadée d’être une grande cantatrice alors qu’elle chante faux. Plus sombre dans À l’origine
, François Cluzet jouant un petit escroc qui lance la construction d’une autoroute fictive et trahit les ouvriers qui lui font confiance. Quasi mystique avec L’Apparition
où le journaliste interprété par Vincent Lindon enquête sur une apparition de la Vierge Marie dans une petite commune des Alpes. Sans parler du destin cruel de Lucien de Rubempré, le héros de Balzac joué par Benjamin Voisin dans Illusions Perdues
.
La différence entre Les Rayons et les Ombres
et ces films, c’est qu’il met en scène des personnages qui ont réellement existé. Ce qui est tout de suite plus périlleux qu’une pure fiction. Et qu’il s’inscrit dans une époque que le cinéma français a jusqu’ici visitée avec parcimonie. Les deux références absolues pour les cinéphiles : Lacombe Lucien
de Louis Malle en 1974, le parcours d’un jeune paysan qui rate l’entrée dans la Résistance et finit à la Gestapo. Et Monsieur Klein
de Joseph Losey, César du meilleur film en 1977, dans lequel Alain Delon incarne un marchand d’art qui profite de la spoliation des biens juifs.
À leur époque, ni l’un ni l’autre de ces chefs-d’œuvre désormais incontournables n’a fait l’unanimité. Parce qu’ils refusaient l’approche monochrome de la plupart des fictions sur la Seconde Guerre mondiale. Parce qu’ils questionnaient la liberté individuelle, les choix idéologiques et les valeurs morales du spectateur, placé dans une position inconfortable vis-à-vis de personnages qu’il ne parvient pas à détester. Les mêmes réserves se retrouvent aujourd’hui dans les débats qui fleurissent au sujet du film de Xavier Giannoli.
Alors que Libération
dénonce « une longue et fausse dénonciation complaisante des ivresses de l’Occupation »
et accuse le cinéaste de « faire pleurer sur le sort des bourreaux »
, Le Figaro Magazine
estime que « de même qu’il y eut beaucoup de personnalités de droite dans la première Résistance, on trouva des personnalités de gauche pour embrasser le vainqueur allemand en 1940. Ce n’est pas forcément ce que disent les livres d’Histoire, mais c’est la vérité. »
Deux regards opposés sur une œuvre dont on n’a certainement pas fini de parler.











